‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 42 sur 77 · SIGISMOND (14GG · texte numérisé non relu

SIGISMOND (14GG

1402, leurs exicences se montrèrent plus impérieuses. Ils tU'cnisèrent le jeune souverain de vouloir restreindre leurs privilèges, et sous le prétexte qu'il avait trempé dans le massacre de quelques gentilshommes polonais tués par des Yalaques, ils apportèrent des limites nouvelles au pouvoir royal, et s'arrogèrent des prérogatives plus étendues. Les habitants des villes et ceux des campagnes furent dépouillés des quelques droits qu'ils conservaient encore. Dès l'année précédente, il leur avait été défendu d'acheter des terres : ils ne purent à l'avenir posséder aucune prélature ecclésiastique. Ainsi , c'est à l'époque même où , dans les autres parties de l'Europe, la féodalité s'écroulait sous l'ascendant de la royauté , que les masses slaves , en Pologne, tombaient dans le dernier degré de l'abjection humaine, et que triomphait cette politique déplorable qui devait consommer, dans l'avenir, la ruine de la nation.

Jean-Albert mourut en 1501, après un règne sans gloire , et laissa le trône à son frère Alexandre, qui gouvernait le duché de Lithuanie. Ce prince engagé contre les Russes, les Tatars et les Moldaves dans des guerres dont il ne vit pas le terme, porta cinq ans la couronne. Elle fut décernée, en 1506, à son frère Sigismond , qui fut un des plus grands rois de la Pologne.

Sigismond battit d'abord les Russes qui avaient pénétré dans la Lithuanie, et tourna ensuite ses armes contre Albert, margrave de Rrandebourg, que les chevaliers de l'ordre teutonique avaient élu pour leur grand-maîtie. Albert refusait, en cette dernière qualité, de prêter l'hommage qu'il devait comme vassal de la Pologne. Sigismond entra dans le domaine héréditaire des grands-maîtres, s'empara de leurs places les plus importantes, et força Albert à lever Je siège de Dantzick qu'il faisait avec quatre mille Aile-

160 HISTOIRE DE rOLO(ii\E.

mands. L'ordre teutonique disparaît alors de l'histoire. Les chevaliers, ainsi que leur grand-maître, venaient de se séparer de l'Église romaine et d'adopter les opinions de Luther. Sigismond fit de leurs possessions un duché, et le grand-maître Al])ert , reconnu duc de Prusse, ainsi que ses descendants maies, fut soumis à rendre foi et hommage à la répuhlique. C'est ce même duché qui, érigé en royaume dans le dix-septième siècle, devait, dans le dixhuitième, prendre sa part des dépouilles de la Pologne.

Alhert rendit l'hommage qu'il devait dans les murs de Cracovie, en 1 525 ; l'année suivante, la hranche des Piasts de Mazovie s'éteignit, et leur duché fut incorporé à la Pologne '. En 1533, enfin, Sigismond toujours heureux imposa la paix à la Porte-Ottomane et aux Russes. Le traité signé avec la première de ces puissances accordait aux Polonais tous les avantages d'un commerce libre sur la mer Noire , un droit de suzeraineté sur la Moldavie ; les Turcs s'engageaient , en outre , à employer tous leurs efforts, pour arrêter les excursions des Tatars dans la Pologne.

En récompense de tous ces services, le monarque vit couronner son fils de son vivant. Ce dernier prit possession du sceptre de la Pologne en J548, et continua la gloire de son père. L'Europe était alors en proie à toutes les luttes enfantées par les doctrines de Luther et de Calvin. Tandis que le sang ruisselait en Allemagne et en France, Sigismond-Auguste voulut que la Pologne offrît un asile à tous les dissidents, et que les nobles qui avaient abjuré le catholicisme conservassent le droit de voter dans la diète , à côté de ceux qui professaient la religion

' Varsovie était la capitale du duché de Mazovie.

RÉLINIOIN DE LA LITHUAIME (1510-15G9). Hil

nationale. Les lettres et les sciences, qui avaient fait des progrès rapides sous le grand Sigismond , semblèrent briller d'un nouvel éclat sous le règne de son lils : l'université de Cracovie devint un centre de lumières, et la langue polonaise, qui, dans tous les actes publics, cédait le pas à la langue latine, reprit sa supériorité. Quatrevingt-trois villes en Pologne eurent des imprimeries; ('racovie en possédait cinquante , et les classiques de l'antiquité lurent tous traduits avec un rare succès. « La première époque de l'histoire de Pologne, dit M. Léonard (^hodzko, n'avait laissé à ce pays d'autre élément de civilisation que le christianisme et les institutions de Boleslas le Grand ; la seconde époque avait eu ses chroniqueurs, tels que Martin Gallus, Mathieu Choleva, l'évêque Vincent Cadlubek, et autres qui écrivaient en latin. C'est le siècle de Sigismond qui produisit des écrivains tels que Cromer, Orzechowski , Sarnicki, Bielski, Praprocki ; Rey, Zimorovicz, Symonovicz et les frères Kochanowski brillèrent comme poètes ; Ocieski, Modrzewski, Groicki, Herburtz se iïrent un nom dans les sciences politiques ; Brudzewski, Kopernik, Siennik, Sendzivoy s'illustrèrent dans les sciences exactes. «

II restait encore à accomplir une tâche importante pour la prospérité de la Pologne, c'était de fondre en une seule nation la Lithuanie et la Pologne, de compléter l'œuvre si heureusement commencée par Sigismond. Une circonstance particulière vint au secours de son fils Auguste. Les chevaliers porte-glaives s'étaient constitués dans la Livonie, comme l'avaient fait jadis les membres de l'ordre teutonique en Prusse, L'archevêque de Riga, descendant des margraves de Brandebourg, et cousingermain du roi de Pologne, ayant été jeté dans les fers

par les chevaliers porte-glaives^ Auguste fit partir des députés qui réclamèrent, en son nom, la liberté de son parent. Ces députés furent massacrés, et comme le roi de Pologne éclatait en menaces, les chevaliers effrayés mirent en liberté le prélat, et signèrent avec le monarque polonais un traité d'alliance d'après lequel la Livonie devenait une province polonaise, les chevaliers étaient sécularisés, et Kettler, leur grand-maître, recevait le duché de Courlande, que ses successeurs mâles devaient posséder après lui.

Les Russes avaient profité de ces troubles pour pénétrer en Livonie, et jusque dans la Lithuanie, où ils s'étaient emparés, en 1563, de la ville de Plock. Lorsqu'Auguste, pour repousser le czar, appela aux armes les Lithuaniens et les Polonais, ces derniers demandèrent qu'avant tout de nouvelles garanties fussent données d'une fusion prochaine et définitive de la Lithuanie et de la Pologne. Auguste commença par renoncer, en 1564, à ses droits héréditaires sur la Lithuanie % et, deux ans plus tard, il fit également abandon de tous les droits seigneuriaux et féodaux qu'il s'était réservés sur cette province. En 1569, enfin, une diète générale des deux nations fut convoquée à Lublin, et l'union fut consommée. « Le ro} aume de Pologne et le grand-duché de Lithuanie furent alors proclamés une même répubhque gouvernée par un même roi, élu en commun par les deux nations. Il fut convenu que leurs représentants respectifs s'assembleraient, pour les diètes, à Varsovie, ville centrale des deux pays , et qui , appartenant à la Mazovie , n'était

» On se rapy)olle qu'avant d'être rois de Pologne, les Jagellons étaient ducs de Lithuanie.

Page 1