VIT
(3) Reisen und E)itdeckungen in Nord un Central Africa, etc., vol.
I, pag. 256.
(4) Voir l'Ecrit du frère Romain
Pane, à la suite de Landa, pag. 438, 440. Les Caracaracols sont d'entre les populations les plus antiques de Haïti et des autres Antilles. — Carib est un pluriel quiche de car et caraib de cara.
comme Carus et Cariariîm Honduras, comme Cares, Carahacas, Caracas, Carachines, Caramantas, Carangues, Carcares, Carares, Caravaros , Cariacos , Carios , Caripunos , Cariones , Cartamas, ou comme Guarani, Galibi, etc. dans l'Amérique méridionale, nous ajouterons qu'il a partout le môme sens d'homme, de guerrier par excellence, de vaillant, ainsi qu'en Afrique et en Asie (1). Ce sont là des noms sous lesquels sont encore connues des populations nombreuses, et qui, dès les temps les plus anciens de l'histoire américaine, jouèrent, dans les régions les plus diverses, des rôles considérables, ainsi qu'on le verra plus loin.
Dans son travail, sur les rapports des différents peuples de l'Afrique et de l'Asie, qui se rattachent aux noms de Cares , de Barbar ou Varvar, M. d'Eckstein cherche surtout à faire ressortir le trait caractéristique qui les distinguait entre les autres nations : il cherche les origines de la Gynécocratie , c'est-à-dire du règne de la femme dans la famille, de son influence dans la société civile, de son autorité dans l'État, trois choses qui paraissent découler clairement des preuves historiques qu'il apporte, pour en constater l'existence, d'un côté, chez les vieilles races berbères et libyennes; de l'autre, chez un grand nombre de populations de l'ancienne Asie. C'est par les institutions de la Gynécocratie qu'il les rattache les unes aux autres, pour les faire descendre, plus ou moins, d'une souche commune qui, dans son opinion, serait la race brune ou chamitiquedu centre de l'Asie (2). Ce qui nous a particulièrement frappé à cet égard , c'est qu'en comparant les Cares ou les races qui leur sont alliées dans l'ancien monde, à celles du continent américain, nous trouvons pré-
(1) Rochefort, llhl. nal. et morale des Anlilles, page 401. D'après cet écrivain, Caraib signifiait belliqueux, vaillanl, doué d'une dcxlcrité, d'une force extraordinaire.
C'est le même sens que donne au mot Guarani le père Antonio Ruiz (Tesoro delalengua Guara7ii). Alors
Guarani, Carini, Caribe auraient la môme origine que le mot ivar, guerre, ainsi que dans plusieurs langues germaniques (Al. d'Orbigny, L'homme américain, tom. II, page 268).
(2) Les Cares ou C ariens dans l'antiquité, II" part. i.
cisément, ainsi que nous l'avons exposé ailleurs, avant de connaître le travail de M. d'Eckstein, les traces de la Gynécocratie et des désordres qu'elle avait enfantés, non-seulement chez la plupart des nations cares de l'Amérique méridionale , mais encore chez un grand nombre de tribus surtout de la race nahuatl, avec qui les Cares paraissent avoir été intimement alliés (1).
L'Écriture sainte, qu'on ne consulte jamais en vain, dans les questions de races, malgré son extrême concision, comprend sous le nom de Cham , quatre des principales branches de l'espèce humaine : ce sont celles des Chus, de Phut, de Mizraim et de Chanaan. Les Lahabim ou Libyens n'y paraissent qu'en sousordre, rattachés au tronc de Mizraïm (2) ; mais Chus, Phut et les Libyens sont presque inséparables dans le souvenir des prophètes (3). Peuple pasteur, agriculteur, métallurge, marin, pirate, Lahabim est tout cela, selon son séjour dans l'intérieur, ou sur les côtes de l'Océan. Répandu dans les oasis du voisinage de l'Egypte , sur toutes les côtes de la Méditerranée et de l'Océan Atlantique, depuis la Cyrénaïque jusqu'aux extrémités du Maroc, maître des vallées et des crêtes du mont Atlas, nous les voyons mêlés à des tribus de Barbaroi, d'Afrigh, à la race de Phut, dont le nom existe encore aujourd'hui dans celui de Phetz^ Fez, ou Fezzan (4). Faisaient-ils partie de ces nations qui, « venues au travers de la mer Atlantique, » menacèrent autrefois la Grèce et l'Egypte? C'est ce que la tradition ne nous apprend pas. Mais, navigateurs de vieille date, comme le prouve leur établissement aux Canaries, nous pouvons en conclure qu'ils n'étaient pas étrangers à la race des Guanches, que les débris de leurs traditions, de leur caractère et de leur langage, paraissent identifier, d'un
(1) Popol Vuh ou Livre sacré des Quiches. Introduction, pages glxviii,
CCXXIII et CGXLIII.
(î) Genèse, cap. x, v. 6.
(3) Nahum, cap. ui, v. 9;
(4) Matute, Prosop. de Christ., edad. II, cap. 2, g 2, fol. 76. — Mortier, jElymolog. sacr. ad verb.
Africa, fol. 19.
côté, avec les insulaires des Antilles (1), et, de l'autre, avec les Égyptiens et les Berbères (2\ Le nom de Brbr^ donné d'ailleurs aux pyramides d'Egypte, à cause des princes qui les édifièrent ,3), les ressemblances frappantes que l'histoire et les découvertes récentes nous signalent entre ces princes et les races libyennes, dont on croit retrouver le type dans les peuples primitifs de l'époque la plus civilisée des Memphis (4~;, tout aujourd'hui semble se réunir, pour montrer dans les fondateurs de l'antique civilisation égyptienne, une race atlantique, issue, probablement, de ces envahisseurs de l'ouest, dont le cataclysme dut arrêter le développement et dont les Hycsos auraient été le dernier flot (5).
Ces notions, rapprochées les unes des autres, finiront, peutêtre, par jeter quelques lueurs suri' histoire primitive de l'Afrique et conséquemment de l'Europe occidentale. Nous avons parlé de la parenté qui paraît exister entre les idiomes des nations libyennes et la langue des Basques ; entre celle-ci et la langue des anciens Ibères. Ajoutons, pour compléter ces notions, en vue des relations que le nom et les institutions des Cares établissent entre
(1) Pierre Martyr d'Angliiera, De Insulis, etc.
(2) Pruner-Bey, Sur l'origine de l'ancienne race érjyplienne, dans les Mém. do la Société d'Anthrop., tome I, page 401. — Eckstein, les Cares elles G ariens, etc., 2« part.
IX. — Rertlielot, Mémoire sur les Guanchrs, dans les Mém. de la Société ethnologique de Paris, tome I, 1841. — Barnard Davis, Sur les dèformalions plasliques dit crâne, dans les Mém. de la Société d'Anthr.
18G3, tome I, page 379.
(3) Eckstein, Les Cares eW ariens, 2* part. viTi.
(4) Je renvoie encore au Mémoire si intéressant et à la fois si savant do M. Pruner-Bey Sur l'origine de Vanciennerace cgyplienne, passim.
(5) Si cet empire atlantique, dont
le prêtre de Sais entretenait Platon, a pu étendre son influence jusqu'en Egypte, qui sait si ce n'est pas de là qu'il faut dater le commencement de Menés? Les Ilycsos seraient les épaves de ces invasions, restées en Afrique après le bouleversement.
Les belles statues et les sphinx trouvés par M. Mariette dans les fouilles de Tanis, ont bicri plus le caractère berbère et américain que sémite ; les poissons dont les premiers font offrande à Soutoch, rappelleraient d'ailleurs l'océan d'où ils sont sortis, et les dieux Makares ou poissons, autres symboles du dieu.
Voir les deux lettres de M. Mariette Sur les fouilles de Tanis, dans la Hetue Archrologiquc , datées du Caire du 20 décembre 18G0 et du 30 décembre 1801.
les nations du monde entier, ce que Strabon nous fait connaître au sujet des femmes ibériennes qui paraissent avec les hommes sur les champs de bataille (1) : il nous les montre, surtout chez les Cantabres, ainsi que chez un grand nombre de peuples de l'Afrique (2), investies de privilèges spéciaux, exerçant la puissance, ainsi qu'on le voit même en Egypte. En Cantabrie, elles accouchaient en plein champ : c'étaient les maris qui se mettaient au lit, comme s'ils avaient été en mal d'enfant etles femmes qui les soignaient (3). C'est exactement ce qui se pratiquait dans plusieurs des régions de l'Amérique et du Yucatan, entre autres chez les Gares des montagnes de Copan et de Chiquimula (4). Remarquons, en passant encore, avant de quitter l'Espagne, un autre souvenir des Gares américains, qui n'est pas moins important, celui des dépressions que les mères faisaient subir aux crânes de leurs enfants, et dont l'usage se retrouve chez la plupart des nations qui se rattachent aux Gares ou aux Nahuas en Amérique (5). On sait d'ailleurs que la population de la province ou capitainerie générale de Guipuzcoa est, trèsprobablement, en grande partie, formée par les descendants des anciens Carites et Varduli (ou Bardules, dont les noms ne sont pas moins significatifs), se trouvant entre les Gantabri et les Autrigones à l'ouest et les Vascones à l'est (6j. »
« En ces vieux jours du monde, dit encore M. d'Eckstein, où Ibères et Libyens, Lahabim et Phoutim s'enlaçaient plus ou moins à travers l'Europe occidentale et poussaient jusqu'au sein de l'Irlande et de la Grande-Bretagne, les monuments de Mizraïm semblent révéler des rapports maritimes de ces Libyens et probablement de ces Ibères avec les Gares et avec
(1) Strabon, lib. 111, 3.
(2) Eckstein, les Gares ou Cariens, etc. 2*= part, vu, viii, etc.
(3) Strabon, lib. 111, 4.
(4) Relacion del licenciado Palacios. — Uerrera, Hist. gen. de las
Ind. Ofc.decad. IV, lib. 10, cap. 14.
(5) Popol Vuli ou Livre Sacré, etc. Introd. pages clxxi et ccii.
(6) Houzé, Allas universel hislorique el géographique, cartes d'Espagne, 1 à IV.
les autres races anté-pélasgiques des côtes de la Grèce et de l'Italie, ainsi que des îles de l'Archipel (1). »
C'est, dureste, dans les rapports des Gares et ceux des peuples atlantiques qu'il faut chercher à découvrir les vestiges de l'ancienne histoire des deux mondes. Le mystère de la langue étrusque s'éclaircira, peut-être aussi, par ses rapports avec quelqu'un des idiomes lihyens ou de ceux de l'Amérique. Les faibles traces par lesquelles on s'est efforcé de la rattacher aux langues indo-européennes, n'inspirent aucune confiance, u Les Étrusques, a dit depuis longtemps Denys d'IIalicarnassc, ne sont semblables à aucune autre nation pour le langage et les mœurs. Le peuple de Raz, comme ils s'appelaient eux-mêmes (2;, ne se distinguait pas moins des Italiens latins ou sabelliens et des Grecs, par leur apparence que par leur langue; au lieu des proportions élégantes et symétriques des Italiens, les sculpteurs toscans ne nous présentent que des figures courtes et trapues, avec de grosses têtes et de longs bras. Leur religion, d'un autre côté, présente un assemblage étrange de combinaisons mystiques des nombres, de pratiques sauvages et terribles,» où l'on croit retrouver tous les mystères des religions du Mexique. Mais, ainsi que chez lesChichimèques, chez les Natchez,chez les nations nahuas de Panuco, de Teo-Golhuacan et au royaume de Quito (3), la femme est reine, comme elle l'était également en Egypte (4) : elle a son rôle en face de l'homme, du roi ; elle est prêtresse, inspiratrice, législatrice et oracle. Les jeunes filles étaient des hétaïres sacrées, esclaves du temple d'une déesse de la pyramide, d'un foyer de la tombe. C'est le pendant exact de ce qui est rapporté des filles des rois et des grands, dans cette
(1) Les Gares ou les C ariens, etc.
page 197. — Briigsch, Z^jc. Gùogr. der Nachbarlœnder Egyplens, papr. 83-88.
(2) Momscn, Ilisl. Romaine, trad.
édit. de Bruxelles. Tom. I, chap.9.
(3) Calancha, Coronica moralizada de la provincia de San Auguslin del Pcru, lom. 1, pag, 473
(4) Voir mon Popol Vuli, elc.
page CLXViii, elc.
race de princes berbères qui envahirent l'Egypte et bâtirent les pyramides. C'est exactement ce qui est raconté des jeunes filles de souche lydo-carienne , qui contribuaient à l'érection des monuments funèbres des rois , en se prostituant aux marchands et aux étrangers, dans le foyer du temple de la déesse. En voulantrattacherles Étrusques aux Lydiens, les écrivains qui se sont occupé de cette matière, cherchaient tout simplement à les faire sortir d'une souche sémitique. Mais s'il y a le moindre fondement à faire sur le récit de cette irruption de peuples, sortant, à l'ouest, de la mer Atlantique, c'est évidemment à ces races mystérieuses qu'il faut les ramener sous beaucoup de rapports. S'ils sont sortis de l'Asie, ce ne peut être que par suite de leur origine première, après de longues migrations, ou bien, par les Gares, avec lesquels ils avaient des liens de parenté ; c'est aussi par ces liens antiques que se trouvent alliés tous les hommes de race brune, tels que les Mongols, les Américains et les Égyptiens, dont la souche commune se retrouvera, peut-être, un jour, dans les régions de l'Asie centrale. Tous ces peuples, ainsi que ceux que nous avons énumérés plus haut, sont issus de race chamite, et sont ainsi parents à des degrés plus ou moins éloignés : ils appartiennent à la même formation piimitive chez laquelle, selon M. d'Eckstein, lagynécocratie ou l'empire des femmes fut établie comme le principe fondamental de la société (1).
, Quant aux Gares que les savantes recherches de cet écrivain nous montrent, presque comme les maîtres du vieux monde, avant les Aryas et les prédécesseurs des Phéniciens sur toutes les mers, faut-il s'étonner que nous les rencontrions également sur toute l'étendue de l'Amérique? faut-il s'étonnei- que nous trouvions leur nom mêlé aux cosmogonies antiques, aux plus anciennes légendes, aux invasions les plus considérables, comme
(1) Eckstein. Les Gares ou Cariens, 2« part, page 197
— 7G — à la fondation des empires, aux jours les plus fabuleux de l'histoire de ces contrées? Nous les y trouvons à des époques diverses, avec leurs institutions et leur culte. D'où venaient-ils originairement? étaient-ils de la môme race que ces populations qui, sous le nom d'Atlantes, envahirent l'Europe et l'Afrique, dans les temps antérieurs à la grande catastrophe diluvienne, qui sépara les deux mondes, à l'Occident et à l'Orient; ou bien, furent-ils conduits, par suite de cette catastrophe, à se disperser et à émigrer à la fois, d'Asie en Afrique et enEurope, et d'Asie en Amérique? Dans l'opinion deM. d'Eckstein, cette catastrophe aurait certainement réagi sur les destinées de l'Afrique (1) : elle aurait, ainsi que nous le pressentions tout à l'heure, amené dans l'Egypte les rois libyens, fondateurs des pyramides, et causé l'apparition des Gares sur les côtes de la Méditerranée, en Libye et en Palestine. Ces mêmes causes auraient déterminé ultérieurement l'occupation des îles de la Méditerranée, après quoi se seraient formés les premiers établissements qui surgirent sur divers points de la Grèce anté-pélasgique et de l'Italie anté-latine ; les Gares auraient fini, de cette manière, par constituer une puissance maritime carienne sur les côtes de la Gilicie et de la Lycie, aussi bien que du côté delà Lydie et de la Phrygie primitives (2). '
(1) Eckstein, /oc. Ci7. \mogonie de Sanchonialhon , p.
(2) Sur les sources de la Cos- I 209.