‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 54 sur 77 · CHAPITRE VTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VTII

Règne d'Albert. — Bataille de Linkaepiiig. — Mort de Magnus, de Waldémar, de Hakan et de Olof son fils. — Bataille de Folkteping. — Retraite et mort d'Albert. — Règne de Marguerite Waldémar. — Union de Calmar.

En acceptant la couronne, le nouveau roi de Suède acceptait aussi la guerre avec tous les princes qui avaient intérêt à le renverser. D'abord la fortune sembla vouloir favoriser sa cause. Vainqueur de INIagnus et de Hakan à la bataille de Linkœping, il vit mourir successivement, quelques années après, Magnus, Waldémar, Hakan, et

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le jeune lils de ee dernier, Olof, qui emportait dans la tombe une doul)le couronne : celle de Norvvége qu'il tenait de son père , celle de J)anemarck que lui avait transmise son grand-père.

11 restait, néanmoins , à Albert un ennemi actif et puissant : c'était la veuve de Hakan , Marguerite de Daneniarck , seule héritière des trois princes si subitement frappés par la mort. Déjà souveraine de la Norwége et du Danemarck, son ambition nourrissait le désir de réunir sous sa main les trois grands États de la Péninsule Scandinave. Nulle ne convenait mieux qu'elle à cette noble entreprise. Douée de toutes les qualités qui font les grandes reines, d'une prudence consommée, d'une fermeté inébranlable, et pénétrée, par-dessus tout, du vif sentiment de la grandeur de ses devoirs, elle ne négligea rien pour mener à bonne fin les desseins qu'elle méditait. L'impopularité d'Albert en Suède venait d'ailleurs en aide à son ambition. L'avarice de ce prince , ses préférences pour les étrangers qui avaient suivi sa fortune, irritaient la noblesse suédoise , et lorsqu'il voulut faire rentrer dans le domaine royal des biens dont il avait abandonné les revenus aux nobles comme une garantie de son administration, le mécontentement éclata .par une révolte , et par l'offre de la couronne de Suède à la reine Marguerite. La iille de W aldémar feignit de résister d'abord à cette offre séduisante ; mais sur les instances de la noblesse elle se rendit enfin, et la guerre embrasa de nouveau toute la péninsule.

Cette fois , la victoire favorisa les drapeaux réunis de la Norwége et du Danemarck. Albert et son fils furent complètement défaits en 1389, à la bataille de Linkseping, et demeurèrent prisonniers de Marguerite, avec la plus grande partie de la noblesse allemande qui combat-

tait dans les rangs de leur armée. La lutte, toutefois, continua quelques années encore contre les partisans d'Albert. En 1395 seulement, un traité rendit la paix à la Suède dévastée par les soldats mercenaires et par les bandes allemandes. Ce traité, conclu à la suite des confé-, rences de Laholm , réunit les trois couronnes du nord sur la tête de Marguerite. Albert renonça à tous ses droits sur la Suède, et racheta, au prix d'une rançon de 60,000 écus, sa liberté et celle de son fils. Après une existence si troublée , ce prince termina sa vie dans une obscurité telle, qu'on ignore même l'époque de sa mort.

Le règne de Marguerite donna quelques années de repos à la Suède , soit que la noblesse elle-même fût fatiguée de tant d'agitations , soit qu'elle subit l'ascendant du génie de la princesse danoise. Pour consolider dans l'avenir l'union des trois couronnes du nord , Marguerite assembla en 1397 une diète générale à Calmar, et y fit jurer par les députés des trois nations la fédération perpétuelle du Danemarck, de la Norvvége et de la Suéde. Quelques clauses principales furent données pour bases à ce grand acte : le maintien de la succession élective , le séjour alternatif du souverain dans chaque pays , et l'observation des lois particulières à chacun des trois royaumes. Il fut convenu , en outre , qu'aucune guerre ne pourrait être entreprise que de l'accord des Etats réunis.

Avant cette solennelle proclamation si célèbre dans l'histoire sous le nom d'Union de Calmar, Marguerite avait présenté aux États comme son successeur au trône le duc de Poméranie , son neveu. Ce jeune prince fut couronné et investi de tous les droits à la survivance de sa tante.

Marguerite W aldémar gouverna jusqu'en 1 4 1 2 les trois

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royaumes réunis par ses armes et par sa politiciue. Occupée surtout à consolider son pouvoir, et satisfaite des limites de son empire, elle se borna à recouvrer l'île de Gothland sur les chevaliers allemands qui l'occupaient. Néanmoins, sa mort, arrivée le 27 novembre 1412, et hâtée, dit-on, par la douleur que lui causa le supplice d'Abraham Braderson , son favori, rouvrit bientôt la carrière à toutes les ambitions qu'elle avait comprimées , à tous les troubles qu'elle avait contenus de sa puissante main. Pendant plus de deux siècles , la Suède va se débattre encore dans les horreurs de la guerre civile , et ce ne sera que sous k règne de Gustave Wasa, qu'elle ressaisira enfin sa nationalité et son indépendance.

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