CHAPITRE IV
Érick le Victorieux. — Guerre de la Suède contre le Danemarck. — Suéiion, roi de Danemarck. — Sigrid. — Guerre de la Suède et du Danemarck contre la Norwége. — Défaite d'Olof, roi de Norwége. — Situation des États Scandinaves. — Olof le Saint. — Ses successeurs. — Fin de la dynastie des Lodbrokiens. — Avènement de Stenkil l^r au trône de Suède.
Le récit de l'introduction du christianisme dans la Scandinavie nous a forcé d'interrompre la suite des autres événements dont ce pays fut le théâtre. Après la mort d'Érick et le règne de son fils Byoern dont l'histoire se borne à mentionner les noms, l'autorité fut partagée entre deux princes, Érick et Olof (950 environ.). Ce dernier étant mort, son fils âgé de douze ans, et qui se nommait
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aussi Byoern, réclama son héritage : Érick promit de le lui rendre lorsqu'il aurait atteint sa seizième année. Mais les partisans du jeune prince essayant, à l'aide de son nom , d'exciter des troubles en Suède, Erick lui enjoignit de quitter le pays. Quelques années après, Byoern s'associa à une république de pirates qui s'était formée dans la Poméranie, et revint pour disputer la couronne à son rival. Vaincu dans une bataille livrée sur les bords du fleuve Firis, près d'Upsal, et forcé de fuir de nouveau, il laissa à Érick le trône de Suède et le surnom de victorieux.
Non content de ce succès, Erick passa aussitôt après en Danemarck pour combattre Suénon à la double barbe, dont le père, selon la constante politique des princes danois, avait prêté son appui au jeune Byoern. Suénon, vaincu, se réfugia en Angleterre, mais à la mort d'Érick et sous son successeur Olof TU, il parvint à rentrer en Danemarck, et à ressaisir la couronne qu'il avait un instant perdue. Cette restauration, qui mit en mouvement toute la Scandinavie, mérite d'être racontée avec quelques détails.
Sous le règne d'Olof 111 , successeur d'Érick , Sigrid la superbe, épouse divorcée de ce dernier, s'était mise à la tête d'une faction puissante, sans qu'Olof, son fils, pût réussir à la chasser de la Suède. Recherchée par plusieurs chefs inférieurs de Norwége, Sigrid avait refusé de contracter une nouvelle union. Toutefois, après de longues hésitations, elle avait cédé aux instances du roi de Norwége qui se nommait aussi Olof. Cette alhance , qui pouvait confondre les intérêts de la Suède et de la Nor- M^ége, effraya Suénon qui cherchait alors une occasion favorable pour rentrer en possession du Danemarck, Voulant empêcher ce mariage, il laissa voir, dit-on, au roi de
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Norwé<>e sa fille Lira dont la merveilleuse beauté mapia le cœur cFOlof. Celui-ci retira dès lors la parole qu'il avait donnée à Sigrid ; on ajoute même que dans une entrevue qu'il eut avec elle , indigné de son refus persévérant de recevoir le baptême, il la frappa de son gant au visage, en l'accablant d'outrages.
Était-ce un prétexte pour rompre violemment? Sa colère s'inspirait-elle, au contraire, de l'ardeur de ses convictions religieuses, son mariage avec Lira précéda-t-il ou suivit-il le sanglant affront fait à Sigrid? Les historiens ne le disent pas nettement : toujours est-il que Sigrid fut renvoyée dédaigneusement en Suède, mais non sans avoir laissé à Olof cette terrible menace : «^ Cela sera ta mort. » Et pour début de sa vengeance, elle épousa Suénon.
Cette union changea complètement les relations des trois États Scandinaves. L'alliance de la Suède et de la Norwége fut rompue. Le fils de Sigrid, Olof II 1, roi de Suède , rendit le Danemarck à Suénon , et cédant aux prières de la femme outragée, les deux princes marchèrent ensemble contre le roi de Norwége qui était déjà menacé par un parti de mécontents. La flotte de ce prince, surprise par celle des deux alliés, fut complètement détruite après une résistance opiniâtre, et n'ayant plus d'espoir de salut, Olof se précipita dans la mer où il trouva la mort (Vers l'an 1000).
Cette mort fut suivie du partage de la Norwége entre le roi de Suède et le roi de Danemarck, mais leur domination y fut de courte durée. Un descendant de Harald aux beaux cheveux, Olof, surnommé le saint, réussit à ressaisir la couronne norwégienne, et le roi de Suède, qui ne voulait pas le reconnaître, tenta vainement de poursuivre la guerre contre lui : il en fut empêché par
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rassenil)k'0 générale du peuple. Ou peut jui2;er pai* l'oppositiou qui se uianifesta dans celte assemblée, et par la soumission du roi, des limites que les institutions fixaient au pouvoir royal et de l'organisation politique de la Suède.
Aux premiers jours du printemps de l'année 1005, les ambassadeurs du roi de Norwége, qui désirait la paix, fureiU conduits à Upsal par le yarl ou comte de Westrogothie, Ragwald, qui appuyait leur demande. Le roi , les yarls ou comtes, les magistrats élus par le peuple les attendaient assis en cercle dans une vaste plaine, entourés de la foule qui se pressait aux abords de l'enceinte. Lorsqu'on eut discuté les affaires de l'État, les ambassadeurs furent introduits, et l'un d'eux se levant, exposa à baute voix les vœux et les intentions pacifiques de son maître. A ces paroles, le roi de Suède, se levant avec impatience, interrompit violemment l'ambassadeur. Mais au même moment, des murmures bruyants éclatèrent dans l'assemblée. Les paysans irrités agitèrent leurs armes , et l'un d'eux, dont la vieillesse attestait l'expérience, s'adressant directement à Olof : « Malheur à toi, lui dit-il, si tu « abandonnes la voie suivie par les rois tes prédécesseurs, « par Érick, fils d'Emund, et par Erick le victorieux. Nous « autres, les paysans de la Suède, nous demandons que la '< paix soit faite avec la Norwége, et que ta fille Tngegarde «.soit donnée en mariage au roi régnant. Si tu méprises « nos avis, tu vas nous voir tomber sur toi, et te donner la « mort, car nous ne saurions souffrir ce qui est contraire « aux lois. C'est ainsi qu'en ont agi nos pères. Us ont jeté «■ dans un puits cinq rois gonflés d'orgueil comme toi. Al- « Ions, parle, fais-nous connaître sur-le-champ ton choix." Et, en prononçant ces paroles , il frappa de son épée sur
son bouclier. Le roi l'engagea alors à prononcer lui-même sur la paix ou sur la guerre, disant que c'était une vieille coutume en Suède que les rois se conformassent aux volontés des paysans, et la paix avec la Norwége fut décidée au milieu des acclamations du peuple.
Un des faits les plus importants du règne d'Olof III, fut sa conversion au christianisme. Le roi breton Étlielred lui ayant envoyé des missionnaires, il reçut le baptême vers l'an 1000, à la fontaine de Saint-Si froid, dont les eaux furent consacrées pour cette pieuse cérémonie. Dès lors, les trois principaux princes de la Scandinavie favorisèrent, sauf quelques exceptions, les progrès de la religion nouvelle. Suénon, roi de Danemarck, était aussi chrétien, et son fils Canut, après une carrière illustrée par des exploits guerriers, occupa sa vieillesse à fonder en Danemarck des monastères qui sont restés célèbres pendant tout le moyen âge. Quant à Olof le Saint, roi de Norwége, le surnom que l'histoire lui a donné nous dit assez avec quel zèle il s'employa à la propagation du catholicisme, qui bientôt domina, dans toute la Norwége, sur les ruines du paganisme.
Le règne d'Olof III. roi de Suède, ne fut pas, du reste, sans gloire. Ce prince, après son alliance avec le Danemarck, seconda Canut, fils de Suénon, dans ses expéditions contre l'Angleterre, et parvint à réunir les provinces de Gothland à sa couronne. Il laissa le trône (vers 1028) à son fils Anund, qui fut aimé du peuple à cause de sa justice, et qui reçut le surnom d'incendiaire parce qu'il faisait brûler les maisons des malfaiteurs.
Son frère Émund III lui succéda en 1051 . Il fut le dernier prince de la dynastie des Lodbrokiens, fondée depuis deux siècles environ par Iwar Widfamne. Emund 111 n'est
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guère connu que par la tentative qu'il lit poui conquérii* la Scanie, la province la plus méridionale de la Suède, et qui appartenait alors au Danemarck. Battu par Canut, il mourut les armes à la main, à la bataille de Strangepela (105G).
Avec lui s'éteignit la race des anciens rois d'Upsal, et avec Stenkil F-»', élu par le peuple pour lui succéder, une dynastie nouvelle, celle des Stenkils, mon'e sur le trône de Suède (1060).