‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 56 sur 77 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Christophe do RavitTC— Charles VIII. — Guerre avec le Dancniarck. — Juetis Oxeiisiiorn, archevêque d'Upsal. — Christian de Daiiemarck réunit les trois couronnes. — Kett Wasa. — Mort de Charles VllI.

Le iirand maréchal Charles Bonde aspn^ait ardemment à hi couronne, mais redoutant l'opposition des puissantes maisons d'Oxenstiern et de Wasa , il n'avait pas encore osé mettre la main sur la succession d'Érick : ce fut lui surtout qui appuya l'élection de Christophe de Bavière. O prince fut couronné à Calmar, en 1441 , et proclamé roi de Suède , de Norwége et de Danemarck ; mais à sa mo)t , en 1448, Charles Bonde crut que le moment était venu de jeter le masque, et lit valoir nettement ses prétentions au trône. Malgré les menaces des Oxenstiern, il réunit presque toutes les voix de l'assemblée convoquée pour l'élection ; les Oxenstiern eux-mêmes , après quelques jours d'hésitation , suivirent l'exemple de Bengt , leur parent , archevêque d'Upsal , qui posa de sa main la couronne sur le front de la reine, épouse de Charles VIII.

Celui-ci, après bien des manœuvres et des intrigues, était parvenu au but que son ambition poursuivait, depuis bien des années , avec une persistance habile autant qu'inébranlable. Mais la gloire du roi Charles VIII resta fort au-dessous de la renommée du grand maréchal Charles Bonde. En arrivant au trône , il sembla perdre les qualités qui l'y avaient élevé , et son administration maladroite, imprudente, irrésolue, trompa l'attente générale.

A oulant signaler son avènement par une expédition

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éclatante, Charles VIII se résolut à chasser Érick de l'île de Gothland. L'ancien roi fut, en effet, expulsé; mais Magnus Tyren , qui avait la direction de cette entreprise , trahit indignement la confiance du roi , en livrant l'île de Gothland et la Hotte suédoise aux Danois. Ce fut le commencement d'une guerre nouvelle avec le Danemarck, guei-re qui se compliqua hientôt d'une rivalité d'amhition qui nous ohlige à dire quelques mots de la situation du gouvernement danois, au moment de l'élection de Charles Vltl.

A la mort de Christophe de Bavière qui, d'après le traité de Calmar, avait porté la triple couronne des Etats Scandinaves, l'assemblée suédoise avait violé la principale clause de ce traité, en déclarant que la couronne de Suède serait désormais indépendante et distincte de celle de Danemarck. Elle fut poussée à cette résolution par l'expérience qu'elle venait de faire. Cette expérience avait prouvé à la Suéde, que, malgré une égalité apparente, l'union de Calmar conclue sur la demande d'une princesse danoise , et dans l'intérêt d'une dynastie danoise, avait tourné tout entière au profit de l'influence et de la suprématie du Danemarck. Après félection de Charles VIII , les Danois, de leur côté , avaient porté au trône Christian d'Oldenbourg, descendant du roi Érick V, et chef de la maison d'Oldenbourg. La Norwége seule s'était abstenue de disposer de sa couronne , et les deux princes Charles VIII et Christian prétendaient chacun la réunir à celle qu'ils portaient déjà. Charles l'emporta et se fit proclamer à Drontheim; c'était plus qu'il n'en fallait pour que la guerre éclatât entre les deux souverains. Charles , en effet , voulait toujours recouvrer l'île de Gothland , qu'il avait perdue par la trahison de Magnus : Christian, de son côté,

CHAKLES Mil Li C111\1ST1AÎS 1^1441-UÔ7). 233

entendait ne pas la rendre, et de plus, il ne désespérait pas d'imposer de nouveau l'union de Calmar à la Suède j en s'emparant de la couronne de Charles VIIT.

Ce prince, dont la cause était nationale, réunit en 1452 une armée de soixante-dix mille hommes. Une artillerie de campagne, composée de vingt canons montés sur des traîneaux, et les premiers que l'on vit en Suède, appuyait ces forces considérahles pour le pays et pour l'époque. Malgré ces ressources et le dévouement du peuple, Charles Yllf, mal secondé par la noblesse suédoise, fut battu et forcé de s'enfuir à Stockholm, tandis que Christian envahissait la Suède. Dans cette circonstance critique, le pays dut son salut au courage et à l'habileté du général Thord Bonde, qui parvint à repousser Christian. Mais la confiance dans la personne du roi était perdue, et bientôt l'on eut à déplorer des troubles graves, excités encore par les désastres de la famine et de la peste réunis.

Charles Yllf , dont on ne peut méconnaître, malgré tous ses revers, les vues patriotiques et les nobles intentions, résolut de relever, par une entreprise populaire, sa fortune ébranlée. Une nouvelle expédition fut décidée pour reprendre l'île d'OEIand, voisine de celle de Gothland, dont le Danemarck venait encore de s'emparer ; mais ce projet, qui devait rencontrer l'assentiment de la nation, fut au contraire la cause de la chute de Charles YIIT. Afin de pourvoir aux frais qu'exigeait l'équipement de la flotte destinée à reprendre l'île d'OEIand, Charles réclama, pour les faire rentrer dans le domaine royal, les biens que le clergé possédait sans aucun titre de propriété, et souleva contre lui, par cette prétention, tous les hauts dignitaires de l'Église.

L'un d'eux, et le plus élevé par le rang, Joens Oxens-

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tierii, archevêque d'Upsal, osa faire afficher à la porte de son éghse un manifeste dans lequel il déclarait renoncer à son allégeance envers le roi, motivant sa révolte sur ce que Charles était un prince hérétique, avide, incapahle, et surchargeant le peuple d'impôts intolérables. Joignant alors l'action à la parole, le fier archevêque déposa sur l'autel, en présence de la foule assemblée, sa crosse, sa mitre d'or et sa soutane ; puis revêtant la cuirasse et ceignant l'épée, il proclama qu'il n'était plus prêtre, mais soldat. Il se mit aussitôt à la poursuite du roi, et guidant lui-même les partisans nombreux qu'il avait réunis, il força Charles de s'enfermer dans Stockholm, où le souverain se vit bientôt assiégé par les troupes de l'archevêque. Le siège ne dura qu'un mois. Au bout de ce temps, la ville capitulait, et l'infortuné monarque, délaissé de tous les partis, s'enfuit précipitamment à Dantzick (1457).

Le roi de Danemarck, Christian, profita de cette nouvelle révolution. Lorsqu'il arriva devant Stockholm avec la flotte qui devait seconder l'archevêque d'Upsal, le pays était déjà soumis, et Christian n'eut qu'à prendre la couronne qu'aucun compétiteur ne lui disputait. Mais après quelques années d'un règne assez paisible, Christian eut aussi besoin d'argent pour payer le Holstein, qu'il venait d'acheter aux comtes de Schaumbourg. Les impôts furent en conséquence augmentés, et des plaintes s'élevèrent de toutes parts contre le prince auquel les Suédois donnèrent alors le surnom de poclie sans fond. Christian croyait que, par la rigueur, il imposerait silence à ces plaintes, et d'odieux châtiments frappèrent plusieurs citoyens justement estimés, sous le prétexte qu'ils étaient les partisans du roi déchu (1463). Le souverain, dans sa colère, n'épargna pas non plus le clergé ; mais en s'attaquant a

JOENS OXEINSTIERN (1467-1405). 23.)

ce corps puissant, il devait succomber comme avait fait son prédécesseur.

Durant une expédition qu'il tenta contre la Russie, il avait chai'gé l'archevêque d'Upsal de surveiller la rentrée des impôts. C'était une tâche difficile et périlleuse, et Christian espérait peut-être compromettre par là le crédit menaçant de l'archevêque. Celui-ci, au lieu de contraindre par la force les paysans qui refusaient de payer, leur remit, de sa pleine autorité, les impôts extraordinaires qu'il était chargé de percevoir. A son retour, Christian blâma vivement sa conduite, l'accusa d'avoir encouragé la résistance des paysans, puis jugeant qu'il était peu prudent pour lui de rester en Suède, il s'empara de la personne de l'archevêque, et partit pour le Danemarck, emmenant son prisonnier (1464).

r.'évêque de Linkœping, Kett Wasa, donna aussitôt le signal de la révolte, se mit à la tête des paysans, et déclara Christian déchu du trône. Celui-ci, de son côté, ne perdit pas de temps et rentra en Suède ; mais harcelé et battu dans plusieurs rencontres, il fut obligé de s'enfuir à Stockholm, et de là dans le Danemarck.

Fiers de leur succès, les paysans rappelèrent Charles YIII qui n'avait pas cessé d'être populaire dans les campagnes, et qui revint sans hésiter à Stockholm. Christian reconnaissant alors la faute qu'il avait faite, en mettant la main sur l'archevêque d'Upsal, se hâta de rendre ce prélat à la hberté. Oxenstiern, dont le dévouement au roi qui l'avait retenu captif ne s'explique que par la haine aveugle qu'il portait à Charles VIII, rentra en Suède pour recommencer la lutte avec ce dernier prince. Il leva un corps de troupes, attaqua résolument le roi, et l'obligea de nouveau à renoncer au trône (1465).

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Les affaires du roi Christian semblaient rétablies, quand un parti national se leva en faveur de Charles VIIT. Les chefs de la nouvelle insurrection étaient Nils Sture, Érick Anelson et Stenon Sture. Grâce à leurs efforts, Christian fut repoussé, Charles VIII remonta sur le trône, et l'archevêque Oxenstiern, obligé d'abandonner la fortune du roi de Danemarck, alla mourir dans l'île d'Arro, après s'être fait absoudre par le pape de son mépris pour les lois de l'Église, qui lui défendaient de porter les armes. Peu après, en 1470, Charles YIII terminait aussi à Stockholm Tune des vies les plus agitées dont l'histoire nous offre le spectacle. Par une singularité fort rare en ces temps de troubles, et qu'il faut remarquer surtout après un règne si longtemps traversé par un sort contraire, Charles mourut paisiblement entre les bras de Sténon Sture, son ami.

Celui-ci fut aussitôt nommé administrateur du royaume par la bourgeoisie de Stockholm et par les paysans de la Dalécarlie. Un an plus tard, et lorsque son appui lui était déjà inutile , le sénat confirma Sténon Sture dans cette haute fonction, qu'il eut pu échanger peut-être contre la royauté de la Suède. Mais il savait qu'il s'aliénerait ainsi l'amitié des paysans dont l'intluence grandissait chaque jour, et fidèle aux conseils de Charles YIII mourant, il ne prétendit jamais au titre de roi.

Pendant cinquante ans, de 1470 à 1520, la Suède sera maintenant gouvernée par des administrateurs. Cette période de temps, malgré de fréquentes agitations , n'en est pas moins l'une des plus heureuses de l'histoire de ce pays.

B.VrAlLLE DE VEllFUE (NTl). li'\7

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