‹ Rythmes des bruits du cœurChapitre 33 sur 65 · P. Gdttmahh. Lehrbuch der kl. Unlersungsmethoden. Berlin · texte numérisé non relu

P. Gdttmahh. Lehrbuch der kl. Unlersungsmethoden. Berlin

Nous voyons donc que jusqu’ici l’accord ne règne pas précisément parmi les médecins, qui ont étudié la question, au sujet de la cause principale du bruit surajouté, et que des explications bien différentes ont été proposées.

Variétés du bruit de galop. — A côté du rythme de galop décrit ci-dessus, dans lequel le bruit diastolique surajouté précède d’un temps assez court le premier bruit, on peut rencontrer tout une série de rythmes de transition, dans lesquels le bruit diastolique s’éloigne de plus en plus du premier bruit pour arriver à sc rapprocher du second bruit dont il simule un dédoublement, similitude que l’oreille seule semble parfois inhabile à ne pas admettre. MM. Cuffer et L. Guinon\ à qui nous devons l’étude de ces modalités du bruit de galop, indiquées déjà par M. Potain 1 2 , et M. Barié, ont montré que les deux variétés extrêmes, le bruit de galop vrai, présystolique, classique pour ainsi dire, et l’apparence d’un dédoublement du second temps correspondent à deux manières d’être différentes de l’hypertrophie cardiaque. Aux deux modalités cliniques correspondent deux modalités anatomiques. Les deux rythmes résultent, l’un comme l’autre, « d’une brusque tension de la paroi ventriculaire produite par la pénétration de l’ondée sanguine

1. Cuffer et Louis Guinon. De quelques modalités du bruit de galop dans l’hypertrophie du cœur d’origine rénale. (Revue de médecine, 1886, p. 561.)

2. M. Potain avait écrit : a Dans quelques circonstances, le bruit anormal précède tellement le premier et recule à tel point dans le grand silence qu’il s’approche du second bruit notablement plus que de l’autre. » (Union médicale, 1875, II, p. 711.)

dans la cavité du ventricule durant sa diastole ». Dans les deux cas la cause de cette tension reste la même, c’est la moindre élasticité de cette paroi. Mais tandis que le rythme de galop, qui se produit dans' un ventricule dilaté ou du moins non rétréci, apparaît dans la diastole de plus en plus près de la systole ventriculaire, le bruit surajouté s’écarte de la systole ventriculaire et se rapproche du second bruit de la révolution précédente, avec une hypertrophie concentrique.

Mécanisme. — On comprend le mécanisme des deux modalités : avec une dilatation considérable du ventricule, il faut du temps pour atteindre la limite de la capacité. Le bruit surajouté reste bien distinct des deux bruits normaux ou se rapproche dp premier. Il pourrait même sembler s’accoler tellement à celuici qu’on croirait avoir affaire à un dédoublement du premier temps, comme l’admettait Sibson 1 , un peu abusivement, pour tous les cas de bruit,de galop.

Tandis que, dans le cas d’hypertrophie concentrique, la pression intraventriculaire atteint rapidement son maximum, par conséquent le bruit surajouté se montre plus voisin du second bruit de la pulsation précédente, c’est-à-dire en pleine diastole (mésodiastolique) ou près de la systole antérieure (poslsystolique).

Par ces deux mécanismes s’éclaire le pronostic : le bruit de galop méso-diastolique marque un cœur

1. Sibson. Influence of Bright’s disease on the heart and arteries. [The Lancet , 1874, p. 437.)

encore résistant, le bruit de galop présystolique un cœur relâché,

M. 0. Fræntzcl 1 a exprimé la même opinion, lorsqu’il considère le bruit de galop comme un signe de débilité cardiaque. MM.Debove et Letulle 2 avaient, du reste, fait déjà la même observation, lorsqu’ils constataient que, dans la phase ultime de l’hypertrophie cardiaque liée à la néphrite interstitielle, à la sclérose du myocarde, s’ajoutaient la dégénérescence graisseuse des fibres cardiaques et la dilatation des cavités. On saisira encore mieux la relation entre les deux phases successives des lésions cardiaques, aujourd’hui qu’on englobe aussi bien la lésion cardiaque que la rénale dans le grand processus de l’artériosclérose, qui peut soit se généraliser plus ou moins, soit se limiter, au début du moins, à tel ou tel organe en particulier, comme le cœur.

L’apparition de certains phénomènes vient corroborer, du reste, cette manière de voir dans le bruit de galop un signe de débilité cardiaque, à côté de la persistance d’un certain degré l’hypertension artérielle.

Il arrive, chez certains artério-scléreux. après des excès de tout genre, après des fatigues ou tout autre cause de surmenage physique ou moral, qu’on voie survenir de l’œdème plus ou moins généralisé avec diminution de la quantité des urines, avec ou sans

1. 0. Fbæntzel. Ueber Galopprhythmus am Herzen. (Zeitschrift für kl. Medicin, Bd III, 1881, p. 491.)

2. Debove et Lethlle. Hypertrophie cardiaque dans la néphrite interstitielle. (Archives générales de médecine, mars 1880.)

albuminurie. Dans ces conditions s’installe un bruit de galop, qui s’atténue, puis peut disparaître avec le rétablissement du malade. On pourra en lire des exemples intéressants dans un travail de M. G. Colleville*.

Mais le bruit de galop a son rang parmi les symptômes de faiblesse cardiaque. La place qu’il occupe doit être précisée. Ce n’en est pas le dernier terme de la série, puisque après lui vient l'asystolie, lorsque la pression d’élevée devient basse. On peut, chez certains sujets artério-scléreux, voir naître le bruit de galop avec accentuation du deuxième ton au foyer aortique sous une influence quelconque où par le seul progrès de la maladie; puis le bruit de galop cède le pas aux irrégularités de toutes sortes, à l’obscurité des bruits, à l’accentuation du deuxième ton au niveau des sigmoïdes pulmonaires, au souffle d’insuffisanee tricuspidienne fonctionnelle qui caractérisent l’asthénie cardio-vasculaire, lorsqu’une cause physique ou morale oblige le cœur à un travail au-dessus de ses forces. Le repos, un traitement bien approprié conjurent les accidents ; les signes asystoliques s’éteignent et de nouveau le bruit de galop se perçoit. Enfin, si le cœur n’a pas trop perdu de son tonus musculaire, s’il n’est pas trop dégénéré dans sa fibre, on peut assister même à la disparition du bruit de galop.

Dans les fièvres graves, le bruit de galop peut

1. G. Coli.eïii.tæ. Essai sur quelques variétés d’anasarque sans albuminurie. (Thèse. Paris, 1885, p. 70 et suivantes.)

succéder ou alterner parfois avec le rythme fœtal 1 .

Tout en restant diastolique, le bruit surajouté peut donc occuper différents moments de la diastole, ce qui peut, tout autre cause à part, tenir aux instants variables où peut se faire la contraction auriculaire. Ce déplacement de la contraction auriculaire expliquerait le déplacement du bruit surajouté.

L’oreillette fait sa systole en général très près de celle du ventricule ; mais, entre la systole auriculaire et la ventriculaire, il peut y avoir un écartement notable, ce qui rend compte, d’après les remarques de M. R. Lépine, dubruitde galop médio-diastolique 2 .

L’inscription cardiographe démonlre qu’il en est parfois ainsi, que la contraction de l’oreillette peut se placer au milieu de la diastole ventriculaire au moment même où se fait entendre le bruit surajouté.

Cette explication, valable pour quelques cas, ne pourrait cependant avoir force de loi et s’appliquer à la généralité des faits.

Il peut ne pas exister toujours une concordance chronologique exacte entre le moment où se perçoit le bruit surajouté du rythme de galop et celui où se marque la contraction auriculaire sur le tracé cardiographique. La dissociation des deux phénomènes forcerait à admettre qu’il n’y .aurait ni corrélation absolue entre eux ni aucun rapport obligé de cause à effet.

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