‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 66 sur 77 · ABDICATION DE CHRISTINE · texte numérisé non relu

ABDICATION DE CHRISTINE

céder à un sentiment d'émotion si naturel dans un pareil moment, s'écria : « Quand >ous joindriez une couronne « à celle que je dépose, je ne continuerais pas mon règne « une minute au-delà du terme que j'ai fixé. » Alors ayant fait lire, à haute Yoix, par un sénateur, l'acte par lequel elle renonçait au trône, elle le signa d'une main ferme. Les Grands s'avancèrent en silence pour recevoir les ornements royaux dont Christine avait voulu se parer , et le comte Pierre Brahé ayant refusé d'ôter la couronne qui ceignait la tête de la reine, elle l'enleva elle-même et la lui remit , sans que la plus légère altération parût sur son visage.

Soulagée , ce semble , du fardeau qu'elle venait de déposer, Christine descendit en déshabillé de satin blanc jusqu'à la première marche de son trône, et là elle adressa aux États quelques paroles qui attendrirent les spectateurs jusqu'aux larmes. Le soir, elle renvoya ses femmes, prit des habits d'homme et partit d'Upsal après un grand festin, en disant aux quatre écuyers qui l'accompagnaient : « Mon rôle est joué, partons ; je ne veux point « voir régner un autre dans les lieux où j'étais souve- «c raine. »

En quittant la Suède, Christine se rendit à Hambourg, puis à Bruxelles , et de là à Inspruck où elle embrassa le catholicisme. Cette conversion inattendue de la fille de Gustave-Adolphe, du plus ardent champion de la réforme, excita une indignation générale parmi les protestants et brisa tous les liens qui l'attachaient encore à sa patrie. Après avoir ensuite parcouru l'Europe et ensanglanté Fontainebleau par le meurtre de l'infortuné Monaldeschi, crime odieux qui souille sa mémoire, Christine se retira à Rome ou elle mourut obscurément en 1688.

286 HISTOIKE DE SUEDE.

Charles-Gustave, successeur de Christine , et clioisi par elle , était le prince le moins capable de rendre à la Suède le repos dont elle avait besoin après tant de secousses. D'un caractère aventureux et brave, Charles X aimait passionnément la guerre, et maître du trône, rêvant la gloire de Gustave-Adolphe, il se mit à parcourir l'Europe avec les vieilles bandes suédoises. La bataille de Czurnorva, qu'il gagna sur Jean Casimir , roi de Pologne , força ce dernier à s'enfuir en Silésie (1655) ; dans la même année les principales villes de Pologne furent prises par les Suédois. Le nord de l'Europe s'émut bientôt de cette conquête menaçante, et en 1657 , le Danemarck déclara la guerre à la Suède. Charles qui, malgré ses brillants succès en Pologne, sentait que son armée victorieuse s'épuisait dans de continuelles escarmouches, saisit cette occasion de déplacer le théâtre des hostilités. Il passe rapidement en Poméranie , et tandis que les Danois pensaient lui fermer la retraite par Dantzick qu'ils occupaient avec leur flotte, le roi de Suède entre dans le Hqlstein, rencontre, bat et fait prisonnier le général danois Kerber, puis, couronnant cette campagne par une manœuvre d'une hardiesse inouïe, il traverse les glaces du Sund, et vient porter l'effroi jusque dans Copenhague.

Dans cette extrémité le Danemarck s'empressa de solliciter la paix: Elle fut conclue le 7 mars 1658, et valut à la Suède les provinces de Halland, de Blecking et de Scanie ; mais Charles se repentit bientôt de n'avoir point achevé son ennemi , lorsqu'il le tenait à sa discrétion : après avoir inutilement proposé aux Anglais et aux Hollandais le partage du Danemarck , il se décida à recommencer la guerre. Le 8 août 1658, il aborda inopinément en Séélande.

MINORITE DE CHAULES Xl (1004-1(500). 287

Cliarles Gustave ne s'avança pas cette fois a\ec sa rapidité habituelle , et lorsqu'il arriva devant Copenhague, le roi de Danemarck, Frédéric, avait eu le temps de préparer la défense de sa capitale. Deux assauts terribles des Suédois ayant été repoussés avec vigueur, Charles, désespérant de prendre la place, se disposait à aller porter la guerre en Norwége, quand, le 23 février 1000, il mourut d'une lièvre chaude, à Gothembourg, âgé seulement de trente-sept ans. Pour réparer les maux de la Suède et pour refaire ses finances ruinées, il lui laissait un roi âgé de cinq ans et tous les dangers d'une minorité.

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