‹ RutebeufChapitre 29 sur 36 · ŒUVRES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

ŒUVRES DRAMATIQUES

Grenats, topazes, Et lellagons et galofacea.

De mort ne craindra les menaces

Tel qui les porte..,.

VoDS ne BHyei qui tous voyez; Taisei-vous et tous assoyez,

Voici mes herbes :

Je vous dis, par sainte Marie, Que ce n'est point de friperie.

Mais nobles choses...

Toute fièvre, mime la quarte.

Guérit en moins d'une semaine

Sons faute aucune; Et je guéris aussi la goutte, Tant soit-elle baaae ou soit haute,

Je l'abas toute....

Et de la dent Je guéris inanifcsteincnt Par un tout petit peu d'onguent.

Qne vous dirai-je?

Oyer comment je fais l'onguent, En le disant ne mentirai.

C'est vérité :

Prenei graisse de la marmotte.

De la Ecnte de la linotte

Hardi matin, El de la feinllc du plantain,...

De la poussière de l'étrille.

De la rouille de la faucille

El de la laine, Et de l'ccorce de l'avoine.

Piiei, premier jour de semaine,

Vous en ferez Un emplâtre : du jus lavez La dent, el l'emplâtre mettez

Dessus la joue.

Dormez un peu, je vous le dis.

Si, uu lever, il n'y a boue,

Dieu vous détruise !

lft4 RUTEBEUF.

Le boniment se continue en prose :

Belles gens, je ne suis pas de ces panvres prêcheurs ni de ces pauTres herbiers qui vont par devant les églises, avec de pauvres chapes mal cousues, qui portent des boîtes et des sachets, et étendent un tapis. Car tel vent poivre et cumin et autres épices, qui n'a pas autant de sachets qu'ils en ont. Sachez que de ceus-là je ne suis pas; mais je suis à une dame qui a nom madame Trote de Salerne ^, qui fait un couvre-chef de ses oreilles, et les sourcils lui pendent avec des chaînes d'argent par-dessus les épaules; et sachez que c'est la plus sage dame qui soit dans les quatre parties da monde. Ma dame nous envoie ainsi en diverses terres et en divers pays, en Fouille, en Calabre, en Toscane, en Terre de Labour, en Allemagne, en Saxe, en Gascogne, en Espagne, en Brie, en Champagne, en Bourgogne, en la forêt d'Ardenne, pour occire les bêtes sauvages et pour en tirer les onguents pour donner médecines à cens qui ont les maladies dans le corps. Ma dame me dit et me commanda que, en quelque lieu que je vinsse, je disse certaines choses pour que ceus qui seraient autour de moi y prissent bon exemple; et, parce qu elle me fit jurer sur des reliques quand je la quittai, je vous apprendrai à vous guérir du mal des vers si vous le voulez ouïr. De par Dieu !

Quelques-uns me demandent d'où les vers viennent. Je vous fais assavoir qu'ils viennent de diverses viandes réchauffées et des vins mis en fûts et boutés. Ils se créent dans le corps par la chaleur et par Thùmeur, car, comme disent les philosophes, toutes choses sont créées par la chaleur et par l'humeur, et pour cela viennent les vers dans le corps, qui montent jusqu'au cœur, et font mourir d'une maladie qu'on appelé mort subite. Faites le signe de la crois! Dieu vous en garde tous et toutes.

Pour la maladie des vers guérir, à vos yeus vous la voyez, sous vos pieds vous la foulez, la meilleure herbe qui soit dans les quatre parties du monde, c'est l'armoise. Les femmes s'en ceignent le jour de la Saint- Jean et en font des chapcaus sur leur tête, et disent que la goutte ni le vertige ne peut les prendre ni à la tête, ni aus bras, ni aus pieds

1. Allusion à Trotola de'Roggeri, médecin célèbre de Salerne au XI® siècle.

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