‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 57 sur 77 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

La Suède gouvernée par des administrateurs. — Stcnon Sture. — Nils Slure. — Continuation de la lutte avec le Danemarck. — Bataille de Yci'fue, — Paix qui s'ensuit. — Fondation de l'Université d'Upsal. — Jean réunit les trois couronnes. — Swante Sture.

Bien qu'élevé au rang qu'il occupait par le vœu de la nation entière, Sténon Sture eut encore à l'epousser les prétentions du roi de Danemarck, Christian I^r. Ce prince, maître de la province de l'Upland , sauf Stockholm qui était devenue la capitale de la Suède, avait assis son camp sur le mont Brunke, et l'avait fortifié du côté de la ville par des remparts en bois garnis de quelques pièces d'artillerie. De ses trois -corps d'armée l'un était placé au mont Brunke ; l'autre, au bas de la montagne , s'appuyait au couvent de Saint-Claire ; le troisième adossé à la mer, était soutenu par la flotte danoise. Pour réunir cette dernière division au reste de l'armée, un pont avait été jeté sur un bras de mer qui l'en séparait.

Devant ces préparatifs de résistance, Sténon Sture n'était pas resté inactif. Pendant que Nils Sture, son ami, réunissait et armait les paj^sans de la Dalécarlie, luimême levait des troupes en Ostrogothie, et arrivait, le 13 octobre 1471, en face des tentes de Christian l^^\ Après avoir passé la nuit en prières avec son armée , le chef suédois , dès que le jour parut , fit retentir l'hymne de saint Georges, et à ce chant de guerre, il engagea la bataille.

Après un combat acharné, la victoire, quelque temps

douteuse , se déclara pour les Suédois. Le pont qui reliait les divisions danoises se rompit au milieu de l'action , et entraîna la perte complète de l'armée de Christian. Ce prince lui-même put à peine regagner sa flotte, abandonnant l'étendard royal qui fut retrouvé enseveli sous les cadavres (14 octobre 1471).

La victoire décisive de Yerfue eut sanctionné, s'il en avait été besoin , l'élection déjà si populaire de Sténon Sture. Quant au roi de Danemarck , Christian , il vécut encore jusqu'en 1481 ; mais convaincu de l'inutilité de ses efforts , il ne tenta plus de nouvelles expéditions contre la Suède.

Grâce à la sage administration de Sténon, les dix années qui suivirent la bataille de Yerfue furent pour la Suède un temps de repos et de bonheur. L'administrateur du royaume diminua les impôts , protégea les intérêts des paysans , répartit avec équité les fonctions publiques occupées presque exclusivement jusqu'alors par des Allemands et des Danois; et pour qu'aucune gloire ne lui manquât, il mit tous ses soins à répandre dans la Suède le goût des lettres et de l'instruction.

Sténon a doté sa patrie de l'université d'Upsal, l'une des plus justement célèbres de l'Europe. Déjà dès 1138 l'on avait appelé d'Italie un professeur renommé pour enseigner à Upsal les études privilégiées, studia privile- (jUita; mais en 1477 Sténon obtint de la cour de Rome la licence ou faculté d'établir un studium générale, c'està-dire une école universelle où devaient s'enseigner la théologie, le droit canon et civil, la médecine et la philosophie , avec pouvoir de conférer les grades et dignités universitaires. Des privilèges aussi étendus que ceux dont jouissait l'université de Paris, furent accordés à l'univer-^

STÉNON STIJRE (1471-1496). 239

site d'Upsal, et l'archevêque de cette ville en fut nommé le chancelier.

A la mort de Christian le»", survenue en 1481 , Jean, son fds, lui avait succédé au trône de Danemarck , et deux ans après, en M83, il obtenait le renouvellement de l'union de Calmar qui lui assurait les trois couronnes de Suède, de Danemarck et de Norwége. Il s'engagea, par des promesses solennelles, à respecter les privilèges et les droits de la nationalité suédoise, à payer les dettes de Christian, soii père, etc. ; mais soit qu'il se fiât peu à de pareils engagements , soit qu'il se résignât difficilement à abandonner le pouvoir qu'il avait glorieusement exercé, Sténon Sture, appuyé par les DalécarUens , retarda , autant qu'il le put, par des obstacles et des ajournements , l'installation du nouveau roi.

Il atteignit ainsi l'année 1495. A cette époque, forcé de repousser les Russes qui attaquaient la Finlande , Sténon Sture perdit la plus grande partie de son armée dans les fatigues d'une campagne d'hiver. Lorsqu'il fut rappelé en Suède par la situation des affaires , il laissa en Finlande Swante Sture, fils de Nils Sture, son ancien ami ; mais il ne put envoyer à propos à celui-ci les renforts qu'il lui avait promis, et Swante attribuant cette conduite à la malveillance , accusa Sténon devant la noblesse suédoise d'avoir abandonné la Finlande aux ravages des Russes, d'avoir livré la Suède au pouvoir des paysans, d'ajourner enlin, sans motifs, l'avènement du roi Jean.

Sténon essaya vainement de se défendre en rappelant ses brillants services. L'assemblée prévenue ne l'écouta point, et l'administrateur, recourant alors à la force, marcha sur Stockholm avec une armée aiin de repousser le roi Jean qui assiégeait cette ville. Après une guerre de

240 HISTOIRE DE SIjÈDE.

peu de durée qui lui démontra l'inutilité de ses efforts, Sténon consentit à reconnaître le nouveau souverain de la Suède , à la condition qu'on lui donnerait une province du royaume en fief , et qu'il ne serait jamais inquiété sur les actes de son administration. Cette sorte de traité conclu, il introduisit lui-même le jeune prince à Stockholm, et Jean fut enfin proclamé roi de Suède en 1497. On prétend qu'en recevant, pour ainsi dire, la couronne des mains de l'ancien administrateur, Jean lui dit : « Sire « Sténon , vous me laissez en Suède une bien triste suc- « cession. Vous avez rendu maîtres les paysans que Dieu « a créés pour être esclaves, et ceux qui devaient être les « maîtres, vous avez voulu en faire des esclaves. >> Ces quelques mots au surplus résument complètement l'administration de Sténon.

Les premières années du règne de Jean ne furent signalées par aucun événement remarquable. Selon la promesse faite à Sténon, celui-ci fut investi du gouvernement de la Finlande et nommé en outre grand chambellan. Jean, fidèle à sa parole, refusa constamment, malgré les instances de la noblesse, de faire aucune enquête sur la conduite antérieure de l'administrateur, et cette loyauté, qu'on taxait de fai])lesse, suffit à lui aliéner le clergé et la nol)lesse. On s'en aperçut bientôt, lorsqu'un soulèvement général contre Jean éclata dans les montagnes de laDalécarlie : les nobles se joignirent aux paysans pour renverser le prince qu'ils avaient naguère appelé et soutenu contre ces mêmes paysans.

Swante Sture, qui songeait probablement dès lors à s'emparer de l'autorité, se déclara ouvertement contre le roi, tandis que Sténon Sture, rappelé par les Dalécarliens, était revêtu de nouveau des hautes fonctions d'admini-

swAiNTi: sTiiiu: (1 lî)7-I.j()()). 241

strateur du royaiinu'. Jean, de son eôté, se hâta de passer en Dmiemarck pour y réunir des troupes, mais avant qu'il pût rentrer en Suéde, l'évêque de Linkœping, Hemming Gaad, avait pris Stockholm , où se trouvaient renfermés l'épouse et les enfants du roi. Le château gardé par les Danois se défendit encore pendant un siège de huit mois. Mais épuisé d'hommes et de vivres, il ouvrit enfm ses portes aux Suédois : trois jours après l'on aperçut en rade de Stockholm la flotte du roi Jean, qui dut regagner le Danemarck, après cette vaine démonstration.

Sténon Sture conserva la direction des affaires jusqu'à sa mort, arrivée en 1503, et que l'on a attribuée à un empoisonnement. Après avoir reconduit jusqu'à la frontière la reine de Danemarck qui était restée sa prisonnière pendant dix-huit mois, Sténon, regagnant Stockholm, s'était arrêté à Jonkœping. Là il fut tout à coup saisi de douleurs violentes, et mourut presque subitement. Le médecin de la reine fut d'abord accusé du crime qui donna la mort à Sténon ; plus tard , les soupçons se portèrent sur Merella, veuve d'un seigneur suédois et fiancée à Swante Sture, qui voulut ainsi hâter le moment où son futur époux prendrait le gouvernement de la Suède. Swante, en effet, ayant caché la mort de Sténon , s'empara du château de Stockholm : peu après, le 21 janvier 1504 , il était proclamé administrateur du royaume.

L'administration de Swante Sture dura huit années, de 1504 à 1512. Elle fut constamment agitée par la querelle qui armait la Suède et le Danemarck, et Swante n'eut guère d'autre soin que de repousser les prétentions du roi Jean. Il fut vigoureusement soutenu dans cette lutte par l'évêque de Linkœping, Hemming Gaad, qui, malgré son âge et sa dignité, déployait l'activité d'nn J. 14

â42 HiSTOTBE DE SUEDE.

jeune homme et les talents militaires d'un général consommé. L'ardeur d'Hemming Gaad s'explique, d'ailleurs, par la situation particulière dans laquelle il se trouvait. Possesseur par usurpation du siège épiscopal de Linkseping, il redoutait le roi de Danemarck dont la protection était acquise à l'ancien titulaire. Le pape Jules II intervint même dans cette querelle pour obtenir le rétablissement de l'évêque expulsé par Hemming, et ce fait est important à noter, parce que, dès lors, la discussion religieuse se mêla souvent aux débats politiques, et que dès lors, aussi, la Suède , blessée par les prétentions de la papauté , inclina chaque jour à se séparer de Rome , ménageant ainsi un triomphe facile à la prochaine réforme de Luther.

Quant à Swante Sture, son habileté fut égale à son courage pendant les huit années de son administration. Afin de pouvoir opposer toutes ses forces à son adver ^ saire, il réussit à faire la paix avec la Russie dont l'ambition convoitait la Finlande; il mit dans ses intérêts la ville de Lubeck, dont les vaisseaux couvi'aient la Baltique et la mer du Nord, enfin il ne négligea aucune des mesures qu'une politique prudente et ferme exigeait dans des circonstances aussi difficiles. La mort vint le surprendre au mois de janvier 1512, au milieu d'une réunion de montagnards convoquée à l'occasion de la découverte d'une mine d'argent.

Swante Sture emporta, en mourant, l'affection générale qu'il s'était conciliée par son affabilité pour tous et sa sollicitude pour ses soldats. Aussi, bien qu'un compétiteur puissant par ses talents et par ses richesses, Erick Trolle, se présentât pour recueillir la succession de Swante, le fils de celui-ci, Sténon Sture, fut choisi, malgré sa jeunesse, pour gouverner la Suède. Le Danemarck

CHRisriKii^ (I50G-15M). 243

appuyait vivement Erick ïrolle, qui tenait, par d'anciennes alliances, à la maison royale de ce pays ; mais la mort de Jean, survenue l'année suivante (1513), ajourna la lutte qu'une telle rivalité devait produire, et qui, grâce à l'odieux caractère du successeur de Jean, présenta, cette fois, des incidents plus graves et des résultats plus décisifs.

Page 1