‹ Rythmes des bruits du cœurChapitre 20 sur 65 · Ch. M. Bernard. Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Ch. M. Bernard. Loc. cit., p

l’auscultation, ni bruits anormaux, ni souffle, ni arythmie; « mais le rythme offrait un caractère très spécial. Les deux bruits du cœur au lieu de correspondre à une mesure à trois temps, étaient régulièrement espacés et formaient une mesure à deux temps. » Jusqu’ici rien que de concordant avec notre description, mais ce rythme à deux temps ne s’accompagnait d’aucune accélération des battements du cœur, si minime quelle soit, c’est à 76, 78, 80 au plus que battait le pouls, comme le cœur du malade. Ici donc, pas l’ombre de tachycardie. Cette dissociation de ces deux phénomènes porte avec soi un premier enseignement et juge sans appel un point capital, celui du rapport de la tachycardie et de l’embryocardie, et ce verdict est prononcé par la clinique, seule sans recours aucun aux méthodes de laboratoire.

A ce fait nous en avons joint un autre 1 tout aussi net que le précédent. Le sujet était un jeune manœuvre de 16 ans soigné dans le courant de l’année 1888 pour une pleurésie, probablement double, si l’on en jugeait par les traces brunes de vésicatoires laissées des deux côtés de la poitrine et des cicatrices de cautères également bilatérales.

Il semble aussi qu’il y ait eu à ce moment quelque complication du côté du cœur à cause des marques de vésicatoires et de sangsues visibles au niveau de la région précordiale.

Après quelque temps d’une guérison relative et

1. Annales de la Policlinique de Paris, 5 e année, n° 3, mars 1893,

précaire réapparaît un épanchement pleural du côte gauche qui l’amène à l’hôpital. On constate les signes indéniables de cette pleurésie : en arrière et à gauche, matité remontant jusqu’à l’omoplate, résistance au doigt, vibrations abolies à partir du tiers moyen respiration augmentée en haut, quelques frottements et respiration très faible en bas, légère égophonie (nasonnement) ; en avant et à gauche, matité au niveau du sixième espace intercostal, mais pasjusqu’à l’aire de Traube, respiration sans frottements, ni râles; à droite en avant et en arrière, état normal.

Les signes fournis par le cœur et le système circulatoire méritent de s’y arrêter. On note de la dilatation des veines du cou, une légère cyanose des lèvres, des pommettes, des genoux, un œdème modéré des deux jambes, qui a été beaucoup plus accentué il y avait un mois. Il est impossible de trouver la pointe du cœur par la palpation même dans la position penchée en avant; on délimite mal la matité cardiaque, la matité inférieure se trouve au niveau du sixième espace intercostal gauche ; à droite, le cœur dépasse de 2 centimètres environ la partie médiane du sternum. La figure de la matité s’élargit surtout dans le diamètre transversal, où elle mesure environ 15 centimètres.

A l’auscultation : pas de frottement ; bruits du cœur superficiels ; vers la pointe, comme vers la base, on entend une succession de deux bruits réguliers, d’une vitesse à peine différente de la normale (76 à 84 pulsations par minute.) (Pan — pan — pan — pan — etc.)

Pouls très petit, à peine sensible.

Parla ponction thoracique on rçtire 2 litres de sérosité pleurétique ; la dyspnée s’amende, la cyanose diminue, mais le rythme à deux temps sans, tachycardie persiste, le pouls seul a remonté. Le malade sort, pour rentrer peu après dans le même état. Le changement de service me l’a fait alors perdre de vue.

Le diagnostic porté avait été : pleurésie gauche, symphyse cardiaque de la face postérieure(?), médiastinite.

Autour de l’embryocardie se groupent toute une série de rythmes qui n’en diffèrent que par quelques degrés de moins dans le raccourcissement du grand silence.

L’embryocardie ne représente qu’un point précis de cet enchaînement de modifications, toutes d’une grande utilité pour éveiller l’attention du clinicien sur le cœur et l’emporte en netteté sur toutes les autres par son rythme spécial, se produisant juste âu moment où les différents temps de la révolution cardiaque se nivellent. Il peut arriver en effet que le phénomène ne se complète pas ; le rythme à deux temps n’est, qu’ébauché ; il n’y a que tendance à l’embryocardie et non embryocardie confirmée. Ce qui n’empêche de pouvoir affirmer que le cœur est en état de souffrance. Cette esquisse du syndrome, cette embryocardie incomplète, donne des tracés dans le genre de celui de la figure 18, où l’on voit que, tout en tenant compte de la tachycardie, la durée du grand silence se trouve considérablement

amoindrie, mais que cependant elle représente encore un espace de temps plus grand que le petit silence ou chacun des deux autres temps.

Mécanisme. — Le rythme fœtal des bruits du cœur apparaît simultanément avec deux conditions, 1° l’abaissement de la pression artérielle, 2° la dilatation

du cœur par manque de résistance des parois, inhérente à la profonde débilité cardiaque.

L’abaissement de la pression artérielle aboutit, d’après la loi de Marey, à l’augmentation du nombre des pulsations cardiaques, à la tachycardie, phénomène secondaire, effet et non cause.

S’il n’y avait que cette hypotension, la tachycardie serait créée, mais non le rythme fœtal. Pour provoquer ce dernier il faut une autre condition, la flaccidité par relâchement du myocarde qui se laisse dilater.

On comprend que dans les conditions le cœur forcé de se contracter plus souvent ne puisse suffire à sa tâche, qu’au lieu de se dépêcher dans sa secousse musculaire, sa systole soit traînante et occupe relativement plus de place qu’elle ne devrait dans la durée

d’une révolution cardiaque. Comme il ne peut aller assez vite, il prend sur son repos.

Pathogénie. — L’hypotension artérielle pourrait résulter de la paralysie, de l’inhibition du pneumogastrique ou de l’excitation du sympathique, accompagner l’embryocardie et sembler nécessaire à sa production; mais il faut qu’il s’y ajoute quelque chose. La tachycardie n’en est que le résultat immédiat, par suite de la loi de Marey. En effet, la section du pneumogastrique n’amène chez les animaux soumis à cette expérience que de la tachycardie, mais nullement de l’embryocardie. Il faut, pour arriver à ce résultat, joindre l’injection d’un poison, comme l’atropine par exemple.

Du reste, comme le font remarquer MM. G. Arthaud et L. Butte 1 , la vagotomie même n’amène pas fatalement l’accélération des battements cardiaques. C’est ainsi qu’on ne l’obtient pas chez le chien si l’on pratique la respiration artificielle, parce que le sang n’est plus chargé d’un excès d’acide carbonique.

Ce fait expérimental nous permet d’avancer une hypothèse et de supposer que la fibre cardiaque est modifiée dans sa nutrition soit parce qu’elle est insuffisamment ou mal nourrie (hémorrhagie, cachexie), soit parce qu’elle reçoit du sang des substances toxiques (maladies infectieuses, urémie).

Physiologiquement c’est à la fibre cardiaque qu’est dû le rythme des 4 temps cardiaques; le cœur bat

1. G. Arthaud et L. Butte. Vu nerf pneumogastrique (physiologie normale et pathologique), diabète, albuminuries névropathiques (asthme-névropathie cérébro-cardiaque, etc.), 1892, p. 37.

rythmiquement bien avant qu’on puisse y découvrir d’éléments nerveux, propriété commune à toute fibre musculaire, comme le prouvent les mouvements rythmés des artères de l’oreille du lapin*. Pathologi-. quement, on comprend que cette même fibre anoxémiée ou intoxiquée modifie son mode de contraction. Les lésions histologiques sont en effet souvent insuffisantes pour expliquer les phénomènes morbides, si l’on n’admet pas une intoxication. Dans bien des cas le myocarde, quoique mou et pâle à l’œil nu. ne dénote au microscope que des altérations insignifiantes.

Dans quelques observations le processus pathologique s’est porté sur les artères coronaires, dont les parois sont altérées. Tels étaient les. faits rapportés récomment parM. Merklen 2 à propos de sujets atteints de grippe.

Certes, chez le fœtus le rythme à deux temps est chose normal; certes, chez les petits animaux il y a de la tachycardie, parfois une embryocardie plus ou moins complète, mais ce qui constitue une particularité digne de remarque, c'est que l’homme adulte nous offre ce même rythme dans des circonstances particulières, qui ne sont pas purement et simplement le résultat dè l’accroissement du nombre des pulsations et que le cœur de l’homme adulte batte comme celui du fœtus, ou celui des petits animaux.

Dans cerMnes affections la présence de toxines ne fait aucun doute, comme dans la fièvre typhoïde,

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