CHAPITRE II
Temps historiques de la Suède. — Dynasties des Inglinges et des Lodbrol^jens. — Ing-yald, dernier prince inglinge. — Son avènement. —Sa mort. — Iwur Widfamme, premier prince lodbrokieri. — Ses successeurs.— Harald, surnommé Dent de gfwf rre. — Sigurd. — Ragnard. — Ses exploits. — Sa mort.
(Depuis les temps les plus reculés Jusqu'au O*" siècle)
Les traditions historiques des premiers âges de la Scan dinavie ne sont pas moins obscures, moins incertaines
JINd-VALI) ^JUSQLj'aI Mil' SiliCLt). lîJo
que les traditions religieuses. Jusqu'à rétablissement du christianisme en Suède, l'histoire n'a conservé que les noms de deux dynasties, celle des Inglinges et celle des Lodbrokiens.
Un dieu , successeur d'Odin , et qui s'appelait Ingwe, fut, dit-on, le chef de la dynastie des Inglinges; mais on ne connaît guère que le dernier prince de cette illustre race. D'après une vieille tradition , la reine des sorcières, la dame Huile, avait prêté son appui aux premiers successeurs d'ingwe, et en retour de ce service, la sorcière avait prédit que la dynastie des Inglinges finirait un jour misérablement.
Cette prédiction s'accomplit sur la tête d'Ing-yald, dernier prince inglinge, qui vivait à la tin du huitième siècle de notre ère. Ing-yald avait souillé son avènement au trône par une odieuse trahison. Son père Anund étant mort , il réunit dans un festin offert , selon l'usage du temps, en l'honneur du défunt , plusieurs petits rois et comtes qui lui devaient hommage en qualité de roi d'Upsala et de seigneur suzerain de la Suède. Lorsqu'on lui présenta la large coupe que chaque convive vidait à la mémoire du mort, Ing-yald, en l'acceptant, fit vœu d'étendre son royaume de moitié ou de mourir à la tâche; et le soir même , six rois , ses parents , enfermés par son ordre dans la salle du festin, y périssaient, consumés par le feu qu'il avait allumé de ses mains. Ing-yald s'empara aussitôt des États de tous ces petits princes qu'il adjoignit aux siens, accomplissant ainsi, avec une cruelle perfidie, le serment qu'il avait fait et qui cachait une terrible menace.
Ce crime nous donne la mesure du caractère d'Ing-yald. Ses cruautés , en soulevant la Suède contre lui , provo-
uèrent bientôt une invasion d'Iwar Widfamme , roi de Danemarck. Effrayé de la marche rapide et des forces de son ennemi , Ing-yald, préférant la mort à un combat, enivre tous ses soldats, s'enferme avec eux et sa fille Asa dans la vieille salle des rois du palais d'Upsala , et meurt , entouré de ses guerriers ivres , au milieu de l'incendie qu'il avait allumé lui-même. Les restes de cette antique famille se réfugièrent en Norwége, et, s'il faut en croire les chants des bardes de cette contrée , ils lui donnèrent des rois. Harald, aux beaux cheveux, célèbre chef norviTgien, prétendait être issu du sang des Inglinges.
A l'époque où nous sommes rendus, c'est-à-dire vers l'an 7 50 , la Suède était divisée en trois provinces principales : celle du nord, le Nordland^ encore occupée par les Finnois et les Lapons ; celle du milieu , ou la Suède proprement dite; et enfin, la Goihie, nation distincte et indépendante, mais qui reconnaissait la suzeraineté du roi de Suède.
Après une lutte de quelques années avec divers chefs suédois qui prétendaient à l'héritage d'Ing-yald, Iwar- AVidfamme resta maître de la Suède, réunissant, en outre, sous sa domination, la Gothie, le Danemarck, le littoral de la Baltique et une partie de l'Angleterre. Il mourut dans une expédition contre un roi de Russie qui avait donné un refuge , contre sa colère , à sa fille And et à son petit-fils Harald. Celui-ci, secondé par le roi des Russes, vint réclamer les États de son grand-père ; et reconnu d'abord par les Seelandais et les Scaniens , il dut bientôt à ses victoires la soumission de toute la Suède.
Harald est un des héros des récits Scandinaves. Grand guerrier, comme Iwar, protégé par un charme magique qui le rendait, dit-on, invulnérable, sa valeur lui fit don-
MORT DE HAftALD ( ¥111^ SIECLE ). 195
ner le surnom de Dent de guerre. Devenu vieux, il céda la Suède et rOstrogothie à Sigurd-King, lils de Kandwer, son beau-frère. Mais ce partage n'ayant point satisfait Sigurd, la guerre éclata bientôt entre lui et Harald.
Ce dernier, fatigué d'une vie qu'il trouvait trop longue, et aspirant aux joies guerrières du Walhala, s'engagea avec ardeur dans cette guerre, désirant y trouver la mort. Suivi de toute la noblesse danoise, il rencontra son ennemi dans une plaine de la Scanie , où des pierres tumulaires, qu'on voit encore aujourd'hui, sont restées coinme un souvenir de la terrible bataille qui s'y livra. Après une lutte acharnée , dans laquelle trente mille de ses guerriers étaient morts , Harald , vaincu , se dressa sur son char, et portant un glaive dans chaque main, il poussa ses chevaux au centre de l'armée de Sigurd. On ne put compter le nombre de ceux qui tombèrent sous ses coups, mais il succomba enfm lui-même. La tradition ajoute qu'il fallut la main d'un dieu pour rompre le charme qui le défendait. Ce dieu , du nom d'Othin , renversa Harald de son char pendant la mêlée, et le tua d'un coup de massue.
Aussitôt que Sigurd vit le char du roi vide , il donna ordre de cesser le combat et de rechercher le corps de son oncle qui gisait sous un monceau de morts. Les restes du vieux guerrier furent brûlés sur un bûcher fait de la proue dorée de son navire, au milieu des flammes entretenues de tout ce qu'on put trouver de plus précieux. Sigurd eut aussi soin de placer à ses côtés un cheval magnifiquement harnaché, afm que, rapidement porté par son coursier, il arrivât le premier au Walhala pour y recevoir ses amis et ses ennemis.
Sigurd, devenu maître, par cette victoire, delà Suède et du Danemarck , transmit ses États à son fils Ragnard qui
19G HlSTOmE DE SLEDE.
est la grande figure héroïque de ces temps. Comme Roland en France, comme Arthur en Angleterre, Ragnard a été souvent célébré par les bardes Scandinaves. Ils le nomment le plus fort et le plus beau des hommes, et les poèmes sont pleins du récit de ses aventures, de ses exploits et de sa mort.
Deux fois Ragnard se marie , et deux fois, pour obtenir celles qu'il aime , il combat les monstres qui les gardent, et il en triomphe. Pour arriver jusqu'à Froë , jeune fille norwégienne, il perce un ours de sa lance ; pour mériter Thora , fille d'Héroth , comte de Suède , il lutte contre un serpent énorme dont l'haleine donnait la mort. Toute la jeunesse Scandinave qui avait jusque-là tenté cette périlleuse épreuve, y avait succombé; mais c'était le péril même qui stimulait le courage de Ragnard. Vêtu de laine et de peaux, il commença par se plonger dans la mer, et il en sortit recouvert d'une cuirasse de glace, avec laquelle il put braver les mortelles exhalaisons du serpent. Vainqueur après une lutte terrible , 11 dut au bizarre costume qu'il portait le surnom de Lodbrog (hérissé) qui est resté celui de toute la dynastie dont Iwar Widfamme était le chef, et dont Ragnard fut le prince le plus illustre.
L'activité de ce dernier semble infatigable. Toujours armé, toujours en guerre, il paraît presque en même temps en Angleterre, en Danemarck, en Saxe, en Russie. Lorsque les rois d'Angleterre, d'Ecosse et des Hébrides sont tombés sous ses coups, nous le voyons- en Danemarck réprimer une insurrection qui a éclaté pendant son absence; de là il passe chez les Saxons , bat Gharlemagne lui-même, et non content encore , il porte la guerre en Russie , et étend de ce côté les limites de son empire.
Tant d'exploits devaient finir par une mort affreuse. Fait
CHRISTIANISME K.\ SllKDE (800-826). 107
prisonnier par /Ella, roi du INorthumberhuul, Ragnard fut jeté dans une fosse remplie de serpents, et expira sous leurs morsures, en chantant ses hauts faits d'armes (805) ^