CHAPITRE VI
Avènement de la dynastie des Falkunges. — Birger, iarl du palais.— Elecûon de Waldemar, son fils. — Régence de Birger. — Règne de "VN'aldemar. — Sa déposition par Magnus, son frère. — Règne de Magnus Ie^ — Révolte des seigneurs Falkunges. — Mort de Magnus 1er.
Dans le récit des faits qui précèdent nous avons déjà eu Toccasion d'indiquer quelques points de comparaison entre notre histoire et celle de la Suède. A l'époque ou nous sommes arrivés , c'est-à-dire , vers la fin du dou-
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zième siècle et le commencement du treizième , l'on pourrait encore signaler un rapprochement assez frappant. Ainsi l'on Yoit alors les chefs Scandinaves aspirer aux titres de princes , de magnats , de iarls ou comtes , et prétendre à une supériorité complète sur le reste de la nation. Ces intrépides chefs de pirates, qui n'avaient autrefois que le droit de combattre et de mourir plus vaillannnent que leurs compagnons, deviennent de véritables seigneurs féodaux, supportant impatiemment le joug de la royauté , sans cesse en lutte avec elle , favorisant tour a tour les princes rivaux qui se disputent le trône , jouant enfin le même rôle que les barons français, sous les premiers rois de la dynastie capétienne.
Les rois falkungiens étaient partis des rangs de cette noblesse exigeante, ils avaient dû le trône à son appui, et c'était, pour ainsi dire, en lui enseignant comment on asservit la royauté , qu'ils s'en étaient un jour trouvés les maîtres. Ces leçons ne furent pas perdues. A peine les Falkungiens eurent-ils ceint la couronne, qu'ils virent les nobles suédois se retourner contre eux : ce furent les chefs mêmes des diverses branches de la maison des Falkunges qui disputèrent le pouvoir à la dynastie falkungienne avec le plus d'acharnement.
Pendant les dernières années du règne d'Erick XT, Birger, de la famille des Falkunges, dont le chef était un seigneur suédois du nom de Falk, remplissait auprès d'Érick les fonctions de iarl ou comte du palais (1248). Cet emploi qui , dans l'origine , se bornait à un service intérieur, à la direction et à la surveillance de la maison du roi , avait acquis , à la longue , l'importance qu'avait eue sous les derniers mérovingiens la dignité de maire du palais. Le iarl Birger régnait véritabletnent sous le noni
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(VÉrick. INéanmoins, niali^ré son anil)iti()n, il n'osa pas prendre encore le titre de roi : deux fois même, il défendit Érick contre la révolte de deux seigneurs de la maison des Falkunges.
S'il se montrait patient, c'est qu'il comptait sur la mort procliaine d'Érick. Il semblait qu'alors la couronne ne pourrait lui échapper, et cependant les événements déjouèrent ses espérances.
Birger, pour s'assurer l'appui de l' église, entreprit, dans l'année 1249, une sorte de croisade contre les Finnois qu'il voulait contraindre , par les armes , à embrasser la religion chrétienne. Durant cette expédition qui ne réussit pas, le roi Érick mourut (1251), et pour éviter tout interrègne, les Suédois appelèrent au trône Waldémar, jeune lils du iarl absent.
A son retour, Birger se rendit à l'assemblée du peuple, et demanda qui avait osé nommer un roi pendant son al)sence : « C'est moi , lui répondit fièrement un noble, et si « celui que nous avons élu ne te convient pas, nous sau- « rons bien en trouver un autre. » Le iarl garda quelques instants le silence , et reprit enfin : « Et qui donc choisi- « rez-vous? » — « Sous le manteau que je porte, reparut tit le noble , on trouvera facilement un roi. »
Birger dut se résigner. Son fils Waldémar, âgé de neuf ans, fut couronné en 1251, et son père, investi de la régence, conserva, tant qu'il vécut, le plein exercice de l'autorité royale. Forcé de lutter contre les autres membres de la famille des Falkunges, après les avoir com])attus avec vigueur sans pouvoir les réduire , il eut recours , pour se débarrasser d'eux , à un indigne stratagème. Sous le prétexte de leur offrir des conditions de paix , il attira dans son camp tous les chefs qui lui faisaient ombrage ,
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et là , sans respect pour la foi jurée , il les livra au fer du bourreau.
Sauf quelques actes semblables de cruauté, il faut reconnaître néanmoins que Birger gouverna avec sagesse. Mallieureusement pour la Suède, et suivant d'ailleurs, en cela, la politique de tous les princes barbares, il divisa le territoire entre tous ses enfants , comme avaient fait chez les Francs les rois des deux premières races, puis il mourut en 1266. On lui doit la fondation de Stockholm, la capitale actuelle de la Suède, qui n'était, dans l'origine, qu'un petit fort construit à l'entrée du lac Mœlar, pour défendre la côte contre les excursions des pirates.
A la n'\ort de son père, Waldémar, alors âgé de vingtquatre ans, prit enfin possession de l'autorité royale. Tout semblait lui promettre un heureux règne. Il était jeune, parfaitement beau, et les ambitions des seigneurs comprimées ou satisfaites par l'habile administration de son père, laissaient espérer à la Suède quelques années de repos. La folle conduite de Waldémar et l'ardeur aveugle de ses passions hâtèrent le retour des troubles, et fournirent bientôt un prétexte aux menaçantes rivalités qu'avaient créées les partages du territoire entre les enfants de Birger.
L'épouse de Waldémar, Sophie, princesse de Danemarck, parut se complaire, de son côté, à attiser les ressentiments qui devaient éclater plus tard contre son mari. Cette femme, d'un caractère hautain et d'un esprit sarcastique, poursuivait sans cesse de ses épigrammes et de ses dédains les frères de Waldémar. Elle avait donné à Magnus, duc de Sudermanie, qui était maigre et brun, le surnom de Chaudronnier, et elle appelait Kriek, autre frère du roi, le l^rlnœ de rien. Mais tandis
WALDEMAU (12.) 1-1279). 2ir>
qu'on riait à la coiu' d'Upsal de ces imprudentes libertés d'esprit, Magnus étendait son induenee et réunissait antour de lui une noblesse puissante et aguerrie; Érick, de son côté , se retirait en Daneniarck pour s'y ménager des appuis.
Un événement romanesque, ([ui l'appelle plutôt les mœurs des cours débauchées de ITtalie que celles des durs Scandinaves, vint favoriser les projets ambitieux de Magnus. Justa , sœur de la reine Sophie , jeune princesse bcUc comïne un cuigc du ciel, disent les chroniques , yint à la cour de Suède, et inspira à Waldémar une \ive passion. Celui-ci sut aussi se faire aimer de la jeune fille , et bientôt la naissance d'un enfant rendit public l'adultère du prince.
De tous les rangs de la nation partit un immense cri de réprobation. Le clergé, la noblesse, le peuple, tous flétrirent à Tenvi un si grand scandale ; pour se réhabiliter, le roi dégradé dut aller en pèlerinage à Rome , implorer l'absolution du pape. Durant son voyage, Magnus fut chargé de la régence ; il en profita pour usurper la couronne de son frère. Pendant ce temps , la reine Sophie s'était consolée en jouant aux échecs et en faisant des épigrammes„ Waldémar, à son retour, obtint néanmoins de Magnus le gouvernement de la Gothie. Mais comme il essaya diverses fois, plus tard, de faire valoir ses droits au trône, Magnus le fit enfermer en 1288, dans la forteresse de Linkœping, où il mourut en 1302.
Magnus 1**% couronné en 1279, fut le premier qui prit, à son avènement, le titre de roi des Suédois et des Goths. On peut dire, d'ailleurs, que depuis le commencement du treizième siècle, les Goths ne for-*
niaient plus qu'un seul peuple avec les Suédois. Libre de c e côté , Magnus s'efforça , pendant tout son règne , de réprimer les empiétements de la noblesse. Il lui défendit de se présenter en armes aux assemblées générales dont le peuple avait été exclu, enfui il fit respecter les propriétés des paysans , les protégea contre les exactions des nobles, et reçut, pour prix de cette protection, le surnom de Ladulas (serrure des granges) , titre bien honorable, dit une chronique suédoise, et que peu de princes ont mérité.
Malgré sa fermeté et son courage , Magnus ne fut point à l'abri des révoltes des Falkunges. Ceux-ci n'osant, néanmoins , attenter à la vie du roi lui-même , tuèrent Ingemar Nilsson , son favori , et quelques-uns parlaient de rétablir Waldémar. Magnus les calma d'abord par ses promesses et ses flatteries, puis les ayant conviés un jour à une fête , dans un de ses châteaux , il les fit arrêter dans la salle même où son favori avait été assassiné. Conduits de là à Stockholm, quatre d'entre eux furent décapités comme coupables de lèse-majesté. C'était un crime nouveau et que les lois suédoises n'avaient pas encore prévu. Ce fait indique, du reste, la force que prenait la royauté.
Les dernières années du règne de Magnus furent paisibles et signalées par la sagesse de son administration. 11 donna de l'éclat aux fonctions intérieures de sa maison, surtout à la dignité de maréchal du palais, qui correspondait assez bien à celle de l'ancien iarl. Comprenant enfin toute l'importance de l'union de la Suède et du Danemarck pour le repos du nord, il prépara longtemps à l'avance le mariage de son fils Birger II avec une princesse danoise. La mort qui le surprit en
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1290 ne lui laissa pas le temps de poursuivre lui-mein(! Texéeution de ce projet.