‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 75 sur 77 · TROISIÈME PÉRIODE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PÉRIODE

C'est dans cette situation que les événements de 1814 trouvèrent la Norwége. Jetée, en 1812, dans l'alliance de la Russie, la Suède, après le désastre de Moscou, demanda qu'on lui adjoignît la Norwége, dont serait dépouillé le Danemarck, allié de Napoléon. La Suède renonçait, en retour, au grand-duché de Finlande, que la Russie lui avait enlevé en 1809.

Tel fut l'objet du traité de Saint-Pétersbourg, conclu au mois de mars 1812, mais qui ne reçut son exécution qu'en 1814, après que la chute de Napoléon eut vendu l'empereur Alexandre tout-puissant dans le nord. Le Danemarck, privé de l'appui de la France, ne pouvait opposer qu'une résistance vaine. Il se hâta de signer le traité de Kiel, par lequel la Norwége fut cédée à la Suède, en échange de laPoméranie suédoise et de l'île de Rugen.

Ainsi fut consommée l'union de la péninsule Scandinave. L'année suivante (1815), un acte particulier, dressé par les diètes des deux royaumes et consenti par le roi, détermina les rapports constitutionnels de la Suède et de la

324 HrSTOlBE DE .\OKWEGE.

]Vorwége. On ne lira pas sans intérêt ce document qui consacre l'indépendance de ce dernier j^ays.

Art. I". Le royaume de Xorwége formera un royaume libre, indépendant, indivisible et inaliénable, réuni aN ec la Suède sous un même roi.

« Art. 2. L'bérédité sui\ra la liiine descendante masculine et collatérale, de la manière qui acte réglée dans l'ordre de succession du 26 septembre 1810. décrète par les Etats de Suède et adopte par le roi.

« Art. 3. S'il n'y a point d'héritier présomptif, le i*oi, ou, s'il y a vacance du trône, le gouvernement légitime des deux royaumes par intérim fera en même temps, dans les huit premiers jours de l'ouverture des deux diètes, la proposition relative à la suci'ession. Les membres des deux diètes ont le droit de proposer un candidat. L'élection devra uecesstdrement conmieucer dans les douze jours qui suivront la proposition du gouvernement. La veille du jour fixé pour lelection. les deux diètes nommeront un comité qui, dans le cas où l'élection des deux diètes tomberait sur des individus différents, se i*eunira comme fonde de pouvoirs des deux royaumes, pour fixer, à la pluralité des voLx, le choix sur un seul indi\idu. Ce comité, compose de trente-six personnes de chaque royaume, et de huit suppléants, se réunira à Carlstadt dans les vingt et un jours qui suiN ront les douze jours fixés ci-dessus pour l'electîon. Le scrutin du comité se fera par billets plies, signés de l'un des deux orateurs présidents du comité réuni. Avant de compter les billets, l'orateur en mettra un à part cacheté, qui aura voix prépondérante, s'il y a égalité de suffrages.

^ Art. 4. Le roi aura le droit de rassembler les troupes, de commencer la guerre, de faire la paix, et de conclure ou

UNION DKS IJKIJX HOVADMKS (I8ir>-.|K40;. V2')

(le j'ompnîdes trailtis, d'envoyer ou d'admettre des ministres |)l('ni()()1('iiliaires.

« Art. r*. Si le roi veut faire la guerre, il doit faire part de son dessein à la réfrénée de Norwége, et lui demander son sentiment sur eet objet ; il lui eommuniquera en même temps un rapport détaillé sur l'état du royaume, par rapjioi't aux finanees, aux moyens de défense, ete. Knsuite le )"oi rassemblera en eonseil d'Etat extraordinaij-e le ministre d'État et les eonseillers d'État de ^orwége, ainsi que ceux de Suède, et il exposera les motifs et les circonstances à prendre en considération dans le cas dont il s'agit. La régence de Norwége fera en rnéme temps sa déclaration sur l'état de ce royaume, et il sera fait un rapport semblable sur celui de la Suéde. Le roi demandera aux membres du conseil leur opinion, que chacun d'eux donnera séparément, pour être insérée au proces-verbal, sous la responsabilité que prescrit la constitution. Alors le roi aura le droit de prendre et d'exécuter la résolution qu'il jugera avantageuse a l'État.

'< Art. G. Si le roi, venant a mourir, l'héritier présf)rnptif du trône est encore mineur, les conseils d'État de Norwége et de Suède se rassembleront aussitôt pour régler en commun la convocation pour la diète de Norwége et la diète de Suéde.

« Art. 7. En attendant que les représentants des deux royaumes soient rassemblés et aient établi une régence pendant la minorité du roi, un conseil d'État, comi>osé d'un nombre égal de niembres no^^végiens et suédois, gouvernera, sous le nom de régence par intérim, de >»orwége et de Suède, les deux royaumes, en se conformant a la constitution respective. Ce conseil d'État sera formé de dix membres de chaque royaume.

32 4 HISTOIRE DE NORWÉCiE.

Norwége. On ne lira pas sans intérêt ce document qui consacre l'indépendance de ce dernier pays.

Art. I^^ Le royaume de Norwége formera un royaume libre, indépendant, indivisible et inaliénable, réuni avec la Suède sous un même roi.

« Art. 2. L'hérédité suivra la ligne descendante masculine et collatérale, de la manière qui a été réglée dans l'ordre de succession du 26 septembre 1810, décrété par les États de Suède et adopté par le roi.

« Art. 3. S'il n'y a point d'héritier présomptif , le roi, ou, s'il y a vacance du trône, le gouvernement légitime des deux royaumes par intérim fera en même temps, dans les huit premiers jours de l'ouverture des deux diètes, la proposition relative à la succession. Les membres des deux diètes ont le droit de proposer un candidat. L'élection devra nécessairement commencer dans les douze jours qui suivront la proposition du gouvernement. La veille du jour fixé pour rélection, les deux diètes nommeront un comité qui, dans le cas où l'élection des deux diètes tomberait sur des individus différents, se réunira comme fondé de pouvoirs des deux royaumes, pour fixer, à la pluralité des voix, le choix sur un seul individu. Ce comité, composé de trente-six personnes de chaque royaume, et de huit suppléants, se réunira à Caiistadt dans les vingt et un jours qui suivront les douze jours fixés ci-dessus pour l'élection. Le scrutin du comité se fera par billets plies, signés de Tun des deux orateurs (présidents) du comité réuni. Avant de compter les billets, l'orateur en mettra un à part cacheté, qui aura voix prépondérante, s'il y a égalité de suffrages.

« Art. 4. Le roi aura le droit de rassembler les troupes, de commencer la guerre, de faire la paix, et de conclure ou

UNION DES DEUX UOVAliMKS (18(5-1840). 325

de rompre des traités, d'envoyer ou d'admettre des ministres plénipotentiaires.

« Art. 5. Si le roi veut faire la guerre, il doit faire part de son dessein à la régence de Norwége, et lui demander son sentiment sur cet objet ; il lui communiquera en même temps un rapport détaillé sur l'état du royaume, par rapport aux linances, aux moyens de défense, etc. Ensuite le roi rassemblera en conseil d'État extraordinaire le ministre d'État et les conseillers d'État de ïSorwége, ainsi que ceux de Suède, et il exposera les motifs et les circonstances à prendre en considération dans le cas dont il s'agit. La régence de Norwége fera en même temps sa déclaration sur l'état de ce royaume, et il sera fait un rapport semblable sur celui de la Suède. Le roi demandera aux membres du conseil leur opinion, que chacun d'eux donnera séparément, pour être insérée au procès-verbal, sous la responsabilité que prescrit la constitution. Alors le roi aura le droit de prendre et d'exécuter la résolution qu'il jugera avantageuse à l'État.

« Art. 6. Si le roi, venant à mourir, l'héritier présomptif du trône est encore mineur, les conseils d'État de Norwége et de Suède se rassembleront aussitôt pour régler en commun la convocation pour la diète de Norwége et la diète de Suède.

« Art. 7. En attendant que les représentants des deux royaumes soient rassemblés et aient établi une régence pendant la minorité du roi, un conseil d'État, composé d'un nombre égal de membres norwégiens et suédois, gouvernera, sous le nom de régence par intérim de Norwége et de Suède, les deux royaumes, en se conformant à la constitution respective. Ce conseil d'État sera formé de dix membres de chaque royaume.

HISTOIRE DE DANEMARCK

Origine des Danois. — Temps barbares. — Expéditions des Pirates Danois. — Rois de l'époque barbare. — Maison d'Estridson. — Maison d'Oldenbourg. — Maison de Holstein.

Depuis les temps les plus reculés Jusqu'à nos jours.

Il n'est pas en histoire de sujet plus controversé que l'origine des Danois. On s'accorde généralement, toutefois, à les regarder comme les frères de ces redoutables Cimbres qui, après avoirmenacé la fortune de Rome, succombèrent à Pourières et à Verceil sous les coups de Marins. Rélégués dans des contrées froides et pauvres, ils étaient forcés de s'expatrier annuellement, pour chercher dans la piraterie et le pillage les moyens d'existence que leur refusait le sol ingrat de leur patrie. Charlemagne vainquit les tribus danoises voisines de la Germanie ; Louis le Débonnaire leur envoya un missionnaire; mais jusqu'au dixième siècle ces peuples restèrent fidèles au culte farouche d'Odin, qui était aussi regardé comme leur premier roi et leur législateur.

Déjà, du temps de Charlemagne , leurs barques armées

LES DANOIS PIRAÏKS (aVANT LE ^\^ SIÈCLE). 329

étaient venues insulter les côtes de la Gaule, et l'on prétend que le grand roi versa des larmes, en piévoyant les maux que les pirates du Nord réservaient à son empire. Ce fut, néanmoins, du côté de l'Angleterre que se dirigèrent surtout les incursions des Danois ^ Tandis que les Normands remontaient la Seine , assiégeaient Paris , et s'établissaient enfin dans le duché qui porta leur nom , l'Angleterre voyait entrer souvent dans ses ports les flottes de barques à deux voiles, que le vent d'est poussait en trois jours de la presqu'île du Jutland au sud de la Bretagne.

Les soldats de chaque flotte obéissaient à un chef unique dont le vaisseau se distinguait des autres par quelque ornement particulier. C'était le même chef qui commandait encore lorsque les pirates débarqués marchaient en bataillons, soit à pied, soit à cheval. On le saluait du titre de roi ; mais il n'était roi que sur mer et dans le combat ; car, à l'heure du festin, toute la troupe s'asseyait en cercle ; et les cornes remplies de bière passaient de main en main sans qu'il y eût ni premier ni dernier. Les plus renommés de ces aventuriers étaient appelés fo/s de mer. « Ceux-là, disent leurs poètes, n'avaient jamais dormi sous un toit de planches, ils n'avaient jamais vidé la coupe auprès d'un foyer abrité. »

Le roi de mer savait gouverner le vaisseau comme un bon cavalier manie un cheval ; il courait pendant la manœuvre sur les rames en mouvement, lançait, en jouant,

1 On donne plus spécialement le nom de Danois aux pirates qui venaient du Danemarck et des îles de la Baltique, et celui de Norniands aux pirates de la Norwége; mais il est inutile de dire qu'ils furent souvent, mêlés et confondus.

330 HISTOIBE DE DANEMARCK.

trois piques au sommet du grand mât, et alternativement les recevait dans sa main. Égaux sous un pareil chef, supportant légèrement leur soumission volontaire et le poids de leur armure de mailles, les pirates danois cheminaient gaiement sur la route des Cygnes^ comme disent leurs vieilles poésies nationales. Les violents orages des mers du Nord dispersaient et brisaient leurs frêles navires ; tous ne rejoignaient pas le vaisseau du chef au signal de ralliement; mais ceux qui survivaient au naufrage n'en avaient ni moins de confiance ni plus de souci ; ils se riaient des vents et des flots qui n'avaient pu leur nuire : « La force de la tempête, chantaient-ils, aide le bras de nos rameurs; l'ouragan est à notre service, il nous jette où nous voulons aller. »

Après de nombreuses expéditions en Angleterre, ces intrépides barbares avaient conquis sur les Saxons, en 871, trois des sept provinces de l'Heptarchie : le Northumberland, l'Estanglie et la Mercie i. Quelques années plus tard, ils dominaient sur tout le royaume, mais en 878, ils furent complètement battus à Ethandun, par Alfred le Grand, et rejetés sur leur territoire. Godrun, leur roi, obtint la paix en promettant d'embrasser le christianisme.

Alfred, profitant de la paix, réparait les villes ruinées par la guerre, agrandissait et embelhssait Londres, sa capitale, élevait des forteresses pour couvrir le pays, formait une milice régulière, etc., lorsqu'en 885, le fameux roi de mer Hasting apparut sur les côtes de l'Estanglie, soutenu par deux escadres nombreuses. Les Danois, entraînés par l'amour du pillage et par la puissance des souvenirs, oublièrent les serments solennels que Godrun avait faits sur

* Voir, pour plus de détails, V Histoire d'AuglcIcrre, patres 20 et suiv.

HASTl.M. (800-934). 331

la croix du Christ. Ils saluèrent les nouveaux venus comme des frères, abandonnèrent les champs qu'ils labouraient, et détachèrent du poteau enfumé leur grande hache de bataille, ou la massue hérissée de pointes de fer, qu'ils appelaient Vétoilc du matin. Peu de temps après, les Danois des rives de l'Humber descendirent vers le sud, pour se joindre, avec les hommes de l'Estanglie, à l'armée du fameux roi de mer, Hasting. Cekii-ci prenant, comme disaient les poètes du Nord, l'Océan pour demeure, passait sa vie à naviguer du Danemarck aux îles Orcades, des Orcades en Gaule, de Gaule en Irlande et d'Irlande en Angleterre.

Hasting fut défait, dans plusieurs batailles, par le roi Alfred. Une partie de son armée se retira cbez les Danois du Northumberland , une autre partie s'incorpora aux Danois de l'est ; les plus pauvres radoubèrent leurs navires, et suivirent leur chef infatigable à de nouvelles expéditions. Ils passèrent le détroit de la Gaule, et remontèrent le cours de la Seine. Hasting, du haut de son vaisseau, ralliait sa troupe au son d'un cor d'ivoire qu'il portait au cou, et que les habitants de la Gaule surnommaient le tonnerre. Du moment que ces sons redoutés se faisaient entendre au loin, le serf gaulois quittait le champ où il était attaché, pour s'enfuir au fond de la forêt voisine, et le noble Frank , saisi de la même terreur , levait les ponts de son château-fort, courait au donjon faire la revue des armes, et ordonnait d'enfouir les tributs en argent qu'il avait. amassés.

Sous les successeurs d'Alfred, les pirates danois laissèrent quelque trêve aux Anglais. En 934, ils furent même complètement battus à Brunan-Burg, par le roi saxon Athelslane , qui régna le premier sur toute l'Angleterre ;

332 mSTOIBE DE DANEMAKCK.

mais forcés, pour quelques années, au repos, les Danois acquirent de nouvelles forces. C'est l'époque où leur histoire acquiert quelque certitude, où de véritables souverains remplacent en Danemarck tous les petits rois qui, jusque-là, vivaient libres et indépendants.

Le premier de ces souverains fut Gorm ou Germ le vieux, qui laissa pour successeur un fils connu sous le nom d'Harald à la Dent Bleue (935). Vaincu sous les murs de Sleswig par l'empereur Othon I*^^^ Harald accepta des missionnaires et se fit chrétien ; mais une réaction païenne mit sur le trône, en 980, Sven ou Suénon I"', son fds, qui détruisit les égUses chrétiennes, et, reprenant le métier de pirate, débarqua dans le Northumberland, accompagné d'Olof, roi des Norwégiens (990). Les deux souverains remontèrent l'Humber et remportèrent une grande victoire, grâce à la défection de trois princes northumbriens, Danois d'origine. Ils osèrent ensuite s'engager dans la Tamise, et mettre le siège devant Londres ; mais leurs bandes, repoussées avec perte par les bourgeois, allèrent porter la désolation dans toutes les provinces, jusqu'à ce que le roi saxon, Éthelred, eût acheté leur départ au prix de 16,000 livres.

Le souverain de la Norwége, Olof I^r, Trygvason, converti par un ermite, s'occupa désormais de protéger le christianisme dans ses États. Suénon, toujours hostile aux chrétiens, lui déclara la guerre, le délit en pleine mer, et lui donna l'Océan pour tombeau (1,000). Cette rivalité des deux princes Scandinaves laissait quelque répit aux Anglais, qui en profitèrent pour conjurer la ruine des Danois étal)lis dans la Bretagne. Une conspii-ation tramée dans le plus grand secret éclata tout à coup Icjour de saint Brice de l'année 1003. Ce jour, à la même heure, tous les Danois de

CAINIIT Ui (HIAND (ÎJ34-1017). 333

la dernière invasion, hommes, femmes, enfants, furent assaillis et massacrés dans leurs demeures.

Pour punir ce qu'il appelait la trahison du peuple ani^lais, le roi danois Suénon assemhla la plus nomhreuse armée de pirates qu'on eût encore vue, et déharcjua sur Ic^s (îôtcs d'Angleterre dans Tannée 1004. La lâcheté d'Ethelred mit à bout, cette fois, la patience des Anglais. Au lieu de défendre la patrie commune, ce prince l'écrasait d'impôts pour payer aux Danois un nouveau tribut ( Dancglicld) de 24,000 livres : bientôt toutes les provinces, voyant qu'on leur préparait un esclavage inévitable, se soumirent volontairement à la domination des Danois. Suénon prit le titre de roi de toute l'Angleterre, sans aucune opposition : Étheired abandonné passa en Gaule , chez son beau-frère, le duc de Normandie (1014).

Les Anglais devenus sujets de l'étranger, regrettèrent bientôt le prince qu'ils avaient répudié. Pendant que les soldats danois appelaient au trône Canut (Knut), fils de Suénon mort en 1014, les Anglo-Saxons, de leur côté, rappelaient Étheired de l'exil. L'Angleterre réunie un moment sous le sceptre danois de Suénon, se trouva divisée de nouveau entre les Danois et les Anglo-Saxons. A la mort d'Ethelred, survenue dans l'année 1016, ceux-ci choisirent pour roi son fils naturel, Edmond Côte de fer^ qui, en raison de sa bravoure, fut préféré aux deuxlils légitimes d'Ethelred demeurés en Normandie.

Edmond, relevant le courage du peuple anglais, livra cinq grandes batailles aux Danois et leur reprit Londres; mais il fut battu à Asington, et forcé de consentir au partage des provinces. La Tamise devint la limite des deux royaumes ; malheureusement pour l'indépendance des Anglo-Saxons, Edmond mourut, dès l'année 1017, victime

334 HISTOIRE DE DANEMAKCK.

d'un assassinat. Canut franchit aussitôt la limite qu'il avait juré de respecter, déporta les fils d'Edmond en Scandinavie, proscrivit ses parents et ses amis , et se fit proclamer roi de toute l'Angleterre (1017).

Affermi dans son pouvoir. Canut se montra digne du surnom de Grand, autant par son habileté à concilier les intérêts des vainqueurs et des vaincus , que par ses exploits guerriers. Comme s'il avait voulu réparer les persécutions que ses compatriotes avaient fait subir à l'église, il surpassa dans sa munificence envers le souverain pontife tous les rois anglo-saxons. En témoignage de sa déférence proi'onde pour les successeurs du prince des apôtres, il soumit toute l'Angleterre à un tribut perpétuel au profit de l'église romaine, qu'on appela denier de saint Pierre-^ mais, en même temps, sa charité inépuisable, ses lois sages et libérales, lui conciliaient l'affection des Anglais, et lui permettaient de donner carrière à son ambition.

Canut s'empara d'une partie de l'Ecosse, tandis que ses généraux, et parmi eux le saxon Godwin , enlevaient la Norwège àOlof le Saint. Ainsi maître d'une triple couronne, il prenait le titre d'empereur du Septentrion, roi des rois, lorsque la mort vint le frapper au faîte des prospérités (1035). Ce prince séjourna très peu dans son royaume de Danemarck, où l'on prétend qu'il jeta les premières bases de la féodalité. Cette contrée lui dut ses progrès encore faibles dans l'agriculture, et ses premières lois écrites.

Canut laissait trois fils : deux d'un premier lit, Suénon et Harald ; un troisième du nom d'Harde Knut, né de son mariage avec Emma, veuve du saxon Éthelred. Canut avait, en mourant, exprimé le désir que ce dernier lui succédât en Angleterre; mais comme HardeKnut se trouvait alors en Danemarck, où il fut proclamé roi, les Danois

HARDE-KWLT (1017-107G). 335

d'Angleterre élevèrent au trône Harald, tandis que Suénon recueillait la couronne de Norwége.

Celui-ci fut bientôt chassé ( 1036) et céda la Norwége à Magnus I^r, fils d'Olof le Saint. En vain HardeKnut essayat-il de lui reprendre ce royaume. Après une lutte violente, les deux souverains signèrent un arrangement qui accordait au survivant d'entr'euxle droit de régner sur le Danemarck et sur la Norwége : Harde Knut partit ensuite pour l'Angleterre, où, depuis la mort d'Harald, il était appelé par le vœu des Danois et des Anglo-Saxons. Loin de reconnaître l'appui qu'il avait trouvé chez ces derniers, le nouveau roi les accabla d'impôts. Bientôt la haine et le désespoir réveillèrent le désir de l'indépendance dans le cœur des vaincus ; Godwin, à la tête de sa nation, avait déjà levé l'étendard de la révolte, lorsque Harde Knut mourut subitement en 1042. Avec lui finit la dynastie des princes danois en Angleterre. A sa mort, les Anglais reçurent avec enthousiasme Edouard, surnommé le Confesseur, fds d'Éthelred et d'Emma.

D'après la convention passée entre Harde Knut et Magnus, roi de Norwége, ce dernier fut aussi reconnu roi de Danemarck. Un prince danois, Suénon H, Estridson, ({u'il chargea du gouvernement en son absence, se rendit ])ientôt indépendant. Magnus confirma cette usurpation par l'abandon qu'il fit à Suénon de ses propres droits à la couronne de Danemarck ( 1 047 ) ; mais le successeur de Magnus , Harald le Sévère , protesta contre une renonciation qui blessait les droits de la Norwége, et combattit dixsept ans pour le triomphe de ces droits. Suénon, sorti avec bonheur de sa lutte contre Harald, légua à ses fils le trône de Danemarck (1076). Il n'avait pas laissé de postérité légitime, mais de nombreux enfants naturels. Cinq d'entre

336 HISTOIRE DE DANEMAECfe.

eux, Harald, Canut II le Saint, Olof , Érick , Nicolas, lui succédèrent à la suite l'un de l'autre (1 076-1 135). Ardents apôtres du christianisme auquel Suénon, leur père, s'était converti, ils tentèrent plusieurs expéditions maritimes contre les païens de la Courlande et de l'Esthonie, ouvrant ainsi à Waldemar 1^^ la voie glorieuse où il devait s'illustrer ' .

Waldemar P% lils de Canut le Saint, obtint le surnom de Grand et le mérita. Il poursuivit avec une nouvelle vigueur la guerre implacable que son père et ses oncles avaient commencée contre les pirates indomptés des côtes voisines. Le triomphe du christianisme était le fond de ces luttes obscures, et les pirates danois s'étaient transformés en guerriers civilisateurs (1 1 57-1 172). « Il semble, en effet, dit un écrivain, que ce qui restait du vieux monde païen, se fût mis sur les flots, pour mieux résister à son triomphant ennemi. » Waldemar subjugua le prince de Julin et pilla sa ville. Il pénétra dansl'ile de Rugen, le plus respecté des sanctuaires de l'idolâtrie, et prit d'assaut Arcon, capitale de l'île. Le vainqueur y trouva une statue monstrueuse portant quatre têtes et tenant à la main une corne que son prêtre remplissait tous les ans d'un vin pur. Elle fut mise en pièces et le femple rasé : \\ aldemar brisa ensuite les fers des esclaves chrétiens, et abolit les sacrifices humains. Ces occupations ne l'empêchèrent point d'intervenir dans les affaires de l'empire. Il s'unit au duc de Saxe, Henri le Lion, pour obtenir le serment du roi des Obotrites (Mecklembourg). Plus tard les Danois débarquèrent dans la Poméranie citérieure , prirent Stettin et fondèrent Dantzick (1172).

' On compte, entre Nicolas et Waldemar, deux souverains obscurs Erick 1] et Erick III (1135-1157). •

WALDEMAK II (107G-1 :>23). 337

Ces conquêtes se bornaient à la possession des rivages, et à la domination de la mer Baltique. La Séélande et la Scanie durent à Waldemar leurs premières lois écrites. La ville de Copenhague fut fondée, mais ce n'était encore qu'une simple forteresse destinée à protéger la population contre les pirates.

Les 111s de Waldemar I''", mort en 1182, suivirent ses traces avec succès. Canut YI ' ol)tint l'hommage des Vandales, des Poméraniens et des Mecklembourgeois. 11 partagea la IJvonie et l'Esthonie avec les chevaliers Porte- Glaives et commença la conquête du Holstein, qu'on nommait les Poumons de la Saxe, en subjuguant la petite tribu des Dithmartes et la ville de Hambourg (1201).

Waldemar II, son frère, surnommé le Victorieux, lui succéda en 1202 et fut le héros des Danois. Il se vit au moment de constituer dans le Nord un vaste empire Scandinave. Il acheva la réduction du Holstein, et après la destruction du puissant duché de la Saxe, rempart de la Germanie Septentrionale, il succéda aux droits de l'empire sur toutes les contrées situées au delà de l'Elbe et baignées par la mer Baltique. Le victorieux monarque s'étendit depuis le Jutland jusqu'au fond de l'Esthonie, où il assura sa domination en bâtissant les forts de Revel, de Wlsemberg et de Narva (1219) : ses conquêtes furent érigées en royaume de Vandalie. Un simple accident trahit sa fortune : le comte de Schwérin, qu'il avait outragé dans son honneur, le surprit et l'enferma dans une forteresse (1223). Ce fatal événement rendit tous les peuples tributaires à l'indé-

5 Canut, iils de Waldcmai' l", sixième du nom, n'est pas le sixième roi du nom de Canut qui ait régné en Danemarck. (Voir les observations déjà faites à ce sujet, llinloire de Suède.)

338 HISTOIBE DE DAINEMARCK.

pendance. L'empire germanique ressaisit sa suprématie , les petits princes vandales et les chefs des contrées récemment soumises se soulevèrent. Après avoir langui trois ans dans les fers, Waldemar fut obligé de souscrire à un traité si désastreux, que de ses anciennes possessions il ne lui resta plus qu'une portion de la Prusse et l'île de Rugen. Rendu à la liberté, il voulut recouvrer ce qu'il avait perdu. Mais la bataille de Bornhovède livrée contre les vassaux de la Saxe, du Holstein, de l'Oldenbourg et du Mecklenbourg confirma la décadence des Danois. Waldemar II y fut vaincu par la trahison des Dithmarses, et perdit un œil dans la mêlée (1227).

Une période de divisions sanglantes suivit le règne de Waldemar II (1241). Les grands voulaient ravir à la couronne cette prépondérance inconnue jusqu'alors qu'elle avait usurpée ; le clergé se montrait avide de transformer l'autorité ecclésiastique en souveraineté politique. Les ducs de Sleswig, les régents de Lubeck, les comtes de Holstein, de Schwérin se coalisèrent à plusieurs reprises et les trois lils de Waldemar, Érick IV , Abel et Christophe V^^^ périrent l'un après l'autre de mort violente (1250-1259). La centrahsation précoce du pouvoir absolu n'avait pu subsister. On vit alors un archevêque deLunden, Jean Grand, audacieux rebelle, bâtir des forteresses, lever des impôts et des armées pour combattre ses souverains.

La puissance royale continua à décliner au sein des guerres étrangères et des soulèvements intérieurs. Érick V, lils de Christophe l*^^\ Érick YI et Christophe II lils d'Érick V cédèrent aux diflicultés. Ils élargirent les immunités des nobles, et affranchirent les évêques de la subordination temporelle ( 1 259-1 340 ). A l'avènement de Waldemar m, fils de Christophe II (1340), l'État, plongé dans

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