VIES DE SAINTS ET FABLEAUX
une honnête gaîté, malgré quelques détails un peu crus. Is comptent parmi les meilleurs, les plus littéraires, les plus vivement troussés. Un seul ne peut être qu'indiqué, c’est celui que Legrand d’Aussy intitule, par un euphémisme pudique, « l’Indigestion du vilain », substituant le nom de la cause à celui de l'effet. Rutebeuf y explique comment les vilains, qui, en tant que vilains, sont exclus du paradis, mais que jadis on pouvait recevoir en enfer, ont perdu ce dernier asile. Cette histoire obtint un grand et durable succès, et à la fin du xv° siècle André de la Vigne eut l'audace et l’habileté de la porter à la scène sous le titre de la Farce du Meunier.
La Vengeance de Charlot le Juif est le récit d’une aventure arrivée au ménestrel Charlot {celui qui figure dans la Dispute de Charlot et du Barbier) à la noce du cousin de Guillaume, panetier du comte de Poitiers. Le lieu de l’aventure est Vincennes,
.Séjour habituel du frère de saint Louis. A la suite de
la noce, Guillaume avait été désigné par son cousin pour être le « maître » de Charlot, c’est-à-dire qu'il était chargé de rétribuer les services de Charlot, comme jongleur, pendant les fêtes du mariage. Rendu de mauvaise humeur par la perte récente d’un cheval, il donna au ménestrel, pour tout cadeau, la peau du lièvre à la chasse duquel son cheval avait pris une fièvre mortelle. Charlot se vengea « vilainement » de cette mauvaise plaisanterie.
Qui ménestrel veut engeigner Ferait bien de moult barguigner;
Car moult souventes fois avient
Que celui-là est engeigné
Qui ménestrel engeigner pense 1;
Et s’il remporte bourse vide, |
Je ne vois nul qui bien s’en trouve...
Apprenez ce qui à Vincennes Avint, n’a pas un an entier, À Guillaume le panetier. .
Ce Guillaume, dont je vous conte, Qui est à monseigneur le comte De Poitiers, chassait l’autre jour Un lièvre, car il eut loisir.
Le lièvre, qui les chiens craignait, Moult durement se dérouta, S’enfuit beaucoup et longuement, Et on le chassa durement.
Assez courut, assez alla, Assez gauchit et çà et là.
Mais à la fin je vous dis bien Qu'à force le prirent les chiens :
Pris fut sire Couard le lièvre.
Mais le roussin en eut les fièvres, Et sachez que plus ne les tremble.
Ecorché en fut, ce me semble.
Guillaume son roussin pleura Et mit la peau à essorer.
La peau, Dieu me donne salut!
Coûta plus qu’elle ne valut.
Or nous laisserons là la peau, 11 la garda et bien et bel Jusques au temps que vous orrez :
De l'ouir vous éjouirez.….,
Le cousin de Guillaume fit Une noce qui fut commune ?;