‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 59 sur 77 · HISTOTKE DE SI KOE · texte numérisé non relu

HISTOTKE DE SI KOE

ronnement fut différée, parce qu'il aurait été forcé de Jurer qu'il maintiendrait la religion catholique, et qu'il avait secrètement résolu de la détruire. 11 se contenta, pour le moment , d'accepter la capitulation de Stockholm dont les magistrats vinrent déposer les clefs à ses pieds ; il lit ensuite son entrée dans la ville au milieu des acclamations pubhques.

Gustave n'oublia point sur le trône ceux qui l'avaient accueilli dans son infortune. Lorsqu'il fuyait les persécutions de Christiern, un curé de campagne lui avait donné un asile dans son presbytère. Il le fit chercher pour lui témoigner sa reconnaissance. Ce bon prêtre n'était plus; mais Gustave voulant qu'un gage de sa gratitude le suivît sur sa tombe, fit placer une couronne de cuivre doré sur le clocher de l'église que ce pasteur avait desservie , et dans l'enceinte de laquelle il était inhumé.

Quelques places tenaient encore pour les Danois dans la Finlande ; elles furent conquises , et la fin de la guerre permit bientôt à Gustave d'abolir la plupart des impôts dont Christiern avait chargé le peuple. Ce prince souillé de crimes venait d'être détrôné par son oncle Frédéric ; mais tant que Christiern vivait dans sa prison, son successeur pouvait craindre une révolution nouvelle. Gustave, en habile politique , se servit de ce fantôme pour effrayer Frédéric, et obtenir de lui les conditions qu'il voulut. Le Gothland fut rendu à la Suède, et durant le règne de Gustave, la paix ne fut plus sérieusement troublée.

Le moment était venu où, après avoir changé la face du pays, Gustave devait malheureusement en changer aussi la religion. Le clergé suédois, fun des plus puissants de TEurope , comptait presque autant de vassaux que le roi. Les évéques habitaient des forteresses , où ils donnèrent

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souvent asile aux rebelles dans les temps de troubles; nous avons vu que souvent même ils se mirent à leur tête et menacèrent l'autorité royale. Les prêtres formaient, au sein de la monarcbie, un corps indépendant et redoutable, Gustave résolut de le détruire, et le chancelier Anderson fut le confident et le ministre de ce projet. Ils commencèrent par favoriser secrètement les docteurs luthériens; ils abolirent la coutume singulière qui rendait les évêques héritiers des ecclésiastiques morts dans leur diocèse. Enfin les deux tiers des dîmes perçues jusque-là par le clergé, furent destinés à Tentretien de l'armée.

Ces mesures violentes portèrent l'irritation dans les rangs du clergé ainsi dépouillé de la meilleure partie de ses privilèges. Les prêtres et les moines armèrent les paysans ; un homme du peuple nommé H ans se mit à la tête des mécontents ; mais Gustave dissipa bientôt ces factions, s'empara des forteresses des évêques ; et, résolu d'en finir par un coup d'éclat, il convoqua à Westeraas une assemblée des États-généraux.

Jamais de plus graves intérêts n'avaient été soumis à la délibération des États ; aussi les députés s'y rendirentils en foule. On comptait dans leurs rangs quatre évêques, dont le plus célèbre était Brask, évêque de Linkœping, quatre chanoines , quinze sénateurs , cent vingt-neuf nobles, trente-deux bourgeois, quatorze montagnards et cent cinq paysans. Le chanceher fit l'ouverture des États par un discours dans lequel il exposait les services rendus au pays par Gustave , les maux qu'il avait à réparer, les charges qui pesaient sur le trésor, et les nécessités qui le pressaient de faire supporter par le clergé une part des impôts publics. Gustave se leva après le chancelier et communiqua à l'assemblée les propositions qu'il avait ré-

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solu de soumettre à son assentiment. Il demandait, en sul)stance, que les États adoptassent solennellement les principes de la réforme luthérienne , que le célibat des prêtres fût aboli , que le clergé cessât de reconnaître la souveraine autorité du pape; enfin que les biens ecclésiastiques fissent retour à la couronne.

A ces propositions si nouvelles, qui changeaient complètement la constitution religieuse de la Suède, les assistants restèrent sans voix. L'évêque Brask, s'enhardissant toutefois, répondit, après un moment de silence, que tout en respectant l'autorité du roi, il ne pouvait méconnaître l'autorité du pape, et approuver, sans son autorisation, aucun changement dans les dogmes et les privilèges de l'Église. Le roi se tournant alors vers la noblesse , lui demanda si cette opinion était la sienne. « Nous ne sa- « vons rien de mieux à dire, lui répondit le grand maré- « chai. — -Eh! bien, répliqua le roi avec véhémence, si « tels sont vos principes, si on conteste chaque jour mon « pouvoir et s'il faut qu'il s'incline devant celui du pape, « songez à me décharger du poids du gouvernement, et « choisissez un autre souverain. Quant à moi, je suis « décidé à fuir pour toujours mon ingrate patrie, " et il quitta aussitôt la salle en versant des larmes.

Pendant trois jours, Gustave se tint renfermé dans le château de Westeraas, laissant l'assemblée des Etats sous le coup de l'émotion produite par les dernières paroles qu'elle avait entendues. Malgré la profession de foi du grand maréchal , la noblesse n'était pas éloignée d'accepter les propositions du roi ; mais elle hésitait à se prononcer, lorsque les paysans et une partie de la bourgeoisie se déclarant tout à coup pour Gustave, entraînèrent l'assentiment de la majorité de l'assemblée. Un grand nombre

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de députés se rendirent aussitôt près de Gustave pour le prier instamment de reprendre le pouvoir. Après s'être laissé sollieiter à trois reprises, il céda comme contraint au vœu hautement exprimé par les représentants de la nation, et lorsqu'il reparut au sein des États, il fut accueilli par les acclamations et l'enthousiasme du peuple.

Dès lors , les propositions du gouvernement furent acceptées sans opposition. Par un décret connu sous le nom de Recès de Westeraas^ et consacré par l'assentiment des États, la Suède déclara solennellement qu'elle se séparait de la communion romaine et qu'elle cessait de reconnaître au pape aucun droit , tant sur les affaires de la religion que sur celles de la politique. A partir de ce jour, le luthéranisme fut prêché dans toutes les églises , et la réforme fut consommée.

Cette révolution dans les doctrines religieuses de la Suède fut l'acte le plus important du règne de Gustave Wasa, et c'est plus tard, sous le règne de Gustave- Adolphe, qu'on en appréciera surtout les graves conséquences. Nous verrons alors la Suède unie avec l'Allemagne protestante, s'élever au rang des États prépondérants de l'Europe; nous la verrons, sollicitée par la France , devenir le plus redoutahie instrument des projets de Richelieu contre la maison d'Autriche; jusqu'à ce qu'enfm, fatiguée de ses efforts héroïques , elle se résigna au rôle secondaire , mais non pas sans gloire, que lui imposent le chiffre de sa population et sa situation géographique.

Le règne de Gustave fut troublé par une révolte des Dalécarhens , qui , en retour des anciens services rendus par eux au jeune Wasa, prétendaient à des privilèges excessifs. Le supplice de leur chef les fit rentrer dans le

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devoir. Christiern, de son côté, s'était échappé de prison, avait pénétré en Norwége et menaçait encore une fois la Suède. Gustave repoussa aussi cet odieux adversaire, et se livra depuis en paix aux soins de l'administration de son royaume.

Pour consolider l'œuvre qu'il avait accomplie, le roi de Suède devait assurer à sa postérité le fruit de ses glorieux travaux. Il convoqua dans ce dessein une nouvelle assemblée des États-généraux à Westeraas. Là, il exposa aux députés de la nation que si la couronne demeurait élective, un roi de Danemarck pourrait briguer les suffrages, se faire proclamer, ou du moins susciter des guerres civiles en rejetant le pays dans tous les maux dont il l'avait délivré. Le souvenir des cruautés de Christiern et les plaies encore saignantes de la Suède prêtaient à ce discours une force irrésistible. Aussi la nation déclarat-elle, par l'organe des États, qu'elle renonçait pour jamais au droit d'élire ses souverains, et que la couronne serait héréditaire dans la famille des Wasa.

Cette question si grave une fois décidée , Gustave , toujours préoccupé de la grandeur de l'État et de celle de sa maison, résolut d'unir la main d'Érick, son fds aîné, qu'il avait eu de la lille du duc de Saxe-Lawembourg , à celle d'Elisabeth, reine d'Angleterre. Mais cette princesse habile sut éluder ces propositions, sans rompre , néanmoins, avec la cour de Suède.

Cependant, le roi descendait lentement dans le tombeau ; ses forces s'éteignaient par degrés , ses yeux n'avaient plus la même vigueur. Sentant, lui-même, approcher la fm de sa longue carrière, il voulut se trouver encore une fois au milieu de ses fidèles Etats, et leur adresser ses derniers adieux . Surmontant les douleurs de la mala-

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die à laquelle il devait succomber, il se rendit au sein de l'assemblée, et soumit à son assentiment le partage qu'il avait fait, entre ses enfants , des provinces du royaume , tout en l'éservant à son fils aîné, Erick, la couronne et l'autorité suprême. 11 bénit ensuite les députés des différents ordres , et s'adressant à Dieu , il le supplia de protéger la Suède et la religion qu'elle avait adoptée. Emue à ce noble spectacle , l'assemblée put à peine témoigner à l'illustre vieillard son admiration et sa reconnaissance. En l'entendant rappeler ce qu'il avait fait pour sa patrie, quelques Dalécarliens , blanchis par l'âge et ses anciens compagnons de misère , vinrent se jeter aux genoux de Gustave, en versant des larmes. Ce mouvement entraîna l'assemblée , qui se levant , au même moment , avec acclamations , conduisit jusqu'à son palais le roi qu'elle ne devait plus revoir.

Durant les six semaines qui précédèrent sa mort , Gustave ne s'occupa que d'actes religieux. 11 fit élargir un grand nombre de prisonniers, il pardonna à ses ennemis, et sentant mieux qu'aucun autre, à son heure dernière , le néant des grandeurs humaines , il donna à ses lils de suprêmes conseils qui peuvent se résumer en ces paroles : « Rappelez-vous qu'un homme est un homme; la vie ter- « minée , nous sommes tous égaux. »

Vers le milieu du mois de septembre 1560, Gustave perdit entièrement la parole , mais on le voyait souvent lever les mains au ciel. A ses derniers instants, le 29 septembre 1560, doutant s'il respirait encore , le prêtre qui l'assistait lui dit à l'oreille : « Si vous croyez en Jésus-Christ , « et si vous entendez ma voix, donnez-nous-en un « signe. " Gustave Wasa répondit tout d'un coup , d'une voix ferme : « Oui, ^> et \m moment après il expira.

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On a quelquefois appelé Gustave Wasa le Henri TV de la Suède , et c'est la meilleure manière de le louer. Comme le prince français , il fut malheureux dans sa jeunesse , comme lui grand dans son malheur, et lorsque , comme Henri TV, il eut conquis par les armes les États qu'on lui disputait , il pardonna comme lui à ses ennemis , et fit le bonheur de ses sujets après les avoir vaincus.

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