‹ RutebeufChapitre 24 sur 36 · SATIRES. GUILLAUME DE SAINT-AMOUR · texte numérisé non relu

SATIRES. GUILLAUME DE SAINT-AMOUR

On dirait une traduction, mot pour mot, vers vers. 11 nest pas invraisemblable que Dante.

vint à Paris au commencement du règne de Pliil le Bel, se soit inspiré de Rutebeuf.

Les collègues de Guillaume de Saint-Amoi:

qui Rutebeur reproche d'oublier leur défenseï leur ami, avaient pourtant adressé une suppi au roi en 1259, pour obtenir le rappel de l'e En cette circonstance, saint Louis se cond comme un bon père de famille, respectueux c discipline, qui gronde sévèrement son fils poi peine qu'il a encourue, mais qui secrètement mande au maître de lever la punition. Il répon la supplique que Guillaume était un monstre, ind de pardon, mais il écrivit au pape en sa faveur.

C'est seulement après la mort d'Alexandri et de son successeur immédiat, que Guillaum Saint-Amour revint à Paris, où on lui fit une ri tion triomphale. Quant à son livre sur les Périh derniers temps , tous les exemplaires n'en av pas été brûlés , car il fut imprimé au xvi' < XVII' siècle, et il fut poursuivi à cette époque co au temps de sa nouveauté. On le dénonça à Louis ^ qui, par un arrêt rendu en Conseil privé, rapp( condamnation prononcée par Alexandre IV, ord de saisir tous les exemplaires , et défendit libraires de le mettre en vente sous peine de r

On peut conjecturer que la persécution dîi contre Guillaume de Saint- Amour atteignit au as défenseur intrépide, Hutebeuf. Une bulle d'Ali

dre IV ordonnait de brûler à Paris non seulement le livre des Périls, mais aussi des « chansons et rythmes inconvenants » com|>osés contre les frères Prêcheurs et Mineurs, Rien n'élablit absolument que les satires de Rutebeuf fissent partie des rythmes réprouvés ; mais il se )>laint •■ jilusieurs reprises de ne plus pouvoir parler librement, et il nous apprend, dans le dit d'Hypocrisie, que les gens prudents se cachaient pour lire ses vers. Toutefois, l'existence même des poésies de Rutebeuf, et de beaucoup d'autres aussi hardies, prouve que nos ancêtres du xiii' siècle jouissaient encore d'une grande liberté de parole, toutes les fois que la croyance et le dogme n'étaient pas en jeu.

Cette grande querelle fut, semble-t-il, d'autant plus vite oubliée qu'elle avait été plus vive. En 1274, au moment de la mort de saint Thomas d'Aquin, l'Université réclamait la dépouille mortelle de celui qu'elle avait voulu exclure du nombre de ses maîtres. Elle écrivait au chapitre général des frères Prêcheurs : u Nous réclamons humblement, comme le plus beau des présents, le corps de celui que nous n'avons pu ravoir pendant sa vie ; car il est tout à fait indigne, il n'est pas décent qu'une autre nation ou qu'une autre ville que la très noble cité de Paris, mère de toutes les études, possède la dépouille et le tombeau du grand docteur dont elle a d'abord formé, nourri et réchauffé l'esprit et duquel elle a reçu ellemême plus tard d'ineffables enseignements, i

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SATIRES. LE MONDE ET l'ÉGLISE. 87

Le monde et V Église.

Dans un bon nombre de ses poésies satiriques, Rutebeuf fait porter ses critiques, soit sur toute l'Eglise, clercs séculiers et réguliers, soit sur la société entière de son temps, clercs et laïques. Ces pièces reviennent souvent sur les mêmes idées, et ne se prêtent pas à un classement méthodique. Nous les passerons en revue, en commençant par les plus générales.

11 faut d'abord mettre à part le dit d'Aristote, qui appartient plutôt au genre didactique pur qu'au genre satirique. Rutebeuf place dans la bouche d'Aristote, s'adressant à Alexandre, quelques enseignements moraux : 11 faut se défier des parvenus; ceux que la faveur porte aux honneurs sont comme un ruisseau grossi par les pluies, qui est plus violent que l'eau qui coule naturellement: ils sont plus cruels qu'un comte ou un châtelain puissants par leurs ancêtres. Mais si tu vois un homme qui vaille ton bienfait, ne le lui refuse pas et ne prends pas garde à sa parenté.

Dès que nature en l'homme a mis

Sens et valeur et courtoisie,

11 est quitte de yilenie.

Un homme est tel comme il se fait.

L'un fait lui-même sa noblesse,

Un autre met la sienne en pièces....

Celui-là est yrai gentilhomme

Qui fausseté et trahison

Hait et repousse, et honneur aime....

L'on peut bien régner quelque temps

lusaeté, sans Buccomber longtempa qui plus sait de raae); il faut qu'un jour il se dupe lème, quoi qu'il puisse raire-..

t, continue Aristote, sans prendre le : un juge qui prend doit être jugé ■on. Quand on donne, il faut le faire

; don, ainsi fait le sage....

li arme ne peut défendre

le cœur plein de targeaae.

des idées qui se présentent »

;ure morale du moyen Age, et qu'on iment dans le Roman de la Rose. Le ur la vraie noblesse a été repris par gnifiquenient exjirimé dans la fameuse Menteur et son père :

tonner d'entendre Aristote |>arler dogentil s hommes. Mais nos trouvères ;nt les héros de la Grèce et de Rome

comme des barons de leur p jeûner les Troyens comme d nous montrent P allas armé Alexandre était pour eux le ( lui attribuaient comme vertu »

vertu chère entre toutes aux i gleur..

L'Ave Maria de Rutebeuf t contre l'avarice universelle :

Les averlit :

CeuB qui ont le coeur n.

Doivent tous le rnoode i

Et s'en aller....

C'est vérité que je tous Chanoines, clercs et roi

N'ont souci de saaier 1( Hais leurs corps baigne

Et bien nourrir Car ils ne pensent pas .

Mi dedans la terre pour

Ce qu'ils feront Un jour, garde ne se pi Que tel morceau cnglou

Qui leur nuira; Car leur pauvre âme en En enfer, et sans nul ri

Été, hiver....

C'est encore 1' l'État du monde,

W RUTBBEDF.

ment les religieux (les moines blancs et noirs, Prémontrés et Bénédictins, puis les Mendiants), les chanoines, les avocats; parmi les laïques, les justiciers (prévôts, baillis ou maires), les marchands, les ouvriers, les paysans; enfin, les chevaliers et les prélats.

Le monde se change plus souvent que denier de change. Ce fut l'été, voici l'hiver. Le monde était bon, maintenant il est « d'autre manière ».

Rutebeufva rimer de l'état du monde, et d'abord

Je crois, Binai je le comprens.

y a double religion :

Les uns sont moines btnncs et noirs, Qui maint pays et maint manoir Ont, et mainte richesse assise, Qui tous sont serfs de Convoitise.

Tous jours veulent sans donner prendi Tous jours achètent sans rien Tendre.

Ils prennent, l'on ne leur prent rien.

lia sont fondés sur fort merrain.

Bien peuvent leur richesse accroître.

L'on ne prSebe plus dans les cloilres Sur Jésus-Christ ni suv sa mère, Ni sur saint Paul ni sur saint Pierre :

Qui eonnaît micus tout l'art du monde Est le meilleur selon leur régule.

Après ce sont les Mendiants, Qui par la ville vont criant :

e Donnez, pour Dieu, du pain aus frèn

i des grands prédicateurs du lal Jacques de Vitry constate us de la dialectique dans tes

clercs, où l'on s'efforçait de out l'art du monde », comme ons également que les diffés étaient aussi désunis entre les séculiers. » Aux yeux des

représentait dans l'Ecriture s parce qu'il dit : a L'or et toi B, au lieu de dire : « l'or nous n, ce qui signifie que les ut rapporter à eux. Ils sont , et si le pape choisit un car- , il faut qu'ils en aient un faire en paille n.

ises, que Rutebeuf reproche, * les catégories de clercs, est i piquants par un prédicateur le est un dous venin. Beaucoup i l'amasser avec l'intention de î de Dieu et des pauvres ; mais ;nt, ils changent d'avis. Un ;s biens t'aideront à avoir la a moine dira en lui même :

1 un autre, et mes deniers me

;st le tour des laïques :

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