‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 63 sur 77 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Gustave-Adolphe. — Ses premiers succès. — Commencement de la guerre de trente ans. — Gustave en Allemagne. — Tilly. — Victoire de Leipsick. — Wailenstein. — Bataille de Lutzen. — Mort de Gustave-Adolphe. — Christine, sa fille, lui succède.— Régence d'Oxenstiern. — Horn. — Défaite de Nordlingen. — Banner. — Ses succès. — Sa moi't.

Gustave-Adolphe, né le 19 décembre 1596, atteignait à peine sa dix-septième année, lorsque la mort de Charles IX, son père, l'appela au trône de Suède. Pleine de confiance dans les hautes qualités de ce prince, qui ne furent point, comme chez tantd\iutres, les fruits tardifs de l'éducation et de l'expérience, la nation tout entière le proclama avec enthousiasme, et comme il n'avait point encore l'âge fixé par les lois du royaume, on abrégea pour lui le temps de la minorité.

Gustave ne trompa point les espérances qui reposaient sur sa valeur et sur ses talents. Deux puissances également redoutables, la Russie et le Danemarck, inquiétaient la Suéde. Il les réduisit à demander la paix, et libre de ce côté, il put donner toute son attention aux événements qui se passaient en Allemagne. La maison d'Autriche, dont l'ambition sans bornes effrayait alors l'Europe , s'était mise à la tête de la ligue catholique en Allemagne, et prétendait soumettre à sa domination tous les Etats protestants de second ordre si nombreux encore au-delà du Pihin. L'empereur Ferdinand menaçait l'existence de l'Électeur de Brandebourg, il élevait des prétentions sur une partie de la Saxe; en Bohème, en Hongrie, il poursuivait les protestants avec rigueur : si son ambition n'était pas contenue, la liberté religieuse allait être détruite en Allemagne, et la puissance exorbitante de l'Autriche aurait rompu , d'ailleurs , tout l'équilibre de la politique européenne.

Les intérêts de la Suède, ses sympathies rehgieuses ne pouvaient hésiter en présence des desseins avoués de la maison d'Autriche. Néanmoins Gustave- Adolphe se borna d'abord à observer les événements, tout en se préparant à agir quand le moment serait venu. Jusque-là il eut encore à repousser une agression de la Pologne et de son roi Sigismond qui ne pouvait se résigner à l'abandon de la couronne de son père. Lorsque les hostilités furent ouvertes, Gustave s'empara de Riga, entra en Livonie, pénétra enLithuanie, et signala chacune de ces campagnes par de brillants avantages. Dans les nombreux combats qui furent livrés, placé aux premiers rangs, il commandait en général et se battait en soldat , conservant toujours cette présence d'esprit qui décide du gain des batailles. La guerre entre la Suède et la Pologne se prolongea plusieurs

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aiHiées, umce aux niaiHJL'Uvres de l'Aulrichc. L'empereur, qui redoutait Gustave-Adolphe, soutenait Si<>isnr>ond aiin de .s'en faire une barrière contre le roi de Suède. Cette intervention néanmoins se borna d'abord à des secours en argent. Mais en 1524, l'Autriche ayant fourni cinq mille hommes de troupes à Sigismond, Gustave saisit cette occasion de rompre avec cette puissance, et se décida à prendre part aux guerres qui divisaient l'Allemagne.

Le roi de Danemarck, Christian IV, avait été d'abord le chef de la ligue protestante en Allemagne ; mais l'Autriche et la Bavière l'avaient récemment détaché de l'union en lui abandonnant l'île de Rugen , et toutes les espérances du parti protestant se portèrent aussitôt sur Gustave- Adolphe. Après s'être contenté, jusqu'en 1630, de repousser quelques attaques de corps autrichiens qui inquiétaient ses frontières, le roi de Suède, appuyé par la France dont Richelieu dirigeait alors la politique, se résolut enfin à passer en Allemagne, et le 24 juin 1630 il aborda en Poméranie.

De ce moment commence, pour Gustave- Adolphe, cette courte mais brillante carrière qui devait poi'ter si haut la gloire de son nom. Par les séductions de son esprit, par l'éclat de ses talents militaires , par l'ardeur de ses convictions reUgieuses, il est resté le héros de cette fameuse guerre de trente ans^ qui remplit la première moitié du dix-septième siècle, et d'où est sortie, avec les traités de Westphalie , toute une constitution nouvelle de l'Europe moderne.

Les ai'mées impériales commandées alors par deux généraux illustres, le comte deTilly et Wa lenstein, eussent opposé à Gustave-Adolphe deux adversaires dignes de lui, si Tilly n'avait souillé sa gloire militaire par de mon-

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stmeuses cruautés. Ces généraux ne purent empéclier le roi de Suède , arrivé en Allemagne avec trente mille hommes, de s'emparer tout d'abord de Stettin et de la Poméranie. A cette nouvelle, l'empereur d'Autriche dit en plaisantant et sans paraître s'émouvoir : « Ne vous « inquiétez pas de ce roi de neige : laissez-le venir se « fondre au soleil du midi. »

Cependant, les premiers sucîcès de Gustave encouragèrent Richelieu, qui se déclara ouvertement pour l'union protestante, et s'engagea, au nom de la France, à payer annuellement au roi de Suède une somme de douze cent mille livres, à la condition que ce prince entretiendrait contre l'empereur un corps permanent de trente mille hommes. Cette adhésion de la France ajoutant encore au prestige du nom et des armes de Gustave, on eût dit qu'en pénétrant en Allemagne le roi de Suède s'avançait dans un pays conquis. A son approche, les villes ouvraient leurs portes, les garnisons rendaient leurs armes. En un instant, le drapeau suédois flotta sur quatre-vingts places fortes. La ville de Magdebourg s'étant aussi déclarée pour Gustave, le comte de Tilly répondit à cette démonstration par un siège qui est resté le plus terrible épisode de la guerre de trente ans. Après une résistance héroïque, cette malheureuse cité succomba, et fut livrée à la merci du général bavarois qui sembla vouloir effacer le souvenir de ses cruautés passées par les affreux excès du sac de Magdebourg.

Gustave-Adolphe vengea bientôt les horribles massacres ordonnés par Tilly. Le 7 septembre 1631, il rencontra ce général dans les plaines de Leipsick , le battit complètement , et lui tua six mille hommes des meilleures troupes de l'armée impériale. Tilly n'avait encore compté ses ba-

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tailles que par des ^iell)il•es, et e;» sueeès de (nistave grandit eneore riiiHiUMiee du roi de Suède et éleva la «gloire de ses armes. 11 voulait, profitant de l'enthousiasme de ses soldats, envahir de suite les provinces héréditaires de l'empereur. C'était également l'avis du sage Oxenstiern, le chancelier et l'ami de Gustave, ministre digne d'un tel souN erain ; mais la ligue des princes protestants qui craignaient que l'éloignement de Gustave ne livrât leurs principautés au ressentiment de ïilly, retint le roi de Suède dans le nord de l'Allemagne dont il était complètement maître.

L'empereur, effrayé des progrès de Gustave-Adolphe, et forcé désormais de compter avec ce roi de neige , dont il s'était moqué , avait ordonné de nouvelles levées , et s'empressait de mettre sur pied une armée de quarante mille hommes , dont le commandement fut remis à \\ allenstein , avec les pouvoirs les plus étendus. Pendant que ces forces s'organisaient , Gustave eut encore à se mesurer avec Tilly. Le 16 avril 1632 , II força le passage du Leck que défendaient les impériaux , et l'emporta malgré leur vigoureuse résistance. Tilly , dont la fortune avait constamment décliné devant celle du jeune général de l'union protestante, fut blessé dans cette affaire, et mourut peu après à Ingolstadt.

Gustave- Adolphe, débarrassé de Tilly, s'avança dans la Bavière, et entra dans Munich le 17 mai, mais il fut aussitôt obligé de revenir sur ses pas, pour courir à la défense de la Saxe, envahie par \V allenstein à la tète d'une armée de quarante mille hommes. Après quelques mois de marches , de manoeuvres et de mouvements peu décisifs, les deux illustres capitaines se trouvèrent en présence à Lutzen, entre Dresde et Leipsick. C'était tout près de ce I. 16

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champ de bataille que Gustave avait remporté sa première victoire sur Tilly, c'était là qu'il devait mourir au milieu de son dernier triomphe.

Le 16 novembre 1632, le roi de Suède se décida à risquer la bataille. Lorsque toutes ses dispositions furent prises, le héros de l'union protestante se jeta à genoux devant son armée, et entonna avec elle un cantique qu'accompagnait la musique militaire. Il se releva ensuite, revêtit son habit de combat, un surtout de drap et un justeau-corps de buffle, parcourut les rangs de son armée en échauffant l'ardeur de ses soldats , donna le mot de ralliement : Dieu avec novs; après quoi il marcha en avant, et engagea l'action.

Après plusieurs charges terribles , conduites de part et d'autre avec une intrépidité et un acharnement sans exemple, Gustave-Adolphe, \oyant que son infanterie faiblissait devant les impériaux , se dirigea vers elle pour juger du danger, et trompé par le brouillard, il se trouva bientôt au milieu des soldats de Wallenstein. Saisis de respect à son approche , ceux-ci s'écartaient avec respect, lorsque, par l'ordre d'un bas officier, qui ne connaissait pas le roi, un mousquetaire tira sur lui ^ et lui brisa, d'une balle, le bras gauche. A cette nouvelle , le trouble et le désordre se jettent dans les rangs de l'armée suédoise, mais Gustave débarrassé avait déjà rejoint ses troupes , en leur criant : « Ce n'est rien, suivez-moi ! » Et ses soldats, ralliés à cette voix si connue, s'étaient précipités dans la mêlée avec une nouvelle fureur. Lorsque le combat fut rétabli, le roi de Suède, vaincu par la douleur, s'écartait des rangs avec l'aide du duc de Lauenbourg , son beau-frère , lorsqu'il fut atteint d'un second coup de feu dans le dos : « J'en ai « assez, dit-il à son frère, d'une voix mourante ; toi, cher-

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