‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 34 sur 77 · CLERGÉ RUSSE (160G-1C · texte numérisé non relu

CLERGÉ RUSSE (160G-1C

campait près d^ Moscou, pénètre dans la capitale de la Russie, les Suédois s'emparent de Novogorod, le vaste empire de Rurick semble toucher à sa ruine.

« Mais au milieu de cette subversion totale, observe avec beaucoup de justesse M. de Ségur, la religion est restée seule debout et invariable ; dans les ennemis de la patrie, elle a reconnu les siens; les prêtres ne peuvent s'y méprendre, leur foi est entière, leur devoir évident, leur intérêt direct. Au milieu de cette conflagration universelle, il semble que l'esprit religieux qui les anime soit comme une atmosphère, un élément à part, exclusif de tout mélange, dans lequel ils vivent, hors duquel ils sentent qu'ils ne peuvent exister ; tout est corrompu, tout tombe autour de ce noyau, qui seul reste à découvert entie.r et incorruptible.

« Cette époque, si honteuse à toutes les classes de la nation, est celle de la plus grande gloire du clergé russe. Quand tout le reste, à peine échappé aux chaînes de l'Orient, se courbe devant celles de l'Occident, lui seul résiste contre la trahison domestique. et l'invasion étrangère, par des héros, par des martyrs, montrant ainsi que l'indépendance nationale, que l'esprit de parti, que même celui de caste, peuvent quelquefois transiger, et jamais celui de secte. »

Dans le péri! qui menaçait la patrie commune, le clergé russe parvint à ranimer dans les cœurs le courage du désespoir. A sa voix, des libérateurs s'élèvent de toutes les classes de la nation, Minim pour le peuple, Poiarski pour la noblesse. Un marchand, Sokoroukin, allume une insurrection générale, Moscou est bloquée, et la garnison polonaise, forcée à se rendre par famine, est chassée du pays qui se mettait naguère à la discrétion du roi de Pologne.

72 HISTOIHE DE BlSSlE.

Le clergé, les boyards, les députésdes marchands et des villes, se réunirent alors pour élire un nouveau czar et une nouvelle dynastie. Après de longues hésitations, les yeux se tournèrent vers la famille de Romanof, vers le fils de ce Philarète, que Boris avait relégué dans un couvent, et qui, envoyé plus tard comme ambassadeur à Sigismond, avait été jeté dans les prisons de la Pologne. La reconnaissance publique, en élevant ainsi au trône le fils de l'homme qui avait été deux fois martyr pour sa patrie, laissa voir toutefois qu'elle entendait réserver les droits de la nation, ces droits foulés aux pieds par les Iwan et les Godounof. Par le serment que les boyards dictèrent à Michel Bomanof, lorsqu'il ceignit la couronne, le prince jura : « De protéger la religion, de pardonner et d'oublier tout ce « qui était arrivé à son père ; de ne faire aucune loi nou- " velle, de ne pas changer les anciennes, et, dans les af- « faires importantes, de ne décider rien par lui-même, mais « bien selon les lois et la forme ordinaire des procès ; de <( ne point entrer en guerre ou faire la paix avec ses voi- « sins de son propre chef; enfin, pour paraître absolument « désintéressé, et pour éviter tout procès avec les particu- « liers, de céder ses biens à sa famille, ou de les faire in- «c corporer aux domaines de l'État. » Ainsi, même sur le sol le plus favorable au despotisme, on chercherait vainement une charte qui donnerait le pouvoir absolu à un monarque. Une pareille charte serait si monstrueuse, qu'on ignore si jamais il a pu en exister de semblable.

Les temps d'interrègne, d'illégitimité, qui commencent après la mort d'Iv^ an le Terrible, finissent avec Michel Romanof (1598-1 G 13). Lorsque la voix libre des citoyens de toutes classes eut proclamé le fils de Philarète, la tourmente, qui était à son comble, se calma subitement ; la

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foule des prétendants s'écoida devant cet élu de la nation. La Suède, la Pologne elle-même furent forcées de le reconnaître; de nouveaux Dimitri se présentèrent en vain; ils tombèrent méprisés devant le rejeton du prêtre illustre qu'une révolution patriotique \ enait d'élever au trône.

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