CHAPITRE ITI
Introduction (in l'iirislianisnic en Suède. (836 à lOOO)
Lorsque les missionnaires du christianisme pénétrèrent pour la première fois en Suède, ils y trouvèrent, comme nous l'avons dit, la religion d'Odin forte et triomphante. Les institutions et les mœurs des Suédois étaient, d'ailleurs, un obstacle sérieux aux progrès de la religion novvelîe. Sans parler des sacrifices humains et de cette passion de la guerre qui révèle chez les anciens Scandinaves tous les instincts farouches que condamnaient les humbles et tendres doctrines de l'Évangile, la Suède comptait une nombreuse population d'esclaves réduite au dernier degré de rabaissement et de la misère. Dès l'origine , le christianisme avait flétri cette odieuse plaie de l'esclavage que le monde ancien avait léguée au monde moderne , et en Suède , comme partout, il lutta de tous ses efforts contre la barbarie des lois qui donnaient aux maîtres le droit de vie et de mort sur la personne de leurs esclaves.
Toutefois les missionnaires chrétiens ne réussirent qu'à grand' peine à détruire l'esclavage en Suède. Le signal de l'affranchissement donné en 1295, par la province de
t Voir ['Histoire d'Angleterre, p. «8.
rUpland, ne fut imité par les autres provinces qu'en
Saint Anschaire, qui passe pour le premier apôtre de la Scandinavie, pénétra dans le pays en 826, à la suite du chef danois Harald, qui, vaincu par Ragnard, s'était vu forcé de chercher un refuge en Allemagne. Secondé par Louis le Débonnaire , fils et successeur de Gharlemagne, Harald était venu tenter de nouveau la fortune des combats en Danemarck , et saint Anschaire avait obtenu la permission de l'accompagner. Lorsque Harald, une seconde fois Yaincu par Ragnard , fut contraint de fuir encore devant les armes de son vainqueur , l'apôtre dut le suivre aussi, pour échapper à la persécution.
Anschaire vint alors fonder près de Hambourg une école où il enseignait l'Évangile à des enfants rachetés de l'esclavage, mais son vœu le plus ardent était de revoir ces contrées du nord , où il avait jeté les premiers germes de la foi nouvelle. Sans regarder aux périls et aux difficultés de sa mission, il partit, vers l'an 870 , accompagné d'un moine nommé VVisniar, et débarqua dans la ville de Rirca, située dans une petite île du lac Mœlar, et aujourd'hui détruite.
Saint Anschaire fut accueilli avec bonté par Ryoern, successeur de Ragnard, sans qu'il put néanmoins décider ce prince à se convertir au christianisme. Mais la parole de l'apôtre trouva de l'écho dans quelques cœurs suédois, déjà préparés par les discours des esclaves chrétiens. Nommé archevêque du Nord, Anschaire, pour ne pas s'éloigner des peuples qu'il voulait gagner à l'ÉgUse, fixa sa résidence à Hammaburg, château construit par Gharlemagne à l'embouchure de TElbe. Les incursions des Danois l'obligèrent bientôt à se retirer dans la ville de
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Bi'eme. Hyoern était mort, et son successeur Emund, loin de partaiïer ses dispositions bienveillantes pour les chrétiens, oriianisa contre eux une persécution violente, les chassa de ses Etats et étouffa ainsi , à son berceau , la foi qui conunencait à se répandre, grâce aux généreux efforts d'Anschaire.
Mais, vers la fin du neuvième siècle, un grand changement politique favorisa le triomphe définitif du christianisme dans le nord. Jusque-là la supériorité des rois des trois principales contrées de la Scandinavie, la Suède, la Norwége etleDanemarck, n'avait guère été que nominale, et l'influence qu'ils exerçaient sur les autres chefs du pays, presque aussi puissants qu'eux, était nécessairement fort restreinte. Leur position, sous ce rapport, peut assez bien se comparer à celle des rois francs que l'histoire nous montre sans cesse en lutte avec les leudes ou grands , et souN ent dominés par eux. Il importait moins, dès lors, que les rois de la Scandinavie se convertissent à la religion chrétienne. L'unité de pouvoir n'existant pas, l'autorité des souverains étant partout contestée, leur exemple devait entraîner peu d'imitateurs.
Si, au contraire, le pouvoir royal se fortifiait, si les rois acquéraient l'ascendant d'une autorité grande et respectée, il ne pouvait manquer d'arriver en Scandinavie ce qui était arrivé chez les Francs après la conversion de Clovis, l'exemple du maître devait être suivi par les sujets.
C'est, en effet, ce qui eut lieu. Vers la fin du neuvième siècle, sous le règne de Germ l'ancien enDanemarck, de Harald aux beaux cheveux en Norwége, et d'Érick le pieux, fils d'Emund, en Suède, la royauté, dans ces trois pays, s'établit sur des bases plus fermes. Elle ne fut plus seulement un vain titre. Elle assura au souverain une influence
200 iiiSTOun-: de suède.
nouvelle et puissante. Cette influence, sous un prince chrétien , devait tourner tout entière au profit du christianisme, et les faits nous prouvent qu'il en fut ainsi.
En 965, Harald, fils de Germ, roi de Danemarck, fut contraint par Tempereur Othon I^^" de recevoir le baptême, et bientôt le Danemarck embrassa la religion d'Harald. En Norvvége, ce ne fut que sous le troisième successeur d'Harald aux beaux cheveux que le christianisme triompha (995). La Suède enfin abjura, la dernière, le culte qu'elle rendait aux idoles du grand temple d'Upsala : entraînée aussi par l'exemple de son roi, elle brisa ses idoles , pour ne plus reconnaître d'autre dieu que le Dieu des chrétiens (Vers l'an 1000). Les évêques suédois et norvv égiens devinrent dès-lors les plus puissants seigneurs de ces contrées.