‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 47 sur 77 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Division de l'histoire de Suède. — Antique Scandinavie. — Notions sur les Scandinaves. — Culte d'Odin. — Traditions.

(Temps primitifs)

L'histoire de la Suède peut se diviser en trois périodes principales, bien que d'une importance inégale. La première comprend les temps qui ont précédé l'introduction du christianisme en Suède, temps confus, obscurs, où la vérité fait place à la fable et aux mystères ; la seconde s'étend depuis l'introduction du christianisme en 835, jusqu'au règne de Gustave Wasa, qui substitua le culte réformé au culte catholique; la troisième, enfin, commence au règne de Gustave Wasa, 1530, et s'arrête à l'avènement au trône de Suède d'un général français, Bernadotte, dont le fils règne aujourd'hui sous le nom d'Oscar I^r (1810).

La vaste presqu'île qui forme la Norwége et la Suède portait, dans l'antiquité, le nom de Scandinavie. Les Scandinaves et les Danois semblent avoir une origine commune. C'est en Asie qu'il faut chercher leur berceau comme celui de tous les autres peuples de l'Europe. Chassés sans doute par quelque grand mouvement des Huns

OU des Tatars, ils échangèrent le climat de leur première patrie contre le ciel triste et brumeux, contre les terres ingrates et glacées de la Scandinavie. Leurs mœurs, à cette époque reculée, ne diffèrent point de celles des autres Barbares. Lorsque nous recherchons les premières traces des peuples modernes , nous retrouvons partout le même amour de la guerre, le même besoin de pillage, les mêmes figures indépendantes et fières dont Tacite, en peignant les mœurs des G ermains , nous a laissé un immortel tableau.

Mêlés activement aux invasions qui précipitèrent la chute de l'empire romain, les Scandinaves fournirent souvent des chefs aux hordes barbares, et tel était le prestige de leur renommée guerrière, que les Goths, les Lombards , les Saxons "et les Francs se vantaient tous d'avoir pour berceau les froides régions de la Scandinavie.

Au printemps de chaque année , après un sacrifice solennel offert aux dieux du pays , la jeunesse Scandinave s'arrachait au foyer domestique pour aller combattre et guerroyer au loin. Chaque chef de famille ne conservait près de lui qu'un enfant auquel revenait son héritage. Tous les autres partaient , remplis de confiance et d'ardeur, soumis à une disciphne qu'ignoraient les bandes sauvages de la Germanie , et c'est ainsi que le nom Scandinave revient si souvent, toujours entouré d'une sorte de gloire particulière , dans l'histoire des invasions barbares.

Ce ne fut pas seulement sur le continent que se signala la valeur des Scandinaves. Habitant un pays dont les côtes sont sans cesse battues par la tempête, ils se firent bientôt un jeu de délier les flots, et on les vit, aventurant

CULTE d'oDIJN ( TEMPS PlllMlTlFs). 191

sur la mer leurs barques audacieuses , venir pirater sur les rivages de la Gaule, et inquiéter Cliai-lemagne luimême.

Ce voisinage de la mer, cet aspect des tempêtes, la tristesse du ciel , le mystère des noires forêts de sapins, tout semble avoir contribué à répandre sur l'iiistoire des premiers siècles de la Scandinavie une teinte sombre et terrible. Les traditions qui se rapportent à ces temps primitifs ont été consignées dans deux ouvrages , l'ancienne et la nouvelle lùh/a , formés des chants poétiques des bardes islandais. Mais la mythologie y tient au moins autant de place que l'histoire, et ce n'est point là un guide suffisant pour marcher avec sûreté dans la nuit qui voile les âges héroïques de la Scandinavie.

A l'époque où remontent nos connaissances historiques sur le nord de l'Europe, le culte d'Odin avait remplacé presque partout celui de Thor , regardé jusque-là comme le dieu suprême. D'abord adoré comme dieu du soleil, Odin devint le chef invisible d'une théocratie puissante qui résista longtemps aux missionnaires chrétiens. Grâce à l'importance de ce personnage, la critique s'est souvent exercée sur son origine. L'opinion la plus accréditée, c'est que , venu du fond de l'Asie , il réussit à changer le culte établi chez les peuples du nord, et que ceux-ci, dans leur reconnaissance, le placèrent au sommet de l'Olympe septentrional , dans le WcUhala ou lieu de délices , réservé aux guerriers morts sur les champs de bataille. Leur imagination entoura ensuite le Jupiter Scandinave d'une foule de divinités de second ordre, qui rappellent les demi-dieux et les héros de la mythologie grecque et romaine.

La religion d'Odin, comme celle des Celtes et des Gev-

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mains, paraît s'être inspirée des religions de la haute Asie. Toutes croyaient honorer leurs dieux en leur offrant des victimes humaines : toutes espéraient, par ces affreux sacrifices, apaiser la colère du ciel et conjurer les calamités publiques. Mais une croyance singulière et qu'on ne retrouve guère que chez les Scandinaves, c'est que les dieux aussi bien que les hommes étaient soumis à la mort. Un jour devait venir où tous les habitants du Walhala livreraient au génie du mal, au loup Feiiris ^ une bataille acharnée et désastreuse. Tous les combattants morts, la terre devait être dévorée par le feu. Mais une nouvelle terre , plus belle et plus riante, sortirait du sein des eaux, et recevrait alors pour toujours les meilleurs d'entre les dieux et d'entre les héros.

Cette nécessité bizarre qui assujettissait les dieux euxmêmes à la mort , mais à une mort suivie d'une prompte résurrection dans un monde meilleur , atteste au surplus la foi ferme des Scandinaves dans l'immortalité de l'âme. Sur ce point, la religion d'Odin est restée fidèle aux croyances des Celtes et des Germains.

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