‹ Russie, Pologne, Suède et NorwègeChapitre 76 sur 77 · LIGUE DE CALMAR · texte numérisé non relu

LIGUE DE CALMAR

l'anarcliie , était partagé entre six princes indépendants.

Waidemar 111 eut la i;loirc de restaurer la monarchie danoise. 11 raciieta leHosltein et acquit les îles de Gothland et d'Aland sur les Suédois (1365). La Scanie, avec la forte ville d'Elsinbourg, fut reprise au même peuple par la force des armes ; les îles de Langeland et d'Arsen revinrent à la couronne.

Ces succès rapides soulevèrent la jalousie delà ligue anséatique qui ourdit deux grandes coalitions contre le monarque danois. 11 en triompha par l'habileté de sa politique plutôt que par les armes. Après s'être sincèrement réconcilié avec le roi de Suède , Albert de Mecklembourg, il laissa le trône à sa fille, Marguerite, déjà mariée au roi de INorwége , Hakan VIII. Waidemar III était le dernier descendant mâle de Suénon Estridson (1375).

On a déjà vu ' comment Marguerite appelée plus tard au trône de Suède, et réunissant sur sa tête les trois couronnes de Suède, de Norwége et de Danemarck, parvint à fonder, en 1397, la célèbre ligue de Calmar, qui pouvait devenir la base d'un empire fornndable. Mais le neveu de Marguerite, Érick VII, le Poméranien, qui lui succéda en 1412 , ne put faire régner dans la ligue l'harmonie nécessaire à toute puissance durable. Il fut déposé en 1439. Les dissensions devinrent plus vives sous Christophe de Bavière (1440). A sa mort (i448), les Suédois commencèrent la rupture et se donnèrent pour roi Charles Bonde. Peu après, les Danois, de leur côté, portaient au trône Christian I^r^ chef de la maison d'Oldenbourg.

Le règne de Christian I*^'' ne fut qu'une longue suite de

1 Voir l'époque correspondante de l'iiisloire de Suède et de Norwége.

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guerres contre la Suède '. Les Danois, grâce au secours de l'archevêque d'Upsal, Joens Oxenstiern, rétablirent deux fois leur domination sur ce pays ( 1457, 1465), et furent deux fois chassés par le pm-ti de la noblesse et du peuple. Cependant les successeurs de Christian, Jean et Christian II ou Christiern, renouvelèrent un instant l'union calmarienne (1497, 1520). Ce dernier prince, qu'on a appelé le Néron du Nord, et dont les crimes soulevèrent la Suède, essaya de lutter, en Danemarck, contre le clergé et la noblesse tout puissants dans ce royaume. Deux codes qu'il publia supprimaient la juridiction temporelle des évêques, défendaient de piller les effets naufragés, ôtaient aux seigneurs le droit de vendre les paysans, et permettaient au paysan maltraité de quitter la terre de son seigneur.

En agissant ainsi, Christiern n'avait pas calculé la foi'ce du parti qu'il irritait. Les nobles et les évêques, dépouillés de leurs plus précieux privilèges, déclarèrent Christiern déchu du trône (1523), et offrirent la couronne au frère de son père, Frédéric l*^^\ duc de Holstein. Mais après ce triomphe commun du clergé et de la noblesse, les nobles se séparèrent des prêtres , et favorisèrent la prédication des doctrines luthériennes, qui furent bientôt dominantes dans leDanemai'ck. Les États-généraux d'Odensée (1527) décrétèrent laliberté de conscience, abolirent le célibat ecclésiastique, et brisèrent tout lien entre le clergé danois et le siège de Rome.

Christiern qui s'était réfugié dans les Pays-Bas crut qu'il pourrait profiter de cette révolution, en associant sa cause à celle de la religion catholique. Avec le secours de plusieurs princes d'Allemagne, de Charles-Quint et de

1 Voir l'époque conespoiidaiitt' de Fliistoire de Suède. i . . ,

CilRlSTUN 111 (14J8-1Ô34). . 341

quelques inarehands hollandais, il équipa une flotte, débarqua sur les côtes de la Nor\véi»e encore catholique et hostile à Frédéric, et pénétra de là en Suède. Repoussé, et obligé de se renfermer dans Opslo, il se rendit aux danois, qui lui promirent la lil)erté, et le tinrent enfermé \'ini;t-neuf ans dans le don jon de Soenderbourg, sans autre compagnie qu'un nain.

A la mort de Frédéric I*'»" ( 1'j34 ), les évéques tentèrent un effort pour prévenir leur ruine imminente. Ils essayèrent de porter au trône Jean, le plus jeune des deux fils de ce prince, âgé de huit ans, qui n'était pas encore prévenu en faveur du luthéranisme comme son aîné, Christian lîl. On faisait valoir que cet enfant, né en Danemarck, parlait dès le berceau la langue du pays, tandis que son frère, né dansleHolstein, était considéré comme un Allemand. Cette lutte des évêques contre la noblesse, de la foi catholique contre la nouvelle doctrine , du patriotisme danois contre l'influence étrangère, éveilla l'ambition des Lubeckois qui espérèrent, à l'aide des discordes intérieures, conquérir et démembrer le Danemarck. Ils confièrent la conduite de cette guerre à un aventurier illustre, le comte Christophe d'Oldenbourg , qui s'était signalé contre les Turcs. Il n'avait que son nom et son épée, mais il se consolait, dit-on, de sa pauvreté, en lisant Homère dans l'original. Il entra dans le Danemarck en soulevant les classes inférieures au nom de Christiern, toujours prisonnier, nom magique qui ralliait les catholiques et les paysans. Tout était tromperie, dit M. Michelet, dans cette guerre machiavélique : les démocrates de Lubeck nommaient au peuple Christiern, et ne pensaient qu'à eux-mêmes ; leur général Christophe ne travaillait ni pour Christiern ni pour Lubeck, mais pour ses propres intérêts. Les calamités de cette ré-

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A oliition furent telles que la guerre du comte est restée une expression proverbiale enDanemarck (1534).

L'effroi général rallia tous les esprits à Christian III, fils aîné de Frédéric I«^ Le sénat retiré dans le Jutland qui seul lui restait, appela le jeune prince du Holstein , où il s'était retiré ; Gustave Wasa lui prêta des secours avec lesquels il assiégea Lubeck elle-même , et la força de rappeler ses troupes. Les paysans, partout battus, perdirent l'espoir de la liberté; Christian III reprit Copenhague à Christophe d'Oldenbourg, après un long siège (1536); le sénat fit arrêter les évêques , les dépouilla de leurs biens, et leur substitua des surintendants chargés de propager les doctrines de Luther. Ainsi s'éleva le pouvoir absolu de la noblesse par la défaite du clergé et des paysans.

Christian III reconnut le trône électif, promit de consulter le grand-maître du royaume, le chancelier et le maréchal, qui devaient recevoir les plaintes contre le roi. La noblesse danoise décida que la Norwége ne serait plus qu'une pro- \ ince du royaume ; le protestantisme y fut établi, et le puissant archevêché de Drontheim étant devenu un simple évêché, l'ancien esprit de résistance contre la domination du Danemarck cessa de se manifester (1537).

La révolution rehgieuse et politique du Danemarck s'affermit ainsi partout, et Christian III, en mourant, put transmettre, sans obstacle, le trône à son fils, Frédéric II (1559). Ce prince , en dépit des prétentions toujours plus impérieuses de la noblesse, gouverna le royaume avec bonheur et habileté. Sous son règne, toutefois, le Danemarck voulant profiter des troubles intérieurs de la Suède, se laissa entraîner contre cette puissance à une guerre également funeste aux intérêts des deux pays (1563). Victorieuse sur mer où sa marine avait acquis une supériorité

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décidée, la Suède essuya, sur terre, de nombreux échecs : à la bataille de Svarterace, notamment , quatre mille Danois triomphèrent de vingt-cinq mille Suédois.

La lassitude des combattants termina, par la paix de Stettin (1570), la longue querelle qui durait entre les deux royaumes depuis la rupture de l'union de Calmar. Le monarque danois consacra, dès lors, tous ses soins à faire fleurir les sciences, les arts et l'industrie. Pendant que Peder-Oxe restaurait l'agriculture et les finances complètement épuisées par les divisions intestines, Ïycho-Brahé prenait rang parmi les plus grands astronomes modernes ; Daniel de Rantzau s'illustrait comme guerrier, diplomate, poète et histoi'ien.

Frédéric II enlevé en 1588 à l'affection de ses sujets, laissa la couronne à un enfant de huit ans, Christian lY, dont la jeunesse fut confiée aux soins de quatre membres du sénat. On a vu souvent des tuteurs intéressés, prolonger l'enfance de leurs pupilles : Christian IV échappa à ce danç;er. Son esprit formé par des études sérieuses , son cœur nourri dans la vertu, développèrent chez, lui le génie précoce du gouvernement, et malgré de fréquents revers de fortune , le placèrent au nombre des plus grands rois de Danemarck. Son administration intérieure fut un modèle d'économie et de vigilance ; il visita toutes les provinces de son empire et fit même un voyage en Laponie. La marine danoise, restaurée par lui, le compta parmi ses amirauxles plus habiles; et si sa gloire fut éclipsée comme général, il ne faut pas oublier quels étaient ses rivaux : Gustave-Adolphe et Wallenstein.

Le premier, attaqué en 1611 par les Danois dont les prétentions mal éteintes sur la Suède se réveillèrent encore une fois, dégagea Calmar assiégé, pénétra en Danemarck,

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et imposa la paix à Christian IV. Le second défit Cliristian à Kœnigslutter, lorsque ce prince appelé au secours des protestants d'Allemagne, eût pris leur défense contre l'empereur, dans la terrible guerre de trente ans (1625-1629). Wallenstein \ ainqueur soumit la Pom.éranie et menaçait le Danemarck, lorsque Christian, pour sauver son propre royaume, renonça en 1629, par la paix de Lubeck, au rôle de défenseur de l'Allemagne protestante , rôle illustre et dangereux qui fut glorieusement rempli par Gustave- Adolphe.

Le fils de Christian IV , Frédéric III, fut élu roi , après son père, grâce aux nouvelles concessions qu'il fit à la noblesse, et qui bornèrent de plus en plus l'autorité royale (1648). Sous son règne, une nouvelle lutte éclata entre le Danemarck et la Suède. Le roi de Suède Charles X, fier de conduire les vieilles bandes de Gustave- Adolphe, avait mis la main sur les principales villes de Pologne , lorsque le Danemarck, ému de ces conquêtes menaçantes pour l'indépendance du Nord, lui déclara subitement la guerre (1 657). Charles qui, malgré sesbrillants succès en Pologne, voyait son armée s'épuiser dans un pays ruiné, saisit l'occasion qui s'offrait de déplacer le théâtre des hostilités. Il passa rapidement en Pom.éranie, et tandis que les Danois pensaient lui fermer la retraite par Dantzick qu'ils occupaient avec leur flotte, le roi de Suède entre dans le Holstein, rencontre, bat et fait prisonnier le général danois Kerber, puis, couronnant cette campagne par une manœuvre d'une hardiesse inouïe, il traverse les glaces du Sund, et vient porter l'effroi jusque dans Copenhague.

Dans cette extrémité le Danemarck s'empressa de solliciter la paix. Elle fut conclue le 7 mars 1 658, et valut à la Suède les provinces de Halland, de Blecking et de Scanie ;

LOI DU KOI (16n-I()Gl). 345

mais Charles se repentit bientôt de n'avoir pas achevé son ennemi, lorsqu'il le tenait à sa discrétion : après avoir inutilement proposé aux Anglais et aux Hollandais le partage du Danemarck, il se décida à recommercer la guerre. Le 8 août 1 058, il aborda inopinément en Séélande.

Charles X ne s'avança pas cette fois avec sa rapidité habituelle , et lorsqu'il arriva devant Copenhague , le roi de Danemarck , Frédéric III , avait eu le temps de préparer la défense de sa capitale. Deux assauts terribles des Suédois ayant été repoussés avec vigueur, Charles, désespérant de prendre la place , se disposait à aller porter la guerre en Norwége, lorsqu'il mourut en 1660.

La mort du roi de Suède fut suivie d'une paix définitive signée à Copenhague le 17 mai 1660. Les Danois témoins du courage et de l'énergie déployés par Frédéric III durant le siège de cette place, s'étaient pris pour leur souverain d'un attachement sans bornes que celui-ci sut mettre à profit, dans l'intérêt de son pouvoir. Assuré du dévouement des classes inférieures de la nation, il résolut de les opposer aux nobles dont le joug tyrannique abaissait la royauté. Grâce au concours que lui prêtèrent dans la diète les députés des villes , des campagnes et du clergé , il y fit passer une proposition qui enlevait aux nobles le droit d'élire les souverains, rendait le trône héréditaire, dégageait le roi de toutes ses obhgations envers ses sujets, et l'investissait d'un pouvoir sans contrôle qui changeait la république aristocratique du Danemarck en la monarchie la plus absolue qui fut jamais. C'est un spectacle sans doute unique dans l'histoire que celui d'une nation courant ainsi de son plein gré au devant du despotisme, sans réserver pour elle-même aucun droit, aucune garantie; mais la diète de 1661 ne fut guidée que par un seul sentiment, la haine de la noblesse.

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Elle ne \it dans la loi du roi qu'un moyen dé briser le joug de ce corps détesté, et souscrivit aveuglément à toutes les mesures qui ruinaient son autorité.

Lorsque les résolutions de la diète eurent été portées aux nobles et aux sénateurs, ceux-ci réclamèrent un court délai pour délibérer à leur tour. Le président de la diète, Nausen, bourgmestre de Copenhague, leur déclara que la décision dont il les avait saisis était irrévocable, et qu'ils eussent seulement à l'adopter; en même temps, les habitants de la capitale se tenaient en armes autour du sénat, de sorte que la noblesse, incapable de tenter un combat, dut se résigner à la révolution qui s'était accomplie sans elle et contre elle.

La nouvelle loi fondamentale de l'État, connue sous le nom de loi du roi^ portait dans son préambule : « Frédéric III , par la grâce de Dieu, roi de Danemarck et de Norwége , savoir faisons : qu'instruit par l'exemple des autres, et par notre propre expérience, de la merveilleuse sagesse avec laquelle Dieu gouverne tous les empires et règle leurs destinées, nous reconnaissons que c'est à sa toute-puissance que nous devons rapporter la délivrance du péril pressant qui menaçait d'une ruine prochaine notre personne, notre famille royale , nos royaumes et nos provinces. C'est par les soins de sa providence que notre sénat et les États du royaume , ont résolu de renoncer au droit d'élection qui leur appartenait. En conséquence, ils ont trouvé bon de nous remettre toutes les copies de la capitulation que nous avions signée, et d'en annuler toutes les clauses et conditions, nous déchargeant du serment que nous fîmes en parvenant au trône et nous déclarant absolument libre de toutes les obligations qu'il nous imposait. Les susdits États, de

KRKOKRTC IV (1001-1712). 347

« leur plein gré et propre mouvement, sans aucune solli- « citation de notre part, nous ont en même temps donné, « à titre de droit héréditaire pour nous et nos descendants, « nos royaumes de Daneniarck et de Norwége, avec tous « les droits du pouvoir souverain, pour les exercer d'une « manière absolue... à quoi ils ont ajouté le pouvoir, non « seulement de régler, selon notre bon plaisir, la forme du « gouvernement pour l'avenir, mais de déterminer encore « celle delà succession. »

Frédéric III mourut en 1 070, laissant une mémoire chèi-e aux Danois. Son fils, Christian V, ami du faste et de la magnificence, essaya de relever l'éclat de sa couronne, en déclarant la guerre à la Suède ( 1075 ). La marine danoise resta victorieuse dans les célèbres batailles d'OEland, de Gothlandet deKioge,tandisqueleroi deSuède, Charles XI, battait complètement sur terre Christian , à Lunden et à Landskroon. L'intervention de la France rétablit la paix entre les deux souverains (1079), mais la lutte recommença sous le successeur de Christian, Frédéric IV, son fils(l 099) . Ce prince espérait , à la suite de brillants succès , s'emparer du Holstein, lorsque Charles XII, accourant au secours du duc de Holstein , son beau-frère , parut , rapide comme l'éclair, devant Copenhague, et imposa à Frédéric le traité de paix de Travendahl (1700). Après la bataille de Pultavsa, le roi de Danemarck, qui supportait impatiemment la honte de ce traité, se joignit aux nombreux ennemis de la Suède, et jeta une armée danoise dans la Scanie, mais cette armée fut deux fois battue par le général Stembock, et la guerre se continua sans autres alternatives jusqu'à la mort de Charles XII.

Précédemment, Frédéric s'était rendu maître d'une pai*tie du Sleswig, qui appartenait au duc de Holstein-Gottorp

3 J8 HISTOIRE DE DANEMARCK

(1 7 î 3). J! légua ce duché avec la couronne à son fils Christian VI (1730), qui infidèle à la politique de soit père et de son aïeul, sembla rechercher l'appui des nobles, et se montra peu favorable aux paysans. Le fils de Christian, Frédéric V, signa en 1756, avec le duc de Holstein-Plœn, un traité par suite duquel les possessions de ce dernier durent faire retour au Danemarck , à la condition que ses dettes seraient payées, et qu'à sa mort on assurerait un sort lionorable à sa femme et aux princesses ses filles. C'est ainsi que le Holstein fut réuni au Danemarck , sans cesser d'être un État allemand (1761).

Christian Vil , né d'un premier mariage de Frédéric V, ceignit la couronné en 1766, et épousa, la même année , Caroline-Mathilde de Brunswick , sœur du roi d'Angleterre, Georges III. Christian, au lieu de conserver à la tête des affaires le sage comte de Bernstorf , accorda toute sa confiance à son médecin, le célèbre Struensée. Malte-Brun, dont la jeunesse s'écoula dans le Danemarck, sa patrie, représente Struensée « comme un charlatan allemand, qui dédaignait même de parler danois. Il avait, dit-il, quelques bonnes vues en politique; mais il voulait tout bouleverser, tout refaire. Il joignait un caractère profondément immoral à la plus aveugle confiance dans la fortune. » La présomption, qui caractérisait cet étranger, souleva contre lui la haine de la noblesse ; ses innovations imprudentes blessèrent les classes moyennes, tandis que, par des mesures maladroites, il provoquait le mécontentement des troupes. Struensée avait en outre pour ennemie déclarée Juliane-Marie de Brunswick, seconde femme de Frédéric V, reine douairière et belle-mère du monarque régnant. Celle-ci insinua que la jeune reine , Caroline-Mathilde , entretenait un commerce criminel avec Struensée; la haine

BOMBARDEMENT DE COPENHAGUE (1712-1812). 3 lî)

publique s'empara de ce bruit, et Cbristian VIT, cédant aux instigations de .Iuliane-Marie, signa, déjà atteint d'aliénation mentale, un ordre d'arrestation par suite duquel la jeune reine, Struensée, et Brand, ami intime du ministre, furent saisis et jetés en prison. Livrés au bourreau avec cette promptitude qui exclut toujours la justice, ces deux derniers périrent sur l'échafaud ; la jeune reine fut conduite par une flotte anglaise dans le Hanovre où elle mourut.

Cette révolution, qui éclatait en 1771 , porta à la tête des affaires la reine douairière Juliane-Marie. Elle gouverna le royaume avec autant de bonheur que d'intelligence, jusqu'au jour où le iîls de Christian Vil , Frédéric , renversa son autorité, et prit le titre de régent (1784). Grâce à la politique prudente et éclairée de ce prince, et à la neutralité gardée par le Danemarck, son commerce maritime prit d'immenses développements, pendant les guerres de la révolution. On sait comment l'Angleterre ruina cette prospérité, comment pour punir le Danemarck de son alliance avec la France, imposée par la Russie, une flotte anglaise livra Copenhague, pendant trois jours, à toutes les horreurs d'un bombardement. Le 5 septembre 1807, un armistice fut signé , d'après lequel la citadelle et le port de Copenhague devaient être occupés par les Anglais ; on leur abandonnait, en outre, la flotte composée de dix-huit vaisseaux de ligne, de quinze frégates, de six bricks et de trente-cinq chaloupes canonnières.

Malgré ce désastre épouvantable, Frédéric YI roi eu 1808, par la mort de Christian VII, n'en demeura pas moins fidèle à l'amitié de la France. Même, après la retraite de Moscou, il refusa de se joindre à la coalition armée contre Napoléon. Les puissances aUiées punirent la loyauté du

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prince danois , en lui enlevant, par le traité de Kiel, la Norwége qui fut cédée à la Suède , et l'île d'Héligoland qui passa sous la domination anglaise (1814). A titre de compensation , il est vrai , on lui céda la Poméranie suédoise et l'Ile de Rugen ; mais il restitua le tout à la Prusse qui lui donna en échange le Lauenbourg et une indemnité en argent. Frédéric VI avait précédemment obtenu d'entrer dans la confédération Germanique, comme duc de Holstein. Le souverain du Danemarck y occupe la seizième place, et a trois voix à la diète.

Depuis 1815, époque de la paix générale, Frédéric V[ s'est occupé avec une persévérance infatigable d'affranchir les paysans danois, de rendre la liberté au commerce, de former une arméenationale, d'abolir la traite des nègres dans les colonies danoises , d'organiser les justices de paix, etc. Trop éclairé pour ne pas comprendre que la loi du roi était un anachronisme monstrueux dans ce siècle, il s'est empressé lui-même, par une ordonnance du 28 mai 1831, d'aller au-devant des réformes nécessaires, en instituant deux assemblées d'États provinciaux, chargées de délibérer sur toutes les lois qui auraient pour but une modification dans les droits des personnes ou des propriétés, dans les impôts et charges pubhques.

Frédéric VI est mort en 1839, après un long règne, laissant sa couronne à son fils, Christian VIII.

Ce prince est en ce moment engagé avec ses duchés de Sleswig, de Holstein et de Lauenbourg, dans un débat qui préoccupe vivement toute l'Allemagne. Dans la prévision de l'extinction des mâles dans sa famille, quoique son fils soit dans la force de l'âge, Christian VIII voudrait appliquer à ses trois duchés la loi royale de Danemarck qui, à défaut d'héritiers mâles dans la branche régnante,

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