‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans lesChapitre 9 sur 21 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Tradition de l'Atlantide dans Platon. Son authenticité confirmée par les souvenirs historiques de la Grâce et géologiques de l'Afrique septentrionale. Les Petites Panathénées, établies en mémoire d'une antique sortie des mers de l'ouest. Disparition du lac Triton.

D'accord avec la tradition mexicaine etquichée qui avait conservé, dans la solennité des fêtes de l'expiation, le souvenir des trois grandes catastrophes terrestres, les prêtres de Sais rappelaient, de leur coté, à Solon, que la terre avait été bouleversée par plusieurs déluges (1). Dans le traité d'/si's et d'Osirk, Plutarque , en cherchant à expliquer l'histoire de cette divinité (2), s'applique à démontrer, ainsi que Vont fait divers autres auteurs, que les malheurs d'Osiris n'étaient qu'un symbole des calamités qui avaient affligé la terre, envahie par les Dots ; que la défaite de Typhon signifiait la retraite de la mer, et que la victoire d'Horus et celle d'Isis, cherchant partout les membres dispersés de son époux, représentaient les portions de la terre reconquises sur les eaux, découvertes et desséchées. Malgré les sarcasmes que des écrivains se sont plu, au dernier siècle, à jeter sur le récit de l'Atlantide, il ne nous semble pas hors de propos de le rappeler ici en regard des traditions, conservées aux Antilles et sur les divers points du continent américain, au sujet des terres englouties anciennement dans les deux océans

■ erasudia. »{Cod. Tell. Rem. Mex. [Victor Cousin, tome XII, page 3. toc. cit.) (î) Œuvres morales, trad de

(t) Platon, Timëe, trad. de M. | Ricard. Tom. XVI.

qui baignent las côtes de ce vaste continent. C'est que l'état des découvertes de la science et de la critique historique nous ramène involontairement vers la Grèce et l'Egypte, comme point de départ de toutes les histoires, soit que nous remontions à des opinions qui renferment en germe celles qui dominent aujourd'hui , soit que nous parcourions cette longue série de tentatives, faites dans le but d'étendre l'horizon des connaissances humaines.

» Solon, Solon, disait le prêtre de Sais, en parlant au législa- » teur athénien, vous autres Grecs, vous êtes toujours des en- » faute et il n'y a point de vieillards parmi vous 1 » Puis, après un court préambule, il ajoutait : « Or, parmi tant de » grandes actions de votre ville, dont la mémoire se conserve n dans nos livres, il y en a une surtout qu'il faut placer au-dessus » de toutes les autres. Ces livres nous disent quelle poissante » armée Athènes a détruite, armée qui, venue à travers la mer » Atlantique (1), envahissait insolemment l'Europe et l'Asie. » Car cette mer était alors navigable, et il y avait au delà du » détroit, que vous appelez les colonnes d'Hercule, une lie plus i> grande que la Libye et l'Asie (2). De cette lie, on pouvait fa- » cilement passer aux autres lies, et de celles-là à tout le con- » tinentqui borde tout autour la mer intérieure (3); car «e qui

(1) Les mots atlas et atlantique n'ont d'étyraologie satisfaisante dans aucune langue connue en Europe.

Dans la langue nahuall nous trouvons tout d'abord le radical a, atl, qui signiBe eau, guerre el le sommet de ta tête. (Molina, Vocab. en lengva mexicana y castellana, etc.) De là une série de mots, tels qa'aàan, au bord ou au milieu de l'eau, dont on fait l'adjectif atlantic. Nous avons encore allaça, combattre ou élre en agonie -, il peut signifier également lancer de l'eau, et le prétérit fait alias. Une ville à'Allan existât au temps de la découverte de l'Amé-

rique, à l'entrée du golfe d'Crabà

au Darien, avec un bon port: elle est réduite aujourd'hui à un pueblo sans importance, nommé Âcla.

(1) Ce qu'on appelait l'Asie à cette époque ne comprenait que l'Asie Mineure.

(3) Ces autres iles au raient- elles été les Antilles et la mer intérieure, bordée par ce continent, l'Océan Pacifique, puisque cette mer sente (sans doute à cause de son étendue) pouvait s'appeler une véritable mer, et ce continent un véritable conti-

— Si — » est en deçà du détroit dont nous parlons, ressemble à un port d ayant une entrée étroite (!) ; mais c'est là une véritable mer, ■> et la terre qui l'environne un véritable continent. Dans oette » lie Atlantide (2) régnaient des rois d'une grande et merwil- » leuse puissance; ils avaient sous leur domination l'île entière, » ainsi que plusieurs autres lies, et quelques parties du contii) nent. En outre, en deçà du détroit, ils régnaient encore sur » la Libye jusqu'à l'Egypte, sur l'Europe j usqu'à la Tyrrh éoie (3). » Tonte cette puissance se réunit un jour pour asservir d'an » seul coup notre pays (4\ le vôtre et tous les peuples situés » de ce côté du détroit. C'est alors qu'éclatèrent au grand jour d la vertu et le courage d'Athènes. Cette ville avait obtenu, n par sa valeur et sa supériorité dans l'art militaire, le coraman- » dément de tous les Hellènes. Mais, ceux-ci ayant été forcés » de l'abandonner, elle brava seule les plus grands dangers, n arrêta l'invasion, érigea des trophées, préserva de l'esclavage u les peuples encore libres, et rendit à une entière indépendance » tous ceux qui, comme nous, demeurent en deçà des colonnes » d'Hercule (5).

fl) Celtemer endeçà du détroit était la Méditerranée.

(2) D'après cette description, l'île Atlantide aurait été beaucoup plus rapprochée de l'Europe et de l'Afrique que de l'Amérique, et le lac Triton dont parle Diodore, disparu depuis par suite d'un tremblement déterre, et qui se trouvaitàl'extrémité occidentale de l'Afrique, n'aurait été que l'étendue de mer intérieure entre l'Atlantide et la Libye.

f3) C'est précisément dans cette circonscription, comprenant la Libye, l'Egypte et l'Europe jusqu'à ta Tyrrhènie, qu'on trouve les débris des races les plus différentes des races indo-européennes, celles dont la constitution physique, les antiques coutumes et les langues se rapprochent le plus de la constitution, des

mœurs et des langues des peuples de l'Amérique.

(4) Cette grande invasion de peuples, sortis des mers de l'Ouest el dont on retrouve déjà tant de traces en Afrique et en Europe, dans les races el les langues qui ne sont pas d'origine ftryane ou sémitique, devrait, ce nous semble, donner quelque peu à réfléchir aux savants qui prétendent réduire la philologie comparée à l'hébreu et au sanscrit.

C'est dans cette invasion qu'on sera forcé peut-être un jour de chercher l'origine des Hyesos, qui en étaient probablement le dernier Bot.

(5) N'est-ce pas à une des grandes invasions âryanes que Platon pouvait faire allusion, quand il oppose cette armée athénienne, venant de l'Est, pour combattre l'invasion

» Dans la suite, de grands tremblements de terre et des iuon -

• dations engloutirent en an seul jour et en une fatale nuit, ■ ce qu'il y avait chez vous de guerriers ; l'Ile Atlantide dîs-

• parut sous la mer ; aussi, depuis ce temps, la mer est-elle de- » venue inaccessible et a-L-elle cessé d'être navigable par la » quantité de limon que l'Ile abîmée a laissé à sa place (1).

' Aujourd'hui, malgré le silence tju'on paraît garder à ce sujet, on doute moins que jamais de l'authenticité de ce récit, et Bunsen, dont le monde savant admet la vaste érudition, se trouve lui-même forcé de le regarder comme un fait entièrement historique, quoiqu'il cherche maladroitement à en dénaturer les conséquences (2). «Le récit de Platon, ajoute àcesujetBailly (3), a Uius les caractères de la vérité. Ce n'est point une fiction pour amuser et instruire ses lecteurs. La preuve que Platon a raconté et non imaginé, c'est qu'Homère, venu six siècles avant lui, Homère, versé dans la connaissance de la géographie et des "mœurs étrangères, a, dans l'Odyssée, parlé des Atlantes, de

leur Ile [4) Le nom d'Atlas ou du peuple atlante retentit chez

tous les écrivains de l'antiquité. » H aurait pu ajouter : Et tous le placent dans l'Océan qui porte encore aujourd'hui son nom, à l'extrémité de l'Europe et de l'Afrique.

Reprenant a son tour lanterne matière, Humboldt dit: « Après la prétendue prophétie de Sénèque, c'est la grande catastrophe de l'Atlantide de Solon, qui, au moment de la découverte de l'Amérique, a le plus occupé les auteurs espagnols (5) Je

atlantique, que les Athéniens, do- t (1) Egypt's place in univers al rigine aryane, repoussèrent, et dont .history. etc., vol. IV, pag. 421. ils conservèrent le souvenir dans la (3) Lettres sur l'Atlantide, p. 43. célébrationdespelileaPanathénéesr (4) Odyssée, trad. deM"*Dacier, De là probablement date la prépon- . tome I, page 5 ; lome II, page 7. dérance de la race blanche Aryane Remarques; tome 1, page 65 ; tome sur les races plus ou moins brunes I II, pages 45 et 47. qu'elle trouva en Europe. (5) Examen critique de l'hist.

(1) Platon, Timée, traduct, de \dr.la giogr.dvN. Continent, tom.I, M. Victor Cousin, tom. XII, page 3 page 167 et suiv. et suiv. I

m'abstiendrai, écrit-il, quelques lignes plus bas, de soulever de nouveau une question de géologie si fastidieusement rebattue. » Mais lesujet entraîne, malgré lui, ce savant penseur, et continue avec sa pénétration habituelle : « Les problèmes de la géographie mythique des Hellènes ne peuvent être traités selon les mêmes principes que les problèmes de la géographie positive. Us offrent comme des images voilées, à contours indéterminés. Ce que Platon a faif pour fixer ces contours et agrandir les images eu y appliquant les idées d'une théogonie et d'une politique plus modernes, a fait sortir le mythe de l'Atlantide du cycle primitif des traditions auquel appartiennent le grand continent Saturnien (i), l'Ile enchantée, dans laquelle Briarée veille auprès de Saturne endormi et la Méropîs de Théopompe. Ce qu'il importe de rappeler ici, c'est le rapport historique du mythe de l'Atlantide avec Solon. Dans sa plus simple expression, le mythe désigne l'époque u d'une guerre de peuples qui vivaient hors des colonnes d'Hercule contre ceux qui en sont à l'est. » C'est une irruption de l'Ouest. Dans la terre Mêropide (2) de Théopompe et dans la terre Saturnienne de Plutarque, nous voyons, comme dans l'Atlantide, un continent en comparaison duquel notre obcouprôi ne forme qu'une petite lie. La destruction de l'Atlantide par l'effet des tremblements de terre se lie aussi a l'antique tradition de la Lyctonie, mythe géologique qui se rapporte au bassin de la Méditerranée, depuis l'Ile de Cypre et l'Eubée jusqu'en Corse, et qui, peut-être dans des temps bien récents, mais à l'imitation de la savante école d'Alexandrie, servait à étayer des systèmes géologiques par les traditions primitives des Hellènes, et fut célébrée dans les Argonautiques du faux Orphée (3). Ce

(1) Plutarque, De faeie in orbe de sea filles, qui s'était unie à un

iuruB, page 941, 2. Voir mon ou- martel, et qui, dans les Pléiades,

vrage Popoi Vuh ou Livre Sacré, restait voilée (obscurcie), presque

dans l'introduction, pageicix. cachée a» regard des hommesT

(2J Ce nom de Méropis, ajoute en (Apollod. Bibl., III, 10, 1, page 83,

note Humboldt, faisait-il allusion, êd.JIeyne.) en se liant au Titan Allai,. h la seule (%) Vers. 1274-1281. Sur un

mythe de la Lyctonie, bien ancien, sans doute, indiquant un danger menaçant le continent et les lies de la Grèce que les Atlantes veulent conquérir, aurait-il été transporté peu a peu vers l'ouest, au delà des Colonnes? Il est aussi bien remarquable que, parmi tous ces mythes cosmologiques que nous venons de citer, la Lyctonie et l'Atlantide soient les seuls pays qui, sous l'empire de Neptune, dont le trident fait trembler la terre, soient engloutis par de grandes catastrophes. Les continents Saturniens n'offrent pas cette particularité, et pour cela même l'Atlantide, malgré son origine probablement égyptienne et étrangère à la Grèce, me parait un reflet de la Lyctonie. De grands bouleversements ou, si l'on préfère une autre expression,. la croyance de ces bouleversements que l'aspect de la surface dn globe, des péninsules, de la position relative des lies et de l'artioulation des continents faisaient naître, devaient occuper les esprits sur toutes les côtes de la Méditerranée, lors même que l'Egypte, comme le prétendaient les prêtres, était, moins que tout autre pays, exposée à voir interrompre par des révolutions physiques, brusques et partielles, l'ordre régulier des phénomènes politiques. . . .

a La liberté extrême avec laquelle Platon, surtout dans le Critias, traite le sujet de l'Atlantide, a rendu très-naturellement

douteux le rapport de tout ce mythe avec Solon Dans dette

supposition, récemment renouvelée (1), Platon, loin d'avoir puisé a la source de Solon, aurait rapporté lui-même le mythe de l'Atlantide de son voyage d'Egypte. Mais la vie de Solon par Plutarque semble rendre au grand législateur d'Athènes le

passage analogue de Callimaque.

Voyez Ckert, Geogr. der Romer urid Griech , tome I, Abth. 2, pag.

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