PACTA CONTENTA (15G9-I
alors ni polonaise ni litlnianienne i; que les deux peuples n'auraient plus que les mêmes intérêts, les mêmes prérogatives, les mêmes monnaies; que tout serait eonnnun entre eux, à cela près qu'ils conserveraient chacun, dans leurs cours judiciaires, les formes de procédure et les rèiïles de droit qui leur étaient particulières *. »
Pour le malheur de la Pologne, la noble race des Ja- «ielhms s'éteignit, en 1572, dans la personne de Sigismond-Auguste. Jusque-là l'élection des souverains s'était faite par un certain nombre de nobles, mandataires de leur propre classe : sur la motion de Jean Zamoyski , nonce de Belz, il fut décidé alors que tous les nobles, à quelque rang qu'ils fussent descendus, donneraient directement leurs suffrages lorsqu'il s'agirait de l'élection d'un roi. Toutefois, avant de convoquer l'assemblée qui devait proclamer le successeur d'Auguste, la diète voulut restreindre encore les privilèges de la royauté. La qualification de seigneur et maître, donnée jusque-là au souverain, fut abolie, et plusieurs lois cardinales, connues sous le nom de pacta conventa , enlevèrent au monarque la faculté de désigner son successeur, de déclarer la guerre, ou de conclure des traités de paix , sans le consentement de la diète.
Mais à mesure qu'ils se montraient plus jaloux de l'autorité royale , ces nobles faisaient peser sur les habitants des villes et des campagnes un joug plus intolérable. Les gentilshommes établis dans leurs domaines exerçaient un empire absolu sur leurs serfs ; ils entretenaient, pour leur compte personnel , des troupes et des forteresses , ils
* Varsovie dut plus tard à cette circonstance de devenir la capitale du royaume.
2 Tableau de la Pologne, par Malte-Brun.
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ne pouvaient être arrêtés que dans le cas de vol , de viol , de meurtre ou d'invasion armée, et s'ils comparaissaient devant un tribunal , ils portaient le sabre au côté, comme pour braver et défier la justice.
Tels étaient les hommes qui se réunirent, en 1573, pour élire un successeur au dernier prince de la race des Jagellons. Les nobles se présentèrent en si grand nombre dans la diète qui fut alors convoquée, que l'assemblée se tint en plein champ. Une tente élégante reçut le sénat et les ambassadeurs de tous les princes de l'Europe. La noblesse, à cheval, forma le cercle autour de cette tente, et lorsque le sénat eut entendu les représentations des ambassadeurs, un des évêques parcourut les rangs pour recueillir les votes des deux prétendants, Ernest d'Autriche, et Henri, duc d'Anjou, lils de Catherine de Médicis. Ce dernier fut élu, et proclamé roi de Pologne par l'archevêque de Gnezne, primat du royaume.
Des ambassadeurs polonais partirent aussitôt pour la France , et reçurent du duc d'Anjou le serment qu'il respecterait les lois cardinales, 'pacta conventa. Mais à peine le jeune prince eut-il mis le pied en Pologne, qu'il fut révolté du langage républicain qui dominait dans toutes les assemblées de l'État. La religion protestante était entrée dans le royaume sous Sigismond l*^^' , et ses progrès avaient été rapides depuis cette époque. Lorsque Henri de Valois arriva à Cracovie, on y savait que Charles IX, son frère, avait ordonné le massacre de la Saint-Barthélémy, on craignait qu'un prince, élevé dans une cour fanatique et intolérante, n'en apportât l'esprit, et le sénat voulut l'obliger à jurer une capitulation qu'il avait déjà jurée en France. Sans l'éloquent Pibrac, on ne sait s'il eût été couronné ; mais quelques mois après, le
ÉTIENNi: lîATTOin (^ I ) 7 2-1 570). t()5
castcllan de Saiuloniir l'ut ('lun'i^é, lui sixième, d'annoneer à Henri sa proeliaine (lé})()silion, s'il ne remplissait plusexaetement lesdevoii-sdu trône. La fuite précipitée du jeune souverain termina les plaintes de la nation et son règne (1574).
Une diète fut convoquée pour une nouvelle élection. Soutenu par le sénat, l'archiduc Maximilien d'Autriche se mil sur les rangs, et l'archevêque primat, sans s'inquiéter des suffrages des nonces, proclama roi le prince autrichien. Zamoyski, à la tête d'un parti nomhreux, ouvrit l'opinion de placer la couronne sur la tête d'Anne, sœur de Sigismond Auguste : la majorité des votes se prononça en faveur de cette princesse qui épousa, quelque temps après, Etienne Battori, duc de Transylvanie (1575).
Élevé, dès sa plus tendre jeunesse, au milieu des camps, Battori s'était fait remarquer par d'éclatants services, qui lui valurent la souveraineté de la Transylvanie, et lui frayèrent la voie au trône de Pologne. Grand guerrier, mais, en même temps, législateur habile et politique profond, il se fit une loi de ne distribuer les honneurs et les emplois qu'au mérite ; il réforma les abus qui s'étaient accumulés dans l'administration de la justice, il entretint le calme au dedans et soutint glorieusement au delioi's l'honneur des armes polonaises.
Comprenant quels services pouvaient rendre à la Pologne les peuples belliqueux de l'Ukraine, Etienne Battori respecta leurs institutions démocratiques, leur religion et leurs mœurs, et se fit des Cosaques de ce pays des alliés puissants et fidèles. Lorsque la Pologne, en 1579, eut déclaré la guerre au czar Iwan le Terrible, ces Cosaques accoururent se ranger sous les drapeaux d'Etienne, à côté des Polonais, des Hongrois, des Galliciens, des Allemands, qui, différant tous de race, de langage, et de reli-
IfiG HISTOIRE DE POLOGNE.
gion, marehaieiit néanmoins dans le plus grand ordre, avides de combats et confiants dans leur chef. Cette union, on la devait au génie deBattori, qui maintenait l'ordre dans son armée en protégeant le faible, en respectant toutes les croj^ances, en offrant le modèle d'un chef juste et sage. Supérieur à son siècle, il n'était pas guidé, dans la guerre contre Iwan, par une aveugle haine nationale ; ce n'est pas le glaive de la destruction cfu'il portait à Moscou ; il voulait vaincre le tyran pour délivrer ses esclaves. Si Battori, vainqueur, eût réuni la Russie à la Pologne, nul doute que le chef qui sut organiser et attacher à ses États les Cosaques de l'Ukraine, aurait respecté la religion et les mœurs des Russes affranchis.
Lorsqu'il ouvrit la campagne, il publia un manifeste adressé au peuple russe : « Je tire mon épée, dit-il, contre « le czar, mais non pas contre les paisibles habitants de « ce pays; je les épargnerai, j'userai de clémence envers « eux. J'aime la valeur autant que j'abhorre la barbarie, « et je poursuivrai la victoire en évitant la dévastation « autant qu'une inutile effusion de sang. »
L'historien russe Karamsin reconnaît que Battori fut fidèle à ces promesses : « Jamais guerre, dit-il, ne fut conduite avec plus de modération, plus d'humanité envers les laboureurs et les citoyens. » L'armée, pleine d'enthousiasme, vainquit tous les obstacles, se traçant des routes par des bois inaccessibles, jetant des ponts sur les rivières, supportant toutes les privations. Les seigneurs russes voyant qu'Etienne, loin de leur apporter des chaînes, respectait leurs libertés et leurs domaines, passaient en foule dans son camp. Les villes se rendaient, les habitants recevaient, à bras ouverts, des vainqueurs qui les saluaient comme des frères malheureux.
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('epeiulaiit, la guerre contre les Russes exigeait des sacriliees de la part des nobles polonais. Ceux qui n'avaient point suivi le roi dans son expédition , l'accusaient de surcharger le pays d'impôts, de s'arroger un pouvoir audessus de ses droits. Battori se voit forcé d'accourir en Pologne; il se présente à la diète; simple, modeste, il rend compte de ce qu'il a fait, il prouve que la gloire et la prospérité de la Pologne sont au prix des ménagements qu'il a gardés, la calomnie se tait, toutes ses propositions sont adoptées par acclamation. Etienne, au milieu des cris unanimes d'admiration et de reconnaissance, quitte la chambre des nobles pour courir au champ de bataille. Déjà, Polotsk est tombé dans ses mains, Revel et Oseritch lui ouvrent leurs portes, le fort de Zawlotche est emporté après une résistance opiniâtre.
Le czar trembla sur son trône, sans oser paraître à la tète de ses troupes. Mais le rusé tyran qui connaissait toute la puissance du clergé catholique, en Pologne, pensa qu'il pourrait regagner, par l'influence du pape, ce qu'il avait perdu par l'épée de Battori. Une ambassade envoyée par lui à Rome promit, en son nom, qu'il réunirait l'Église grecque à l'Église latine; qu'il reconnaîtrait le pape pour chef de la chrétienté ; qu'il concentrerait toutes ses forces pour expulser les Turcs de l'Europe, à condition que le pontife arrêterait les progrès des armes d'Etienne. Grégoire XIII, comblé de joie, députa le jésuite Posevin pour réconcilier le czar avec le roi de Pologne. Séduit par les banquets, par les hommages qu'on lui rendait àMoscou, Posevin rapporte « qu'au lieu d'un tyran terrible il vit un hôte affable, entouré de convives qui lui étaient chers : leur distribuant des mets et du vin avec une attention affectueuse. » Mais si le jésuite tomba dans le piège du czar, Battori
sut bien le deviner. « Le czar, disait-il, veut en imposer au « saint-père ; tremblant devant l'orage qui le menace, il est <c homme à tout promettre, et la réunion des cultes, et la « guerre contre les Turcs : quant à moi, il ne me trompera ;< pas. » Battori fut cependant contraint de céder, lorsque le clergé, gagné par les sollicitations du pape, eut entraîné les seigneurs à demander la paix. Cette paix, conclue en 1582, maintint Iwan sur le trône. La Pologne garda Polotsk et la Livonie; mais, ainsi que l'avait prévu Battori, lorsque lé czar fut tiré du danger, il se moqua du pape et de Posevin ; non seulement il ne voulut rien entendre à la réunion des cultes, mais il ajouta qu'il prétendait rester en paix avec; la Turquie.
Battori, libre de ses guerres avec la Russie, fût parvenu sans doute à limiter le pouvoir delà noblesse, si une mort subite ne l'eût enlevé à Crrodno, en 1586; malheur irréparable pour la Pologne dont il fut le plus grand souverain. « Dans l'ancienne histoire de la répul)lique, dit Ru- Ihière' , ce temps est son plus bel âge. La liberté, parvenue à son plus haut période, si on peut parler ainsi d'une liberté qui n'est pas fondée sur de sages lois, allait décliner rapidement vers l'anarchie; mais les abus naissants n'avaient encore donné aux âmes que plus d'élévation et de force. Au milieu de l'Europe agitée , la république était florissante et tranquille, pleine de grands hommes et de grands courages, pacifique à la fois et guerrière; elle opposa une barrière insurmontable aux premières incursions des Moscovites, dont les armées de ce temps-là avaient effrayé l'Europe. "
L'action personnelle de Battori avait contribué puissam-
1 Histoire ih l'anarchie de PnJofjve.
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ment à ce résultat, et la Pologne reconnaissante lui consacra l'épitaphe sui>ante : « il fut dans le temple plus « qu'un prêtre, dans la république plus qu'un roi, sur letri- « bunal plus qu'un juge, à l'armée plus qu'un général, dans « l'action plus qu'un soldat, dans l'adversité et le pardon « des injures plus qu'un honnne, dans la défense de la li- « berté plus qu'un citoyen, dans les rapports de l'amitié « plus qu'un ami, à la chasse contre les bêtes féroces plus « qu'un lion, et dans toute sa vie plus qu'un philosophe. « Ces hommages que la Pologne rendait à Battori , il ne les avait cependant pas captés par ses ménagements ou ses flatteries envers la noblesse. Il fut le dernier roi qui défendit avec énergie et habileté les prérogatives de la couronne, bien qu'il portât, d'ailleurs, le plus profond respect aux libertés publiques. « 0 Polonais! disait-il, souvent aux no- « blés, ce n'est pas l'ordre légal, vous n'en avez point; « ce n'est pas le gouvernement, vous le méprisez ; c'est «t le destin seul qui régit votre république. »
Malheureusement ce destin ne fut pas aveugle ; et la Pologne, grande et puissante sous un prince comme Battori, s'abaissa bientôt sous ses successeurs. Déjà, lors des dernières vacances du trône, trois princes autrichiens s'étaient mis sur les rangs : cette fois encore, la mort de Battori fit renaître les prétentions de Tarchiduc Maximilien ; mais la diète élut pour roi, en 1587, Sigismond IIJ Wasa, héritier du trône de Suède, et descendant des Jagellons par sa mère.
Sigismond, en gagnant une couronne élective, perdit un royaume héréditaire. Les Suédois, convertis aux doctrines de Luther, redoutaient le gouvernement d'un prince dont la foi ardente, dominée par les jésuites, aurait livré la Suède aux guerres religieuses qui déchiraient r411e-
magne. Le duc de Sudermanie, oncle de Sigismond, connu dans l'histoire sous le nom de Charles IX, profita de ces circonstances pour ravir à son neveu le trône des Wasa. En vain les Polonais prirent-ils les armes dans l'intérêt de leur souverain, en vain triomphèrent-ils à la célèbre bataille de Kircholm, en 1605; cette intervention n'en fut pas moins funeste à la Pologne, puisque plus tard elle attira sur la nation le ressentiment du terrible Gustave- Adolphe, et qu'avant de mourir, Sigismond fut contraint de signer un traité qui abandonnait à la Suède la Livonie et une grande partie de la Prusse (1629).
Malgré les fautes de Sigismond, malgré son intolérance rehgieuse, dans un pays où naguère toutes les opinions étaient libres, Udislas VII, son fds aîné, fut élu roi en 1633. Habitué aux fatigues de la guerre, Udislas soutint l'honneur des armes polonaises ; il triompha des Russes en 1634, et leur dicta le traité de Viazma, qui reconnaissait à la Pologne la souveraineté de Smolensk, mais trop fidèle aux traditions politiques de son père, il fut entraîné par l'ardeur de ses convictions religieuses dans une lutte déplorable contre les Cosaques de l'Ukraine.
On se rappelle que ces Cosaques avaient été rattachés à la Pologne par l'habileté et la sagesse de Battori. En respectant leurs institutions démocratiques, leur rehgion et leurs mœurs, ce grand prince s'était fait des alliés puissants, auxiliaires intrépides contre les Turcs ou contre les Russes, dévoués à leur parole, mais dévoués seulement jusqu'au jour où une main imprudente toucherait à leurs croyances et à leurs libertés !
Udislas s'en aperçut bientôt, lorsque, répudiant l'esprit de tolérance de Battori, il voulut imposer aux Cosaques la religion catholique dont ils avaient horreur. Les temples