‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 44 sur 77 · CHMIELNICKI · texte numérisé non relu

CHMIELNICKI

du rit grec furent brûlés ; l'Ukraine se remplit de prôti'es catlioliques ; les seigneurs polonais attentèrent aux droits des Cosaques et prétendirent changer ces libres enfants des steppes en serfs et en esclaves. Bientôt la révolte gronde, le sang coule, des héros s'élèvent. L'Ukraine trouve un chef, un capitaine habile. C'était Bagdan Chmielnicki. Polonais d'origine, mais élevé parmi les Cosaques, il avait été outragé par un noble dans tout ce que l'homme a de plus cher et de plus sacré. Sa maison avait été brûlée, sa femme déshonorée et massacrée sur le cadavre de son fils : ne pouvant obtenir justice contre l'assassin que protégeait la diète des nobles, il jura de se venger, d'affranchir les Cosaques, et d'exterminer la noblesse et les jésuites.

A son appel , trois cent mille combattants courent aux armes ; les serfs polonais se détachent de leurs maîtres inhumains, en faisant cause commune avec les Cosaques ; les Tatars se pressent pour grossir leurs rangs. L'armée des nobles est en fuite ; les cloîtres et les châteaux brûlés, deux cent mille nobles égorgés donnent la mesure de la terrible vengeance que tire un peuple libre foulé aux pieds comme esclave, et opprimé dans ses croyances. Après vingt victoires, au moment où la Pologne touchait à sa ruine , Chmielnicki accepte la paix ; il ne demande que la liberté pour les Cosaques, et le respect pour leur religion (1649). Il reconnaît la Pologne pour alliée, son roi pour chef des Cosaques, et exige, pour toute condition, qu'un évêque cosaque siège dans le sénat polonais. La paix est conclue, mais aussitôt que le danger est passé, le clergé polonais proteste, et déclare qu'il quittera le sénat, plutôt que de souffrir que ce sanctuaire soit souillé par la présence d'un schismatique. La guerre recommence avec

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toutes les horreurs et tous les désordres qu'enfanteut la haine et le fanatisme. « Le massacre d'une multitude d'hommes des deux partis ; la population de certains lieux entièrement exterminée; des hommes, des femmes, des vieillards, des enfants égorgés, noyés ou enterrés tout vivants, ou rôtis devant un feu lent ; tels sont, dit le savant Lelevel, les crimes dont le seul récit ferait frémir d'épouvante le cœur humain . »

Dans ces circonstances, le czar de Russie, Alexis, lit pour les Cosaques ce qu'avait fait jadis Etienne Battori. Il les prit sous sa protection et se les attacha par des bienfaits (1654). Ainsi, l'intolérance des nobles et la funeste influence des jésuites poussèrent les braves et fidèles alliés de la Pologne dans les rangs de ses plus redoutables ennemis.

Udislas ne vit pas la fm de la lutte imprudemment engagée par lui contre les Cosaques. 11 était mort en 1648, et la diète avait élu, pour le remplacer, son frère Jean II Wasa, dit Jean-Casimir, qui eut à soutenir une guerre difficile contre les Russes et les Suédois. Les premiers, aidés des Cosaques, s'emparèrent, en 1654, de Smolensk et de Wilna, capitale de la Lithuanie. En même temps, comme Jean-Casimir, en sa qualité d'héritier légitime du trône de Suède, élevait toujours des prétentions à la couronne. des Wasa, Charles-Gustave, à la tète des Suédois, entra par la Prusse, dans la Grande-Pologne, occupa rapidement Varsovie et la Petite-Pologne, et ne déposa les armes que lorsque le traité d'Oliva, signé en 1 660, eut reconnu à la Suède la souveraineté de la Livonie, déjà conquise en grande partie, au temps de Gustave-Adolphe. Ces échecs successifs dégoûtèrent Jean -Casimir du trône. Cardinal avant d'être roi, il résolut de rentrer de

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noiiYcaii dans l'Éiilisc, et vint en France pour i>;()uverncr des moines, après avoir gouveDié une grande nation. Il mourut en i()72, abl)é de Saint-Germain-des-Prés et de Saint-Martin de Nevers.

Son abdication avait ouvert une nouv elle arène à l'ambition des prétendants, et l'élection devait soulever une lutte d'autant plus orageuse, que, pour la première fois, les nobles allaient user du droit si tristement fameux dans leur histoire, sous le nom de liberum veto. Grâce au lihentiH veto, une fatale unanimité de votes était imposée aux assemblées délibérantes des nobles, de sorte qu'un seul d'entre eux pouvait, par son opposition, entraver toute délibération de la diète, empêcher toute résolution, rendre même impossible l'élection d'un roi. Si Ton considère que les nobles se comptaient par milliers, que les diètes s'assemblaient souvent en plein champ, qu'elles délibéraient en désordre, et votaient, presque toujours, sous le coup des passions les plus violentes et les plus hostiles, on restera certainement convaincu que l'histoire ne présente, dans aucun temps et dans aucun pays du monde, rien d'aussi absurde, d'aussi insensé que cette institution.

En vain lorsque la diète, en 1652, plongeait la Pologne dans une anarchie irrémédiable, par la reconnaissance du libennn veto, plusieurs provinces avaient-elles réclamé contre les abus de ce droit; en vain les évêques menacèrent-ils d'excommunier ceux qui en feraient usage; en vain représenta-t-on, en pleine diète, que c'était perdre la république, lui ôter le moyen de se gouverner et de pourvoir à sa défense; plusieurs députés répondirent « qu'ils « aimaient mieux exposer l'État aux invasions étrangères, « que de souffrir la moindre atteinte à leurs libertés. » " Ainsi, le liberum veto^ dit Rulhière, s'est maintenu dans

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toute sa puissance, toujours maudit et toujours respecté. » Quand les nobles, après l'abdication de Casimir, s'assemblèrent, au nombre de plus de cent mille, dans le champ électoral, leurs acclamations insensées portèrent sur le trône un gentilhomme obscur, inconnu, difforme, Michel Koributh Viecnoviecki, qui descendait, dit-on, d'un frère du roi Jagellon. « Ce que la petite noblesse accueillit en lui avec transport, dit M. de Salvandy, ce fut une vie que ne recommandaient ni les richesses, ni les charges, ni le talent, ni la gloire. On apprenait ainsi que le système électif n'avait pas même sur l'ordre héréditaire l'avantage de préserver les États du règne de la médiocrité ' . » (Juin 1669).

La grande noblesse, entraînée par le flot populaire, avait cédé pour un temps ; mais bientôt seize cents d'entre les principaux seigneurs, ayant pour chefs le primat du royaume et le célèbre Sobieski, formèrent le plan d'une confédération pour détrôner le vain fantôme qu'on leur avait imposé, « et pour soustraire la république à cette sotte tyrannie d'une noblesse plébéienne. « Ce fut l'expression de Sobieski, dans une lettre à Louis XIV, par laquelle il laissait à son choix de donner pour roi a la Pologne, ou Turenne, ou Condé, ou un prince de Conti encore enfant, dont Turenne serait le tuteur.

Mais les voisins de la Pologne, l'Autriche, la Russie, embrassèrent, dans le dessein d'y perpétuer l'anarchie, la facile poiitique qu'ils ont constamment suivie depuis ce temps. Ils s'offrirent à la simple noblesse comme les soutiens de ses prérogatives. La maison d'Autriche, qui n'avait pas dédaigné de donner une de ses princesses à

1 ijhlQire de Pologne avant et sou>i Sobieski, pai- iM. d(! Salvandy.

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