‹ Ruy BlasChapitre 54 sur 98 · ACTE IV, SCENE IL Jl · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE IL Jl

Mais ma jambe a souffert diablement dans ma chute.

// ouvre Us tiroirs du coffn. Dans Vun d^entre eux il trouve un manteau de velours vert clair ^ brodé d'* or , le manteau donné par don Salluste à Ruy Bias, Il examine le manteau et le compare au sien.

— Ce manteau me paraît plus décent que le mien.

Il jette le manteau vert sur ses épaules et met le sien à la place dans le coffre, après l'avoir soig^usement plié : il y ajoute son chapeau^ qu'ail en/once sous le manteau d^un coup de poing: puis il referme le tiroir. Il se promine fièrement y drapé dans le beau manteau brodé d^or.

C'est égal, me voilà revenu. Tout va bien. Ah ! mon très cher cousin, vous voulez que j emigre 5 Dans cette Afrique où l'homme est la souris du tigre ! Mais je vais me venger de vous, couisin damné, Épouvantablement, quand j'aurai déjeuné.

J'irai, sous mon vrai nom, chez vous, traînant ma queue D'affreux vauriens sentant le gibet d'une lieue, lo Et je vous livrerai vivant aux appétits

De tous mes créanciers — suivis de leurs petits.

Il aperçoit dans un coin une magnifique paire de bottines à canons de dentelles. Il jette lestement ses vieux souliers, et chausse sans façon les bottines neuves.

Voyons d'abord où m'ont jeté ses perfidies.

Après avoir examiné la chambre de tous côtés.

Maison mystérieuse et propre aux tragédies. Portes closes, volets barrés, un vrai cachot. 15 Dans ce charmant logis on entre par en haut, Juste comme le vin entre dans les bouteilles.

Avec un soupir.

— C'est bien bon, du bon vin ! —

// aperçoit la petite porte à droite. Couvre, s* introduit vivement dans le cabinet avec lequel elle communique. Puis rentre avec des gestes d''étonnement.

Merveille des merveilles !

Cabinet sans issue où tout est clos aussi !

// va à la porte du fond, Venir" ouvre, et regarde au dehors; puis il la laisse retomber et revient sur le devant,

20 Personne ! — Où diable suis-je ? — Au fait j'ai réussi A fuir les alguazils. Que m'importe le reste } Vais-je pas m'effarer et prendre un air funeste Pour n'avoir jamais vu de maison faite ainsi ?

// se rassied sur le fauteuil, baille, puis se relève presque aussitôt.

Ah çà, mais — ^je m'ennuie horriblement ici !

Azfûani une petite armoire dam le tnur^ à gauche^ qui /ait le coin en

pan ccupé.

Voyons, ceci m'a l'air d'une bibliothèque.

Il y va et Couvre. C'est un garde-manger Bien garni.

Justement. — Un pâté, du vin, une pastèque. C'est un en-cas complet. Six flacons bien rangés ! 5 Diable I sur ce logis j'avais des préjugés.

Examinant Us flacons Vun après Vautre,

C'est d'un bon choix. — Allons ! l'armoire est honorable.

// va chercher dans un coin la petite table ronde^ V apporte sur le de' z'ant et la charge joyeusement de tout ce que contient le garde-manger^ bouteilles^ plats^ etc. ; il ajoute un verre^ une assiette^ une /burchette^ etc. — Puis il prend une des bouteilles.

Lisons d'abord ceci.

Il emplit le verre ^ et boit d''un trait.

C'est une œuvre admirable De ce fameux poëte appelé le soleil !

lo Xérès-des-Chevaliers n'a rien de plus vermeil.

// s^assiedf se verse un second verre et boit.

Quel livre vaut cela } Trouvez-moi quelque chose De plus spiritueux !

// boit.

Ah Dieu, cela repose !

Mangeons.

// entame le pâté.

15 Chiens d'alguazils ! je les ai déroutés.

Ils ont perdu ma trace.

// mange.

Oh ! le roi des pâtés !

Quant au maître du lieu, s'il survient, —

// va au buffet et en rapporte un verre et un couvert qu* il pose sur la

table.

Je l'invite.

20 — Pourvu qu'il n'aille pas me chasser! Mangeons vite

// met les morceaux doubles.

Mon dîner fait, j'irai visiter la maison. Mais qui peut l'habiter? peut-être un bon garçon. Ceci peut ne cacher qu'une intrigue de femme. Bah ! quel mal fais-je ici? qu'est-ce que je réclame? 25 Rien, — l'hospitalité de ce digne mortel,

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