‹ RutebeufChapitre 30 sur 36 · ŒUVRES DRAMATIQUES · texte numérisé non relu

ŒUVRES DRAMATIQUES

ni aus mains ; mais je m'étonne que leur tête ne se brise, et que leur corps ne se rompe par le milieu, tant Therbe a de vertu en soi. Dans cette Champagne, où je suis né, on Fappèle Marrebour, ce qui veut dire la mère des herbes. De cette herbe vous prendrez trois racines, cinq feuilles de sauge, neuf feuilles de plantain. Battez ces choses en un mortier de cuivre, avec un pilon de fer, prenez le jus à jeun par trois matins, vous serez guéri de la maladie des vers.

Or, 6tez vos chaperons, tendez les oreilles, regardez mes herbes que ma dame envoie en ce pays et en cette terre ; et ..

parce qu'elle veut que le pauvre y puisse aussi bien arriver j

que le riche, elle m'a dit d'en donner pour un denier! Car |

tel a un denier dans sa bourse qui n'y a pas cinq livres. Et |

elle me dit et me commanda que je prisse un denier de la ./|

monnaie qui aurait cours dans le pays et dans la contrée où je viendrais : à Paris un parisis, à Orléans un orléanois, à Etampe un étampois, à Bar un barrois, à Vienne un viennois, à Clermont un clermondois, à Dijon un dijonnois, à Mâcon un mâconnois, à Tours un tournois, à Troyes un tressien, à Reims un reincien, à Provins un provenésien, à Amiens un monsien, à Arras un artésien, au Mans un mansois, à Chartres un chartain, à Londres en Angleterre un esterlin; pour du pain, pour du vin à moi; pour du foin, pour de l'avoine à mon roussin; car celui qui sert l'autel doit vivre de l'autel. Et je dis que s'il y avait si pauvre, ou homme ou femme, à n'avoir que donner, qu'il s'avance : je lui prêterais l'une de mes mains pour Dieu, et l'autre pour sa mère, à la condition que d'aujourd'hui en un an il fit chanter une messe du Saint-Esprit, je dis nommément pour l'âme de ma dame, qui ce méfier m'apprit....

Ces herbes, vous ne les mangerez pas ; car il n'y a si fort bœuf en ce pays, ni si fort destrier qui, s'il en avait aussi gros qu'un pois sur la langue, ne mourût de maie mort, tant elles sont fortes et amères ; et ce qui est amer à la bouche est bon au cœur. Vous me les mettrez trois jours dormir en bon vin blanc; si vous n'avez du blanc, prenez du vermeil; si vous n'avez du vermeil, prenez du châtain; si vous n'avez du châtain, prenez de la belle eau claire ; car tel a un puits devant sa porte, qui n'a pas un tonneau de vin dans sa cave. Vous en boirez à jeun treize matins. Si vous y manquez un matin, prenez-en un autre ; si vous y manquez le quatrième, prenez-en le cinquième; car ce ne sont pas des sortilèges. Et je vous dis, par le supplice que Dieu infligea à Corbitaz.

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le Juif qui forgea dans la tour d'Abilant, à trois lieues d« Jérasalem, les trente pièces d'argent pour lesquelles Dieu fui Tendu, que vous serez guéri <te diverBes maladies et di diverses infirmités; de toutes fièvres, sans eicepter la fièvre quarte, de toutes gouttes sans excepter la palatine, de l'enllure du corps.... Car si mon père et ma mère étaient en danger de mort, et s'ils me demandaient la meilleure herbe que je leur pusse donner, je leur donnerais celle-ci. C'est !s onguents; qui voudra en

s, qui m

voudra pas les laii

De nos jours, le mal de dents est le seul qui ait le privilège d'être traité sur les places publiques par des guérisseurs non diplômés. Mais les comptes rendus judiciaires nous montrent que tes marchands d' II herberie », pour exercer clandestinement leur métier, n'en sont pas moins les dignes successeurs du charlatan de Rutebeuf. Les exploiteurs de la crédulité publique ont d'ailleurs , en dehors des remèdes , ample matière à bénéCces. Aujourd'hui encore ils vendent, dans nos carrefours, les objels les plus divers, et le ton de leurs boniments n'a pas changé; c'est toujours la même volubilité d'idées et de paroles, la même assurance emphatique, le même appel au gros rire, les mêmes flatteries insidieuses à l'adresse des petites bourses. Il n'est pas douteux que le trouvère n'ait fidèlement reproduit le langage des charlatans de son temps, en leur prêtant toutefois un peu de son esprit et beaucoup de sa Tantaisie de poète.

On a prétendu que le dit de l'Herberie ne pouvait être rangé parmi les monologues dramatiques parce qu'il serait le seul à être mélangé de prose et de

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