‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 53 sur 77 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Birgcr II. — Régence du maréchal Torkel. — Guerre en Russie et on Finlande. — Lutte entre Birger et ses frères. — Mort de Torkel. — Birgcr dépossédé ressaisit la couronne. — 11 se venge de ses frères. — Sa mort et celle de son lils. — Magnus II. —Blanche de Namur. — Troubles intérieurs. — Haquin.

Birger II n'avait que dix ans lorsque son père mourut. Selon les dernières volontés de Magnus , le maréchal Torkel fut chargé d'administrer le royaume durant la minorité du jeune prince. Fidèle aux traditions de la politique de son maître, il contint les prétentions de la noblesse. Pour tourner d'un autre côté l'activité inquiète et dangereuse de ce parti , il porta ses armes en Russie et en Finlande , et étendit jusqu'à Kexholm et Landserona les frontières du royaume. Au retour de cette brillante expédition , suivant le vœu le plus cher du dernier roi , il conclut, en 1298 , le mariage de Birger avec une princesse danoise , et après les avoir fait couronner en 1302 , il se démit de ses fonctions de régent.

Durant quelques années encore , Birger n'en continua pas moins de suivre les conseils du maréchal. Il avait d'autant plus besoin de sa vieille expérience , qu'il se trouvait en présence de tous les dangers qui avaient entraîné naguère la ruine de Waldémar son oncle. En effet, bien que suffisamment averti par les exemples du passé, Magnus I. 13

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a\ait voulu créer, en faveur de ses plus jeunes fils , de grands apanages; et tout en laissant la couronne de Suède à Birger, son aîné , il avait légué , par testament , à chacun de ses deux cadets , Waldémar et Érick , une province du royaume.

Ce partage enfanta bientôt des discordes. Les deux frères , maîtres de leurs provinces , portèrent leurs vues ambitieuses jusqu'au trône. Le principal obstacle au succès de leur entreprise , c'était la fermeté de Torkel et son dévoûmentau roi. Cependant, en 1304, la discorde éclata entre les trois frères. Soutenus par le roi de INorwége , Waldémar et Érick déclarèrent la guerre à Birger. Mais après plusieurs engagements sans importance, ils furent contraints de signer un accord avec le roi de Suède. Convaincus que leurs tentatives échoueraient, tant que la prudence et la fermeté de Torkel veilleraient à la garde du trône, tous les efforts et toute l'adresse des jeunes princes se liguèrent, dès lors, pour la ruine du maréchal. Les ennemis de ce dernier étaient nombreux; il avait encouru la haine de la noblesse et du haut clergé, en leur imposant une part des charges publiques, et si l'appui du roi venait à lui manquer, sa chute était certaine.

Les deux princes offrirent donc leur soumission à Birger, à la condition que Torkel serait sacrifié, et Birger, cruel autant que lâche, ne recula pas devant un crime odieux. Le G février 1300, le maréchal Toi'kel, l'ancien régent du royaume, le vainqueur des Busses et des Finlandais, périssait sur l'échafaud dressé delà main de son souverain, mais le châtiment de cette iniquité ne se fit pas attendre. Huit mois après, le roi de Suède, surpris dans le château de Hatuna , avec sa femme et ses enfants, tombait au pouvoir de ses ennemis, et le prince j'oyal Magnus, sauvé par

CRUAUTÉ DE IUU(.I-U (1302-1317). 219

im serviteur fidèle, éelmppciit seul à ce désastre de sa fauiille.

L'intervention du roi de Daneniarck , Ériek Menwed, en faveur du roi de Suède , son beau-frère , fit rendre Tîirger à la liberté, en 1308. fmpatient de se venger, il courut en Danemarck pour y lever une armée. Après des alternatives diverses de revers et de succès, les trois frères conclurent, en 1310, un traité qui restituait à Birger la plus grande partie de ses États.

La tranquillité rétablie ne fut pas troublée pendant quelques années. Mais Birger nourrissait toujours les plus terribles ressentiments, et sa vengeance, non satisfaite, réservait à ses deux frères un affreux supplice. Comme il se trouvait au château de Linkseping, il invita le duc Waldémar à le venir visiter : celui-ci fut reçu avec de telles démonstrations de cordialité et d'affection, qu'il persuada au duc Érick de le suivre à la cour. Arrivé dans la ville, Érick se sépara de son escorte et pénétra seul dans le château. Birger, qui tenait enfin sa proie, leva alors le masque, et se livrant aux transports d'une joie sauvage : « Je suis donc maître de la Suède, s'écriait-il, personne ne « me disputera désormais la couronne. » Pendant ce temps, les deux frères, saisis et garrotés, étaient ensevehs dans un profond cachot.

Alors commença pour ces malheureux le plus terrible supplice. Lorsque les portes de la prison furent fermées , Birger en jeta lui-même les clefs à la mer , laissant entendre ainsi que ces portes ne s'ouvriraient plus, et quelle mort affreuse il réservait à ses frères. Le plus grand poète de l'Italie a peint les tortures d'un père qui , enfermé avec sa famille dans la tour de Pise , voit mourir de faim tous ses enfants, et finit par succomber

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lui-même aux tourments qu'il endure. Le supplice des frères de Birger rappelle celui du comte Ugolin. Affaibli par une blessure qu'il avait reçue en se défendant, Érick mourut au bout de trois jours ; mais Waldémar résista pendant onze jours à toutes les horreurs de la faim, sans que le cœur de Birger s'en émût , sans que les cris de douleur de la victime eussent un instant touché l'âme de son bourreau (1317).

Cet attentat , loin d'affermir la couronne sur la tête de Birger II, ne fit que hâter sa chute. La ville de Stockholm ferma ses portes au roi de Suède, et les hal)itants indignés poussèrent avec vigueur le siège du château de Linkœping qui fut pris et rasé. Birger, toutefois, parvint à se sauver; mais afin de donner, en quelque sorte, plus d'éclat à sa cruauté, les habitants de Stockhohn exposèrent publiquement les restes décharnés d'Érick et de Waldémar.

Repoussé bientôt par son peuple tout entier , Birger se vit forcé de chercher un refuge dans l'île de Gothland, d'où il passa en Danemarck. Son fils, n'ayant pu le suivre, fut fait prisonnier dans la faible place de Stelbourg, condamné après un jugement solennel et exécuté à Stockholm, en 1321. Birger en mourut, dit-on, de douleur.

Ce tragique dénouement de la guerre civile laissa le trône encore une fois vacant. Une assemblée générale composée de la noblesse , du clergé, des députés des villes et de quatre paysans par district, fut convoquée à Upsal, et le maréchal Mats , de la famille des Ketillmunds , s'y présenta , tenant dans ses bras le jeune Magnus , fils du malheureux Érick et neveu de Birger IL Ce prince, âgé seulement de cinq ans, et le dernier rejeton de la dynastie des Falkunges, fut proclamé roi aux cris de toute

LE MARÉCHAL MATS (l o I 7-1 33(ij. '22 i

l'assemblée. Pour bienvenue, il apportait à la Suède la couronne de la Norwége qui lui fut transmise à la mort de Hakan VU, père de sa mère. On vitalors deux ré<2;ents gou\ernant pour le même roi : l'un en Suède, l'autre en Norwége. Mats fut investi de la régence de la Suède (1321.)

Avant de se séparer, les principaux membres de la noblesse et du clergé jurèrent de porter secours et assistance au régent quel qu'il fût , de maintenir les anciennes coutumes et de n'augmenter les impôts qu'autant qu'ils seraient votés par le peuple. Ce fut comme une confédération des grands seigneurs de la Suède , souvent renouvelée depuis , et qui servit de modèle à la célèbre union de Calmar.

Magnus II, déclaré majeur à dix-huit ans (1333) , prit, en montant sur le trône, le titre de roi de Suède, de Norwége et de Scanie. Cette dernière province, la plus méridionale de la péninsule Scandinave, avait appartenu au Danemarek jusqu'au règne de Magnus II. Pendant la minorité de ce prince, elle se donna ou plutôt elle se vendit à la Suède, dont les limites furent dès lors à peu près les mêmes que celles d'aujourd'hui.

Le maréchal Mats Ketillmundson , dont la régence n'avait été troublée par aucune guerre intérieure , mourut en 1336, après avoir présidé au couronnement de son pupille et de Blanche, comtesse de Namur, son épouse.

La tranquillité se maintint encore durant les premières années du règne de Magnus II ; mais ce repos , après tant de luttes intestines, n'était qu'un repos dans l'anarchie. Bien des causes présageaient de nouveaux troubles pour l'avenir. La noblesse, que nous avons vue tout à l'heure animée d'un si généreux amour du l)ien pu])lic, prétondait

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néanmoins ne renoncer à aucune de ses anciennes exigences , et Magnus manquait de la dignité de caractère et de la ferme raison nécessaires pour la contenir. De son côté , la comtesse Blanche de Namur , reine de Suède, était peu faite pour attirer autour du trône la considération et les respects du peuple. Avide de plaisirs, dévorée d'ambition , ses fougueuses passions pouvaient l'entraîner à tous les crimes. De plus, le trésor était épuisé et la charge des impôts si écrasante , que des paysans , plutôt que de les payer , abandonnèrent à l'État les terres qu'ils cultivaient.

Les honteux désordres de la vie de Magnus , le luxe de sa cour qui semblait une insulte à la misère de la nation, et plus que tout le reste, ses ignobles prodigalités en faveur de Bengt, son favori , aigrissaient encore le ressentiment public. Dans le même temps, une de ses armées fut battue par les Busses. Enfin, la peste noire, ce terrible fléau, qui, vers le milieu du quatorzième siècle, ravagea l'Europe entière, vint fondre sur la Suède et décimer ses habitants. L'indignation éclata alors contre le roi qu'on regardait comme l'auteur de tous ces maux. La guerre civile remit le pays en feu, et pour que rien ne manquât au caractère odieux de cette guerre, les fils mêmes de Magnus furent les instruments dont on se servit pour précipiter la chute de leur père.

En 1350 le sénat de Suède exigea que Magnus, déclaré incapable de régner, cédât sa couronne à Érick, son fils aîné , et bientôt cet exemple fut suivi par la Norwége qui proclama roi Hakan, second fils de Magnus. Celui-ci, déjà assez retenu par les affaires de Suède, accepta la décision du sénat de Norwége, mais il recourut aux armes pour combattre l'usurpation de son fils Érick. Secondé par

M4GNLS J;T HAKAiX (lo3G-ï36l). 223

le roi (le Daneniarck, il parvint, en 1357, à imposer à son fils un traité par lequel, tout en reprenant le titre de roi de Suède , il s'engageait à eliasser Bengt son favori , et eédait à Eriek la province de Scanie. Mais le peuple resté lidèle à ses affections pour ce jeune prince, lui eut bientôt, sans doute , rendu la couronne , s'il n'était mort subitement en 1359, frappé, selon les uns, par la peste noire, et suivant une autre opinion, empoisonné par sa propre mère, la reine Blanche de Namur.

J)éharrassé de la dangereuse rivalité de son iils, et croyant son autorité raffermie, Magnus rappela son favori Bengt et se liNra sans mesure à tous les honteux excès qui ont souillé sa vie. Pour mettre le comble aux lâchetés de son règne, il abandonna au roi de Danemarck, Waldémar , les titres qui assuraient à la Suède la possession de la Scanie. Le mépris public pour sa personne éclata alors avec tant de violence, que lorsqu'il se montrait, les enfants eux-mêmes lui jetaient de la boue au visage, en le poursuivant de leurs injures.

Un pouvoir aussi compromis était condamné à mourir, et les Suédois se décidèrent à offrir à Hakan, roi de Norwége, la couronne de son père. Hakan accepta cette offre, entra en Suède, fit Magnus prisonnier et s'empara du trône (1361).

La cause de Magnus semblait décidément perdue, lorsqu'un dissentiment entre la noblesse suédoise et le jeune prince, amena la réconciliation de Hakan et de son père. Ce dissentiment éclata à l'occasion du mariage de Hakan avec Marguerite, fdle du roi de Danemarck, Waldémar, odieux à tant de titres à la Suède. Magnus avait toujours trouvé chez ce dernier un appui intéressé, et ses conseils contribuèrent sans doute à déterjiviner le choix

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de son fils. Le mariage fut célébré avec éclat à Copenhague, le 6 avril 1363, mais bientôt les fêtes furent troublées par un événement tragique dont oh a accusé l'ambition de Waldémar. A l'un des repas de la cour, Magnus et la reine Blanche, sa femme, burent d'un vin que leur avait versé le roi de Danemarck : Blanche, quelques heures après, mourait empoisonnée; Magnus, de son côté, n'échappait qu'à grand'peine à la mort. On ajoute que, par une fatale méprise, Christophe, fils -de Waldémar, fut également victime du crime de son père, et qu'il mourut empoisonné.

Pendant que cette triste union se consommait en Danemarck, la noblesse suédoise, réunie dans l'île de Gothland, proclamait la déchéance de Magnus et appelait au trône Albert , fils du duc de Meklembourg , et petit-fils de la princesse Euphémie, sœur de Magnus (1364).

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