CHAPITRE V
Dynastie des Stenkils. — Stenkil le"". — Ses successeurs. — Inge le Vieux, dernier roi de celte famille, — Troubles en Suède, — Ragwald. — Sa mort. — Swerker 1er. — Érick le Saint. — Succession d'Érick. — État du christianisme en Suède à la fin du douzième et au commencement du treizième siècle,
Stenkil I^r^ élu roi par les Suédois, était fds de ce Ragwald, iarl de Westrogostrie, dont nous avons déjà cité le nom en racontant les débats de la Norwége avec la Suède. Stenkil était chrétien : toutefois le christianisme était loin encore de dominer en Suède. Les Goths, habitants du midi de la presqu'île Scandinave, s'étaient convertis sans trop de résistance; mais un intérêt politique rattachait les Suédois proprement dits aux croyances du paganisme. Maîtres du temple central d'Upsal, le plus vénéré de la Scandinavie, ils avaient dû longtemps à cette circonstance une prééminence incontestée. Le christianisme, eu renversant leurs idoles, allait aussi détruire le prestige de ce I. 12
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temple, et l'influeiice de la Suède était ainsi menacée de s'éteindre avec la cause qui l'avait produite.
Ce motif intéressé explique pourquoi la religion chrétienne eut à disputer si vivement le terrain en Suède aux traditions païennes. Les Goths, au contraire, tenaient d'autant plus à la foi nouvelle qu'elle favorisait leur indépendance , en les affranchissant de la prépondérance de leurs voisins. Ce fut, entre les deux peuples, une source de guerres intérieures , longtemps funestes à la royauté suédoise. Il est à remarquer, d'ailleurs, que ces luttes prirent encore un caractère plus violent et plus acharné, après que la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant eut enlevé aux Scandinaves les champs de bataille, où leur amour de la guerre et leurs farouches instincts avaient trouvé jusque-là à se satisfaire.
Dès que Stenkil !«»' eût été élevé à la royauté par les vœux du peuple suédois, les Goths se hâtèrent, de leur côté, de se donner pour chef un vieillard, du nom de HaquinleRouge, illustré par ses exploits guerriers. C'était une déclaration d'indépendance, insultante pour la Suède ; mais plutôt que de recourir aux armes, Stenkil obtint un traité qui lui assurait, à la mort du vieux Haquin, la couronne de la Gothie qu'il réunit bientôt , en effet , à celle de la Suède.
Après un règne heureux, ce prince laissa le trône, en 10G6 , à son fils Inge le Pieux dont le zèle ardent pour la propagation du christianisme devint funeste à la cause qu'il voulait servir. Son père Stenkil , bien que chrétien, avait fait preuve d'une réserve et d'une modération habiles envers les païens qui formaient encore la majorité de la population suédoise. Il avait même répondu à des missionnaires qui l'engageaient à renverser le temple d'Upsal,
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que c'était lui demander sa piopre ruine, et qu'il maintiendrait le temple protecteur des destins de la Suède. Inge le Pieux \oulant imprudemment hâter les conversions, le peuple irrité s'assembla et le força de choisir entre l'abandon de sa foi ou celui de sa couronne. « Quoi- « qu'il a(hienne de moi, répondit noblement le prince, je « resterai chrétien, je mourrai chrétien ; » et sur ces paroles il fut indignement chassé de l'assemblée et poursuivi à coups de pierre.
Swen , son beau-frère, fut élu à sa place. Inge , néanmoins, revint en Suède où, grâce à l'appui des chrétiens, il ressaisit son autorité ; mais on prétend qu'il mourut bientôt assassiné. Malgré ce redoutable avertissement, les successeurs d'Inge le Pieux poursuivirent avec une ardeur égale à la sienne la dangereuse mission d'apôtre du christianisme en Suède. Inge 11 , le dernier prince de la famille des Stenkils , dont on s'accorde à vanter la piété et les vertus, paya de sa vie , ainsi que son aïeul , son zèle pour la religion chrétienne. Il fut assassiné dans le monastère de Wreta, en 1128, et avec lui s'éteignit la dynastie des Stenkils, après avoir occupé le trône pendant soixante-huit ans (1060-1128).
Sa mort fut suivie d'un nouveau partage de la royauté en Suède. Les Goths choisirent pour roi Magnus qui , par sa mère , descendait des Stenkils : Les Suédois élurent Ragwald à la tête courte. Bientôt, cependant, les Goths parurent disposés à reconnaître l'autorité de ce dernier, mais la tém.érité dédaigneuse de Ragwald retarda la réunion des deux peuples sous un même sceptre. Ce prince, dès qu'il connut les intentions des Goths, s'empressa de se rendre à leur assemblée , sans exiger , selon la coutume barbare ^ des otages en garantie de sa sûreté. Les Goths
croyant voir, dans cette insouciance, une preuve de mépris pour eux, assommèrent le roi de Suède au milieu de l'assemblée.
Peu de temps après , Magnus , de son côté , était tué en Danemarck , et le pays se trouvait encore sans chefs , livré à toutes les dissensions et à toutes les prétentions rivales d'un interrègne. Cette fois, ce furent lesGoths qui donnèrent un roi à la Suède. Swerker, le prince élu pai' eux (1155), était le petit-lils du sacrificateur Swen, que les Suédois, en haine du christianisme, avaient autrefois appelé sur le trône d'Érick le Pieux. Mais le fils de Swen s'était converti, et Swerker, son petit-lils, fut un ardent protecteur de la religion chrétienne.
Sous son règne, le cardinal de Saint-Albans, depuis pape sous le nom d'Adrien IV , vint en Suède pour organiser l'Église du nord. Il voulait créer un archevêché dont la juridiction s'étendrait sur tout le royaume ; mais ni les Suédois ni les Goths ne voulurent y consentir. Le souvenir du temple d'Upsal et de la prépondérance qu'il avait longtemps assurée à la Suède , effrayait les Goths ; les Suédois, de leur côté, craignaient que cette prépondérance ne passât aux Goths , si le siège de l'archevêché était fixé dans la Gothie.
Swerker fut assassiné , au milieu de ces discussions , la nuit de Noël de 1 1 55, au moment où il se rendait à l'église. Son successeur, Érick le Saint , avait épousé Christine, fille d'Inge le Pieux , le dernier roi de la dynastie des Stenkils, et les Suédois s'étaient empressés de lui donner la couronne , afin de ne pas abandonner une seconde fois aux Goths le droit d'élection. Toutefois, pour calmer la jalousie inquiète de leurs adversaires, les Suédois consentirent à ce qu'à la mort d'Érick la couronne passât à un
KIUCK LE SAliNT (1128-1160). 20!)
descendant de Swerker. (À'Iui-ci , de son côté, devait laisser le trône a un descendant d'Erick. Ce traité bizarre, fait pour concilier la rivalité des Suédois et des (Jotlis, et par lequel deux familles devaient alternativement donner des rois à la Suède, reçut, pendant quelque temps, son exécution ; mais non pas sans que les compétiteurs impatients excitassent souvent des troubles pour bâter l'époque de leur avènement au trône.
Suivant la généalogie officielle, Érick le Saint fut le neuvième du nom ; mais il ne faut pas croire que la Suède ait compté, avant celui-ci, buit rois du nom d'Erick. Cbarles Vil, qui succéda à Érick le Saint, paraît être également le premier roi suédois du nom de Cbarles, d'où nous devons conclure que le rang assigné à cbaque prince par la généalogie de ces temps barbares, a été déterminé, à peu près, d'une façon arbitraire, ou au moins que la cause des désignations appliquées à cbacun d'eux et consacrées par l'bistoire, nous est tout à fait inconnue.
Ériclv le Saint ou neuvième monta sur le trône en 1156, et son règne fut signalé d'abord par la conquête de la Finlande. Il y fut le missionnaire de la religion cbrétieune, à peu près comme Cbarlemagne l'avait été cliez les Saxons , c'est-à-dire qu'il n'épargna malbeureusement ni les violences ni les massacres pour imposer la foi nouvelle. Rentré dans ses Etats, Érick fut subitement attaqué, en 1160 , par Magnus, prince danois. Lorsqu'on lui annonça que l'armée ennemie arrivait, Érick, malgré l'imminence du péril, voulut cependant entendre la messe entière; il sortit ensuite pour repousser Magnus. Mais attaqué brusquement sur le seuil même de l'Église , il tomba percé de coups, après une résistance béroïque.
Magnus, après la mort d'Érick, s'empara du trône de
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Suède, mais il ne l'occupa qu'un an. Charles Yll, fils de Swerker, qui avait été désigné à l'avance pour succéder à Érick le Saint, et que les Gotlis appuyaient, vint se joindre aux Suédois , chassa l'usurpateur et fut unanimement reconnu par les Suédois et par les Goths. Il régna de 1162 à 1 167 , et fut assassiné par Canut, l'un des fils d'Érick, qui, après la mort de son père, s'était réfugié en Norw ége. Canut occupa le trône de 1167 à 1195, et son long règne fut illustré par d'importantes victoires. Il força les Goths à la soumission , battit les Danois en diverses rencontres et les réduisit à l'impuissance d'inquiéter les frontières de la Suède. Toutefois, il ne lui semblait pas que ces victoires eussent suffisamment racheté le meurtre qui lui avait donné la couronne , et pour calmer le trouble de sa conscience, il fonda plusieurs couvents en témoignage de son repentir.
Suivant la bizarre convention qui régissait la succession au trône de Suède , ce fut un fils de Charles VII , Swerker II, qui succéda à Canut. Mais Sv^erker se rappelant la mort violente de son père et l'ambition prématurée de Canut , eut recours aux plus cruelles extrémités pour échapper à un semblable péril. Il fit rechercher les enfants de Canut , dont trois périrent assassinés par son ordre. Le quatrième, du nom d'Érick, parvint à se sauver en Norwége , et voulant venger la mort de ses frères, il reparut bientôt à la tête d'une armée qu'il avait recrutée chez les Norwégiens. Swerker battu fut obligé, à son tour, de chercher un refuge en Danemarck. Il revint cependant aidé par les Danois, mais, moins heureux qu'Érick, il périt dans une sanglante bataille (1210).
Désormais et Jusqu'à l'avènement de la dynastie des Faikunges , l'histoire de la Suède se traîne péniblement
LES FALKUNGES (1160-1251). 211
et sans éclat au milieu des luttes intérieures qui ne dépassent point les murs du palais. Assez semblables aux derniers Mérovin{:çiens , les rois des deux familles de Swerker et d'Érick s'éteignent obscurément, tandis que la famille des Falkunges, imitant la politique suivie dans l'Austrasie par les maires du palais, attire à elle toute l'autorité , jusqu'au jour où , jetant enfin la masque, elle donne à l'un des siens la couronne de la Suède. Cette révolution s'accomplit en 1251, à la mort d'Érick XI, le dernier roi de la race d'Érick le Saint.
A l'époque où nous sommes arrivés, le christianisme était décidément la religion dominante de la Suède. Dès le règne de Charles Y II on y comptait six évêques , et malgré la longue opposition des Goths, Upsal était devenu le siège d'un archevêché. Cette ville conserva ainsi la prépondérance religieuse qui en avait fait jadis le centre du paganisme dans la péninsule Scandinave.