‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 67 sur 77 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Minorité de Charles XI. — Régence. — Charles XI prend le gouvernement.

— Ses guerres extérieures. — Paix de Niniègue.— Administration intérieure de la Suède.— Mort de Charles XI. — Charles Xll.— Sa jeunesse.

— Son caractère. — Guerre contre le Danemarck. — Guerre en Livonit^.

— Victoire de Narva. — Gucire en Pologne. — Expédition en Russie. — Invasion de la Saxe. — Paix de AUrenstadt. — Charles XII repasse en Russie. —Campagnes dans l'Ukraine — Bataille de Pultawa. — Désastres de l'armée suédoise. — Séjour de Charles XII en Turquie. - Affaire de Bender. — Charles XII rentre en Suède. — Fin de son règne.

Aussitôt après la mort du roi Charles X , divers prétendants réclamèrent la tutelle du jeune prince Charles XI. Christine elle-même fit valoir ses droits et reparut en Suède, mais elle y fut très mal accueillie et forcée de renouveler sou abdication pour obtenir que sa pension lui fût continuée. Les États réunis choisirent pour tutrice la

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reine-m^re He{hvi<>e-Kléonore à laquelle on adjoignit , comme à l'époque de la minorité de Christine, un conseil de régence composé des principaux dignitaires du roj^aume.

La nouvelle administration voulant assurer le repos de l'État , son premier soin fut de signer des traités de paix avec la Pologne , la Russie et le Danemarck . Ces traités de paix, tous avantageux, permirent à la régence d'étendre les relations commerciales du pays , de réparer ses forces et ses finances ruinées. La Suède entra néanmoins dans la triple alliance conclue en 1668 contre Louis XIY, pour garantir les Provinces-Unies menacées par l'ambition du roi de France ; elle intervint ainsi dans le traité d'Aix-la-Chapelle, par lequel Louis XIV s'obligea à restituer une partie de ses conquêtes (l 668) .

Après ces premières démonstrations pleines de sagesse et de vigueur , la régence sembla perdre bientôt tout sentiment de ses devoirs. Les finances retombèrent dans un état déplorable, la corruption se glissa partout, les luttes intestines recommencèrent, les divers partis se mirent aux gages des puissances étrangères, toutes les consciences cherchèrent des acheteurs, l'honneur ne fut plus qu'un vain nom, la patrie qu'un sol sans défenseurs.

Telle était la triste situation du royaume, lorsque le roi Charles XI monta sur le trône, au mois de décembre 1672. Ce prince n'était alors âgé que de dix-sept ans, et la perfide politique de ses tuteurs avait eu soin d'entretenir sa jeunesse dans les plaisirs et la dissipation. Ils espéraient ainsi conserver un pouvoir trop lourd à porter par un souverain sans expérience et sans culture, et pour n'avoir point à redouter les vérifications minutieuses de leur compte de tutelle, ils ne firent même pas apprendre à fire a leur pupille. Les facultés naturelles de Charles XI se développèrent

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fort heureusement sans le secours de l'éducation, et tout d'abord il donna une preuve du rare bon sens qui fut le trait distinctif de son caractère , en chassant les tuteurs qui avaient si indignement usé de leur autorité. Fidèle, toute sa vie, aux conseils de la raison, guidé par un esprit droit et un jugement sur, il se mêla avec succès à la politique extérieure , il fit la guerre avec bonheur , il gouverna avec sagesse, et son règne est, en délinitive, l'un de ceux qui honorent le plus l'histoire de la Suède.

Lorsque Charles XI monta sur le trône, la lutte nouvelle entre la France et la Hollande ébranlait une seconde fois l'Europe. De part et d'autre on se disputait ralliance de la Suède , mais l'habileté des négociateurs français l'emporta, et Charles XI prit les armes pour seconder Louis XIV. Wrangel, malgré son âge et ses infirmités, repi'it le commandement des troupes suédoises et entra en Allemagne. Après diverses alternatives de succè.3 et de revers, aux prises tantôt avec le Danemarck, tantôt avec l'électeur de Brandebourg, la Suède put enfin Jouir du repos que lui assura le traité de Nimègue en IG78. Par ce traité, dans lequel la France maintint avec une noble fermeté les droits de son alliée , la Suède conserva en Allemagne la Poméranie, et recouvra sur le Danemarck l'île de Hugen et le port de Wismar qu'elle avait perdus dans la dernière guerre.

Charles XI se livra alors tout entier à l'administration de son royaume, et comme tous les princes, ses prédécesseurs, il s'appliqua sans relâche à mettre un frein aux prétentions des sénateurs dont l'opposition jalouse entravait partout son autorité. Fort de l'adhésion solennelle des États qu'il réunit en 1680, il réduisit le sénat à n'être plus qu'un simple conseil de royaume; il soumit les nobles

au payement de l'impôt, et après avoir successivement détruit tous les privilèges qui faisaient ombrage à la royauté , Charles XI inaugura en Suède l'ère du pouvoir absolu. Aristocratique jusque-là, le gouvernement de la Suède devint alors purement monarchique.

La paix était obtenue, et Charles XI n'essaya pas de la troubler. Son-mariage avec une princesse danoise, Ulrique Éléonore, profita encore au maintien des bonnes relations entre les deux pays ; pendant les vingt dernières années de sa vie, le roi de Suède ne fut plus distrait des soins de l'administration de ses Etats. Les dépenses diminuées, les dettes remboursées, l'arriéré de solde des fonctionnaires civils et militaires intégralement payé, l'armée remise sur pied, la flotte réorganisée, tels furent les résultats solides et glorieux du règne de Charles XI. Lorsqu'il mourut, le 5 avril 1697, il laissa dans les caisses publiques plusieurs millions de rixdalers, et le domaine de la couronne accru de dix comtés, de soixante-dix baronnies et d'une infinité de terres, dépouilles de la noblesse. Si celle-ci avait voué au roi une haine implacable , le peuple , au contraire , le pleura et exalta sa mémoire. La Suède, en effet, était riche et heureuse, et tout semblait présager l'accroissement de sa puissance, lorsque les téméraires entreprises du successeur de Charles XI vinrent , pour longtemps , compromettre sa fortune et la rejeter au second rang des États européens.

Ce successeur si fameux sous le nom de Charles XII avait été élevé dans l'amour de la paix, mais il profita si bien des conseils et des leçons qu'il avait reçus que jamais prince ne donna l'exemple d'une passion aussi effrénée pour la guerre. Son goût pour les armes avait éclaté dès son enfance. La lecture de Quinte-Curce l'enflammait; il vou-

CllAiiLES xil (1680-1G97). 201

lait devenir le héros d'une pareille histoire, et lorsqu'on lui ohjectait qu'Alexandre était mort jeune : « Il a conquis des « royaumes, » répondait-il. Ayant vu un jour, au bas de la carte géographique d'une ville hongroise que l'empereur d'Allemagne avait perdue , ces mots extraits du livre de Job : « Dieu me l'a donnée, Dieu me l'a ôtée; que son « saint nom soit béni ! « 11 écrivit au bas de la carte de Livonie : « Dieu me l'a donnée, le diable ne me l'ôtera « pas. »

La fougue du caractère de Charles XII alarma la reine, sa mère. Cette princesse bonne et compatissante, qui avait sacrifié ses biens et ses bijoux pour soulager les familles ruinées par la liquidation des dettes de l'État , mourut en 1693 , d'une maladie causée, dit-on , par les chagrins que ne lui épargnait pas son mari. Avant de fermer les yeux, elle fit venir le jeune Charles XII : « Mon fils, lui dit-elle, « aimez la paix, aimez les hommes; si vous faites leur « bonheur, puissiez vous être heureux vous-même! » Cette dernière prière d'une mère mourante toucha sans doute le cœur du prince : malheureusement , lorsqu'il fut sur le trône, il ne s'en souvint plus.

La majorité des rois de Suède était fixée à dix-huit ansj mais la nation, séduite par les qualités brillantes et précoces de Charles XII, le déclara majeur à quinze ans, dans une assemblée des États tenue à Stockholm, le 21 novembre 1697. Maître d'un royaume tranquille et florissant, entouré de ministres habiles, respecté de l'Europe entière, le nouveau souverain de la Suède n'avait qu'à suivre la marche habile que lui avait tracée son père ; mais un tel rôle répugnait à son ambition. Il voulait remplir l'Europe du bruit de ses armes, et pendant vingt ans, en effet, l'Europe resta attentive aux succès et aux

revers qui ont fait du règne de Cliarles XII l'un des plus extraordinaires de l'histoire.

Avant de se décider à la guerre, Charles attendit toutefois qu'il y fût provoqué. Les différends du roi de Danemarck Frédéric TV et du duc de Holstein lui ouvrirent bientôt la carrière dans laquelle il brûlait d'entrer.

Le roi de Danemarck avait su engager dans ses intéi'êts le roi de Pologne, Auguste, électeur de Saxe, et le czar de Russie, Pierre Alexeiowitz, si célèbre depuis sous le nom de Pierre le Grand : le duc de Holstein, de son côté, se mit sous la protection de son beau-frère le roi de Suède, qui, à peine sorti de l'enfance, trouva ainsi coalisés contre lui les trois puissants souverains du Danemarck, de la Pologne et de la Russie.

Le dessein du czar et du roi de Pologne était de s'emparer de la Livonie qu'ils avaient autrefois possédée. En conséquence, Riga, capitale de cette contrée, fut investie par une armée polonaise, dans le même temps que le roi de Danemarck, secondé par l'électeur de Rrandebourg, commençait ses excursions dans les provinces autrefois contestées entre le Danemarck et la Suède.

En apprenant le siège de Riga et les hostilités des Danois, Charles XII, impatient de se montrer à la tête d'une armée, fit préparer la flotte qui devait le débarquer en Séélande. S'adressant à ses officiers avant de partir : « Messieurs, leur dit-il, je m'étais proposé de ne jamais « prendre les armes le premier ; mais puisque mes enne- « mis commencent la guerre, elle ne finira pas sans qu'ils « aient à s'en repentir. Dieu nous soit en aide ! Parlons « d'abord à l'un, puis nous aurons affaire à l'autre. >» Après quoi, le 8 mai 1700, il quitta Stockholm, qu'il ne devait plus revoir, laissant la nation sous le gouverne-

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ment de ce sénat, si longtemps le rival de la royauté même.

Après quelques jours de traversée, on aperçut les côtes de Séélande. A cette vue, le prince transporté de joie sauta dans une chaloupe; et, comme la descente était assez vigoureusement disputée , il se jette dans la mer, l'épée à la main , ayant de Teau par-delà la ceinture. Ses ministres, l'ambasscideur de France qui l'accompagnait, les officiers, les soldats suivent aussitôt son exemple, et marchent au rivage sous une grêle de balles. Le roi, qui n'avait jamais entendu de mousqueterie chargée à balle, demanda à un officier qui se trouvait près de lui ce que c'était que ce petit bruit qui sifflait à ses oreilles. « C'est le bruit que font les balles qu'on vous tire, » lui répandit l'officier. « Bon, dit le roi, ce sera là désormais ma « musique. »

Son dessein était de faire le siège de Copenhague ; mais désarmé par les soumissions des députés que cette ville lui envoya, il se contenta de lui imposer une contribution de quatre cent mille rixdalers, fit payer tous les vivres qu'on apporta dans son camp, établit dans son armée une discipline sévère, rendit justice à ses ennemis contre ses soldats mêmes, et fit désirer aux Danois d'avoir un tel maître. Le roi de Danemarck, battu dans le Holstein, tandis que Charles soumettait la Séélande, fut contraint d'accepter les conditions qu'on lui offrit. La paix se fit en peu de jours, comme la guerre s'était faite. Charles XII n'était pas moins expéditif dans ses négociations que dans ses coups de main; il ne dédirait le succès d'ijne entreprise que pour en commencer une autre.

Le roi de Pologne, Auguste, à la tête de troupes saxonnes, assiégeait toujours Riga ; Charles se met aussitôt en

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marche pour le forcer à la retraite ; mais il apprend que Narva vient d'être investie par soixante mille Russes. Il y avait plus d'ennemis à combattre, plus d'obstacles à vaincre, plus de gloire à acquérir que devant Riga; le roi tourne, en conséquence, de ce côté, et^ dans le pressentiment de sa victoire prochaine, il écrit à ses maréchaux des logis : « Je m'en vais battre les Russes ; préparez un magasin à Laïs ; quand j'aurai secouru Narva, je passerai par cette ville pour aller battre ensuite le roi de Pologne et ses Saxons. " L'armée suédoise n'était composée que de vingt mille hommes, et le général russe, qui commandait en l'absence du czar, voulut s'opposer à sa marche. Il fut battu, mais dans sa fuite, il atteignit le défilé de Pyhajaggi qui semblait inaccessible, et d'où il espérait écraser les Suédois. La plupart des officiers de Charles doutaient du succès de l'attaque ; Charles seul marcha avec confiance, et le passage fut forcé. L'armée déboucha ensuite dans la plaine de Narva, et vit le camp des Russes défendu de tous côtés par des bastions, hérissé de palissades et de chevaux de frise, formant autour de la ville une double enceinte, presque aussi fortifiée que la ville elle-même.

Charles, après avoir laissé respirer ses troupes, les rangea en bataille ; puis s'adressant à ses soldats : « Mes « amis, leur dit-il, nous combattons pour une bonne « cause, le ciel combattra pour nous : si quelqu'un de « vous doute de la victoire, qu'il sorte des rangs et qu'il « retourne en Suède, les chemins lui sont ouverts. » Toute l'armée répondit à cette courte harangue par des serments de vaincre ou de mourir sous ses drapeaux. On courut à l'ennemi. La neige épaisse qui tombait lui cachait la marche des assaillants. Retranché dans son camp, il ne pouvait croire que Charles XII, avec si peu de troupes,

BA.TAILLE J)E INAlWA (1700-1704). 295

osât tenter la fortune des armes. Tout à coup le brouillard se dissipe, le soleil reparaît et montre aux Russes les Suédois rangés en bataille , à cinquante pas de leurs retrancbements : Tartillerie joue et fait brècbe dans les retranchements. Charles XII y pénètre le premier l'épée à la main; son infanterie le suit avec ardeur, mais avec ordre ; à mesure que les troupes entrent, elles se développent au milieu des ennemis aussi promptement que dans une plaine libre. Les Russes, revenus de leur première surprise, se défendent intrépidement pendant trois heures. Enfin le désordre se met dans leurs rangs ; plusieurs courent au pont de la Narva, qui se rompt et les engloutit avec lui ; vingt mille des plus résolus se retranchent derrière les chariots, on les y force ; ils mettent bas les armes, on leur donne quartier ; après quoi, Charles XII les renvoie, parce que son armée n'aurait pas sufii pour les garder.

Trente mille Russes périrent dans cette célèbre journée (30 novembre 1700), dont la gloire ne coûta aux Suédois que treize cents soldats, et qui réduisit pour quelque temps le czar à l'inaction. Libre de ce côté, Charles XII court débloquer Riga , s'empare du duché de Courlande , et après avoir battu les Saxons en diverses rencontres, il entre à Varsovie, le 24 mai 1702, annonçant à la Pologne qu'il est prêt à lui accorder la paix, mais à la condition que le roi Auguste déposera la couronne. Celui-ci, soutenu par la Russie, essaya de lutter contre le roi de Suède et de rentrer à Varsovie. Mais, battu complètement à Klibzow, le 20 juillet 1702, il voulut tenter la voie des négociations. Le roi de Pologne ne fut pas plus heureux sur ce terrain que sur les champs de bataille. Une diète assemblée à A'arsovie, en 1704, déclara le trône vacant, et le 12 juin

29G HISTOlllE DE SLEDE.

de cette année, Charles XII fit proclamer roi Stanislas Leezinski, jeune gentilhomme plein de vertus, de grâces et de courai2fe.

Cependant le czar était rentré en Livonie ; il s'était emparé de Narva, et de là avait passé en Lithuanie pour donner les mains à l'électeur de Saxe, Auguste, qu'il voulait rétablir sur le trône de Pologne. Pour déjouer ces tentatives et ruiner à jamais la fortune de l'électeur de Saxe, Charles XII résolut de l'attaquer dans ses possessions héréditaires. Violant sans scrupule le territoire impérial, il traversa la Silésie, passa l'Oder, le 2 septembre 1706, l'Elbe le 16, et envahit la Saxe avec trente-cinq mille hom.mes. Là, comme partout, la victoire fut fidèle à ses drapeaux. Maître de Dresde, il força l'électeur à accepter les conditions de paix qu'il lui. imposa par le traité d'Altrenstadt, signé le 25 septembre 1706. Par ce traité, Auguste renonça au trône de Pologne, et reconnut Stanislas Leczinski. 11 dut aussi renoncer à toute alliance avec la Russie, et livrer les transfuges livoniens qui se trouvaient dans son armée. Le plus illustre, entre ces derniers, était le général Patkul, seigneur livonien qui, sous le règne de Charles XI, avait défendu avec fermeté les droits et les privilèges de la noblesse de sa province. Poursuivi par Charles XI et condamné à mort, il s'était réfugié en Saxe, près de l'électeur, puis il était passé au service de la Russie. Le czar l'avait envoyé comme ambassadeur à Dresde, et il y remplissait ces fonctions près de l'électeur, lorsque hi ville fut prise par Charles XII. Bien que Patkul fût protégé par son caractère d'ambassadeur, le roi de Suède le réclama comme un sujet rebelle, et l'électeur se \it foi'cé de le livrer. Jugé par un conseil de guerre, le malheureux Patkul fut condamné à ètie rompu \if, et a ctie mis en

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quartiers. Cet horrible supplice, le plus long et le plus affreux qu'on puisse imaginer, fut exécuté à (a lettre. Lorsque les membres de la victime eurent été broyés par les roues, ils furent coupés en quartiers, et restèrent exposés sur des poteaux jusqu'à l'année. 1713. Toute l'Europe s'indigna de cette barbarie , et l)eaucoup regardèrent Patkul comme le martyr de la liberté de son pays.

Rien ne retenait désormais Charles dans la Saxe. Ce prince, qui craignait de n'avoir plus d'ennemis à combattre, n'avait point compris le czar dans le traité de paix qu'il venait de conclure avec l'électeur Auguste. Tranquille sur le sort de la Pologne et du roi qu'il lui avait donné, il se ^mit en marche pour la Russie. Son armée passe la Yistule au commencement de 1708, s'empare de Grodno, traverse, le 17 mai, la Rérésina, et arrive à Smolensk, chassant partout devant elle les corps moscovites. Là Charles Xll réfléchit sur le parti qu'il devait prendre, et, au lieu de se diriger sur Moscou, entraîné par les conseils et les promesses de soulèvement qu'il recevait de l'hetman Mazeppa, il poussa vers le sud et passa dans l'Ukraine. C'est là que les Russes reprirent l'offensive. Ils s'étaient déjà attaqués au général suédois Levenhaupt, qui, à la tête d'un corps de dix mille hommes^ cherchait à opérer sa jonction avec Charles XIL Après dix combats successifs et une résistance vigoureuse, le général n'avait plus que six mille hommes lorsqu'il rejoignit l'armée suédoise. Cette armée tout entière ne s'élevait pas à plus de seize mille hommes, et l'on était au milieu d'un pays ennemi où sévissaient toutes les rigueurs du terrible hiver de 1709. Les souffrances devinrent bientôt insupportables ; les troupes murmuraient ; elles manquaient de pain et de

vêtements. Charles XTI seul restait inébranlable, et semblait au-dessus de tous les besoins et de toutes les douleurs. Un soldat lui aj^ant présenté un morceau de pain noir et moisi, le roi, sans s'émouvoir, prit ce pain, le mangea en entier, et dit ensuite froidement au soldat : '« 11 n'est pas bon, mais il peut se manger. « Malheureusement la constance du général ne réparait pas les maux de l'armée : après cet hiver passé dans toutes les tortures du froid et de la faim, il vint investir Pultawa, point décisif pour la campagne, et où le czar avait réuni de grands approvisionnements.

Tandis que Charles XJI poussait avec activité le siège de cette ville, Pierre le Grand s'avançait contre lui à la tête de soixante-dix mille hommes. Le roi de Suède voulut s'emparer de Pultawa avant d'être atteint ; mais la résistance des assiégés permit au czar de rejoindre son ennemi, et le jour où Charles s'apprêtait à donner l'assaut, on vint lui apprendre que l'armée russe arrivait. A ce moment même, une balle vint le frapper au pied. Sans qu'aucun signe de douleur le trahît, et, pendant six heures encore, il demeura ferme, donnant partout des ordres. Enfin la perte de son sang le força à se retirer. On découvrit sa plaie ; tous les spectateurs étaient consternés. '• Coupez, dit le roi en présentant sa jambe ; coupez, ne « craignez rien. « On n'en vint pas à cette extrémité. L'approche des Russes lui fit bientôt oublier sa blessure ; il n'attendit pas l'ennemi dans ses lignes ; il marcha au-devant de lui avec son audace accoutumée, et, le 8 juillet 1709, la bataille s'engagea.

Dès le premier choc, la cavalerie moscovite fut renversée ; mais elle retourna au combat, culbuta l'aile droite des Suédois, et prit le général Schlippenbach. Ce fut alors

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