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CHAPITRE IX

Les Tatars. — Leur organisation. — Genghis-Klian. — Les Tatars envahissent la Russie. - Mauvaise politique et défaite des souverains de Galitch, de Kiefet de Vladimir. — Domination des Tatars en Russie. — Alexandre Newski. — Alexis Kalita. — Dimitri Donski. — Wasili, prince de Vladimir. — Affaiblissement de la puissance des Tatars.

Les Tatars-Mongols formaient un peuple immense qui habitait l'ancien pays des Huns et des Turcs, les vastes contrées situées au nord et au nord-est de la mer Caspienne. Longtemps divisés en hordes nombreuses, ils vivaient à la manière des anciens Slaves, vagabonds et errants coiiime leurs troupeaux, lorsque le génie supérieur d'un

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conquérant parvint à les réunir sous une seule loi et un seul drapeau. Rendu invincible par l'unité des liens religieux et politiques, dirigé par un chef ambitieux et entreprenant , ce peuple étendit partout sa domination , et marqua sou passage en Asie et en Europe, par une suite de victoires sanglantes. L'homme qui avait si vigoureusement organisé la puissance des Tatars, nommé ïemagin, est généralement connu sous le nom de Genghis-Khan, qui signifie le plus grand^ dans la langue mongole. Soutenu tout à la fois, et par l'ascendant du génie, et par le prestige de la superstition, Genghis-Khan soumit à une autorité unique les tribus jusqu'alors errantes des Tatars, et promena ses armes victorieuses dans la grande Tatarie, dans la Chine, l'Jndostan et la Perse. Après avoir ravagé l'Asie, il se jeta sur la Russie.

Au moment de l'invasion des Tatars, les plus importantes principautés de ce pays étaient Vladimir, où régnait le (jrand prince Touri ; Kief, qui occupait le second rang; Novogorod, d'abord gouvernée par le prince Mstislaw, et depuis que celui-ci s'était emparé de la principauté de Galitch, par Swiatoslaw, fils du prince de Kief, et enfin la principauté de Galitch, illustrée déjà par le règne de Roman le Grand, et qui devint par la suite un des États principaux de l'Europe orientale.

Les Polowtsis, ces farouches et inconciUables ennemis des Russes, recurent le premier choc des armes tatares. Battus partout, et effrayés de la supériorité des assaillants, les Polowtsis furent réduits à implorer le secours de Mstislaw le Brave, prince de Galitch (Lithuanie) (1223). Oubliant leurs anciennes agressions, comprenant d'ailleurs que leur cause était celle de la Russie entière, Mstislaw, i|ni au prince de Kief, leur accorda son appui. Il se form<'.

LITTE AVEC LKS TATAUS [\'22()-\ '2'2i). 45)

à Kief une assemblée des princes russes dans laquelle la guerre fut décidée contre les 'J'atars. Ceux-ci, (jui ne voulaient jamais c()nd)attre qu'un ennemi à la fois, se hâtèrent d'envoyer des ambassadeurs aux Russes, et protestèrent qu'ils voulaient respecter leur domination; protestations peu sincères, qui révélaient la marche habituelle de leur politique. Les princes, réunis à Kief, rejetèrent les paroles de paix qu'on leur adressait. Malheureusement, ils ne s'arrêtèrent pas là, et violant les droits les plus sacrés, ils firent périr les ambassadeurs que les Tatars leur avaient envoyés.

Cet acte, aussi inique que barbare, excita la colère des Mongols Tatars; de part et d'autre, on se prépara à la guerre, et Mstislaw le Brave, le grand prince de Kief et tous les chefs qui s'étaient rangés sous leurs ordres, marchèrent contre les envahisseurs. L'ensemble imposant des forces russes leur eût assuré la victoire, si des rivalités haineuses n'avaient encore, dans cette occasion, contribué à la perte de la patrie commune. Un différend s'éleva, lorsqu'on était déjà en présence des Tatars, entre le grand prince de Kief et Mstislaw. Celui-ci, qui avait devancé le prince de Kief et obtenu quelques succès partiels contre les ennemis, voulut rester seul en possession du commandement de l'armée. La discorde éclata, et, tandis que le prince de Kief s'entourait de retranchements, Mstislaw engageait le combat contre les Tatai's. Trompé par une ruse de guerre, et croyant les avoir vaincus, quand, au contraire, ils cherchaient à l'attirer dans une position défavorable, il s'avança jusqu'au-delà de la rivière de la Kalka, poursuivant toujours l'ennemi, qui changea alors de dispositions et s'apprêta à une résistance sérieuse. Les Polowtsis, qui formaient l'avant-garde de

Mstislaw, refoulés par le choc impétueux des Tatars, reculèrent en désordre et jetèrent le trouble dans les rangs de l'armée russe. Mstislaw, mis en déroute complète, put à peine ramener, dans sa fuite précipitée, la dixième partie de son armée forte de cent mille hommes. Le prince de Kief , s'il l'avait voulu, aurait peut-être encore, en prenant part à l'action, donné la victoire aux Russes, mais, témoin des désastres de ses alliés, il s'obstina à rester renfermé dans ses retranchements, qu'il croyait inexpugnables. Il y fut assiégé bientôt par l'armée mongole, et voyant, après une opiniâtre résistance, que ses efforts désespérés ne feraient qu'irriter le ressentiment des Tatars, il offrit de se rendre, si on lui garantissait la liberté, moyennant une rançon convenue. Le général tatar promit solennellement d'observer cette convention; mais a peine le prince de Kief et ses compagnons s'étaient-ils remis aux mains de leurs ennemis, que ceux-ci, rappelant la mort de leurs ambassadeurs, préludèrent au banquet de triomphe, par lequel ils célébraient leur victoire, en étouffant sans pitié leurs infortunés captifs (1225).

Après ce double et éclatant succès, les ïatars pénétrèrent en Russie, sans rencontrer aucun obstacle. A leur approche, les portes des villes s'ouvraient, et les habitants, pour toucher les vainqueurs, sortaient en procession, portant au-devant d'eux, comme ils avaient l'habitude de le faire pour honorer leurs princes, la croix, les bannières et les images vénérées des saints. Les Tatars, qui respectaient scrupuleusement la croyance des peuples réunis avec eux sous un même étendard, furent inflexibles pour les vaincus. Insensibles aux larmes et aux prières , ils massacraient les habitants , pillaient et incendiaient les villes, ne laissant après eux que

DOMINATION DHS TATVIIS (122 >- 1237). 51

des ruines. La seule principauté de Kief perdit soixante mille habitants dans les malheurs de cette invasion. Les Mongols-Tatars , après avoir atteint Novogorod- Sverski^ au nord-est de Tchernigof, et las sans doute de leurs sanglants exploits, retournèrent enlin auprès de Genghis-Khan, leur chef, qui était alors dans la Buckharie.

Peu de temps après, les Tatars rentrèrent en Russie pour reprendre leur œuvre de conquête. Genghis-Khan était mort (1227), et son fils Oktaï poursuivait ses projets. Fixé danslepaj s de Karakoum, où était établie sa résidence principale, nommée la grande horde, ses ordres dirigeaient de loin les armes de ses soldats. Bâti, neveu du grand Klian, qui commandait l'armée tatare, attaqua d'abord la principfiuté de Rezan. louri, grand prince de Vladimir, croyant que l'affaiblissement de ses rivaux profiterait à son autorité, demeura dans l'inaction. Cette politique perfide ne lui réussit pas. Les Tatars, en effet, après avoir vaincu les différents chefs, se dirigèrent sur la principauté de Vladimir, dont la capitale fut emportée par les assiégeants. Le grand prince, désespéré, voulut tenter un dernier combat. Vaincu, comme l'avaient été les autres souverains, il succomba, percé de coups, regrettant trop tard d'avoir abandonné les princes de Galitch et de Rezan (1237).

Dès lors , la Russie toute entière fut soumise aux Tatars, qui disposèrent des principautés en faveur des princes les plus servilement dévoués à leurs intérêts, opposant les uns aux autres des chefs rivaux, sans que l'excès même

1 Située au sud de la Russie, et quMl ne faut pas confondre avec Novoyurod la Grande.

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des maux de la Russie pût mettre un terme à leurs dissensions. Pendant plus d'un siècle, cette malheureuse contrée gémit sons le joug odieux de ses conquérants. Tous les princes allaient, les uns après les autres, offrir leur hommage à la grande horde, et la Russie, qui avait naguère prétendu asservir Constantinople, payait maintenant un tribut auK Tatars. Dans la longue suite des pi'inces qui se succédèrent pendant cette période , soit à Kief , soit à Novogorod, soit à Vladimir, à peine en est-il quelquesuns dont le nom mérite d'être conservé 11 faut citer cependant Alexandre Newski. Alors qu'il régnait à Novogorod, il avait mérité le surnom de Newski (vainqueur), à la suite d'une éclatante victoire remportée sur les Suédois, près de la Newa. Ceux-ci, tandis que les Tatars pénétraient en Russie par le midi, avaient essayé de l'envahir par le nord (1240). Elevé plus tard à la souveraineté de Vladimir par le grand khan, dont il était obligé de reconnaître la suprématie, Alexandre Newski tenta de rendre à la Russie son ancienne puissance. Les rivalités d'ambition qui commençaient à diviser les Tatars, et qui devaient amener la chute de leur domination, favorisèrent ses efforts et marquèrent la voie à ses successeurs. Le grand prince de Vladimir mourut, après avoir posé les bases d'une politique nouvelle qui tendait à centraliser le pouvoir pour le diriger un jour contre les ennemis de son pays. Quelque temps avant sa mort, les Russes avaient organisé une vaste conspiration qui éclata sur plusieurs points par le massacre général des Tatars, mais qui, bientôt réprimée, appelait sur la tête des rebelles des vengeances redoutables. Alexandre Newski accourut à la grande horde pour intercéder en faveur de ses compatriotes, et obtint leur pardon à force de prières (1262).

iwaln kalija il 237-1 ;SSî)). 53

Pendant près (Viin siècle les successeurs d'Alexandre INe>v ski , livrés au seul souci de leur ambition personnelle, ne firent rien ni pour la i2,randeur ni pour rindépendance de leur patrie. Iwan Kalita, le premier, reprit les traditions de la politique d'Alexandre, et rendit quelque unité au pouvoir (1328). Soumis à Usbeck, souverain desTatarSj il se servit de la confiance du grand khan pour préparer l'affranchissement de la Russie, et pour réduire l'autorité des boyards et des princes. Ce fut lui qui établit d'une manière solide, sur l'empire tout entier, l'influence de Moscou. Cette \ille, entourée d'un mur de forte charpente que soutenait un rempart de terre et de pierre, devint, à partir de cette époque, la capitale de la Russie. Si Iwan fut un maître sévère pour les grands, il fut pour le peuple un souverain bienfaisant. On lui donna le surnom de Kalita (qui signifie bourse)^ parce qu'il portait constamment avec lui un sac rempli d'argent, dans lequel il puisait les aumônes qu'il distribuait aux pauvres.

Dimitri Donski, monté sur le trône en 1362, continua l'œuvre entreprise par Iwan Kalita, et remporta sur Marnai, chef des Tatars, une victoire longtemps disputée (1380). Cette victoire eut pour principal résultat de rendre aux Russes quelque confiance ; elle leur apprit qu'ils pouvaient, à force de courage, triompher de leurs oppresseurs, et elle assura définitivement la supériorité du prince de Moscou sur le reste de la Russie. Toutefois l'heure de la délivrance n'était pas encore sonnée • les Tatars tirèrent une vengeance éclatante de leur défaite. Ils s'avancèrent sur Moscou, s'en emparèrent, et renouvelèrent les scènes de meurtre et d'incendie dont toutes les villes de la Russie avaient été tour à tour le théâtre.

WasiU, fils de Dimitri, monta sur le trône en 1389, et

se vit menacé tout d'abord par deux redoutables ennemis, Witold, son beau-père, chef de la principauté de Lithuanie, parvenue alors à son plus haut degré de splendeur, et le fameux Tamerlan, qui, après avoir soumis une partie des peuples de l'Asie, aspirait à la domination du monde entier. Il marchait déjà sur la Russie, et les habitants désolés n'espéraient plus échapper au joug, quand le fier conquérant retournant tout d'un coup sur ses pas, abandonna la Russie, et rentra dans son pays. A peine était-il éloigné, que le prince de Lithuanie, poursuivant ses projets, se rendit maître de Kief, et de toute la Russie méridionale qui le reconnut pour son souverain. Peu satisfait de ces conquêtes, il voulut attaquer les Tatars; mais il fut défait après une lutte sanglante. Durant ce débat, Wasih, craignant la colère du vainqueur, quel qu'il fût, avait gardé une stricte neutralité. Moscou dut son salut à cette résolution. Toutefois quand le grand prince mourut, en 1425, il ne laissa à son fils Wasili, alors âgé de dix ans, qu'une principauté affaiblie. Le règne de ce dernier fut constamment troublé par des divisions intestines. louri, prince de Galitch, lui disputa le trône de Moscou, et pendant la lutte des deux princes, les Tatars firent encore une apparition sur le territoire russe, et s'emparèrent de la personne de Wasili. Le khan Mahmet, qui avait fondé le royaume de Kasan, épargna le (jrand prince de Moscou, et lui rendit même la liberté. C'est sous le règne de Wasili que fut consommé définitivement le schisme grec. Un concile avait eu lieu à Florence, en 1462, dans le but deréconciher l'église grecque et l'église latine; Isidor, métropolitain de Moscou, y avait assisté, et avait adhéré à l'acte qui proclamait la fusion des deux églises ; mais quand il fut de retour en Russie,

TWAN LE GRAND (1389-1470). 55

une indignation générale éclata. Les princes de Moscou refusèrent de se soumettre au pape, Isidor fut emprisonné, et le sciiisme plus que jamais affermi.

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