‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans les monuments égyptiens et de l'histoire primitive de l'Ancien monde dans les monuments américains?Chapitre 17 sur 27 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Les Cares en Amérique. Leur extension considérable sur ce continent. Culte des dieux Macares en Asie, dans l'Inde, en Amérique. Macar, Cipactli, Ymox, Macar-Ona. Le Melcarth des Tyriens et les dieux poissons du Guatemala. Quetzalcoliuatl.

En Amérique, nous voyons se produire le même fait qu'en Asie. Dimivan Caracol et ses trois frères sont présentés comme une des causes de l'inondation qui déchire le continent et produit la mer. C'est de son épaule que sort la tortue qui sera la première terre où ils aborderont et qu'ils cultiveront de leurs mains, et c'est avec leur aide que les hommes auront des femmes à qui ils pourront s'unir (1). Une tradition antique conservée parmi les Guarani^ rapportait également l'origine de cette grande famille à deux frères Tupi et Guarani (2), qui, à la suite de la grande inondation, abordèrent aux côtes du Brésil, avec leurs femmes et leurs enfants et bâtirent les premières villes qu'on etit vues dans ce pays (3). En conséquence de graves dissentiments, survenus entre les deux frères ou les deux familles, ils résolurent de se séparer, et ils se dispersèrent insensiblement dans toute l'étendue de ces vastes régions, où on les reconnaît au nom de Tupi et de Guar^

(1) Pierre Martyr, Sum. Rel.

dette Indic. Occid. Coll. di Ramuzio, tom. III, f. 34-5. — Ecrit, du frère Romain Pane. Voir ciaprès pages 440, 442, 437.

(2) Guevara, Hist. del Paraguay, etc. en la col. de Hist. Argentina, tom. I, pag. 76.

(3) Ce texte est d'autant plus curieux qu'à l'époque de la découverte de l'Amérique, les Guarani ne bâtissaient plus de villes, mais de simples bourgades, a Resolvieron » levantar ciudades para su mo- » rada, las primeras, segun ellos » decian, de todo el pais. »

gar, ou car, que l'on retrouve dans les noms d'un si grand nombre de nations. Les traditions antiques du royaume de Quito nous montrent les Caras, débarquant de l'Océan Pacifique au Rio Esmcraldas, d'où ils s'étendent dans l'intérieur où leurs chefs établissent plus tard la dynastie des Scyris (1) : on en voit d'autres apparaître en plusieurs endroits des côtes du Pérou et du Chili, où ils fondent des villes qui portent leur nom, et c'est à un chef cara sorti delà vallée de Coquimbo que les souvenirs antiques du lac de Titicaca attribuent le massacre des hommes blancs de Chucuyto (2). Les innombrables États d'origine care ou caraïbe, qui existaient encore à l'époque de la conquête, soit à l'intérieur de l'Amérique, soit sur les côtes que baignent les deux mers, attestent l'antique puissance de cette race prodigieuse (3).

« Le culte des dieux Macares est celui des Carcs, premiers dominateurs de la mer, ajoute M. d'Eckstein (4), comme il fut très-anciennement aussi celui des Lydiens, des Phout, des Ibères, en tant que navigateurs des côtes de la Méditerranée et des rivages de l'Atlantique, tout cela bien longtemps avant qu'il passât aux Pélasges, après avoir été le bien commun des Gares et des Phéniciens. Ce culte naquit sur les rives de l'Océan Indien et domine dans les régions du Guzzurate, du Ratch, des bouches de rindus, des côtes delà Gédrosie, de la Perside, du golfe Per-

(1) Velasco, JJisl. du royaume de Quito, trad. Ternaiix , lib. 1, ^ 1.

(2j Herrcra , Ilist. gen. dec. v, lilh m, cap. G. — Dans le même chapitre, l'auteur parle d'une ville de Cliangara, commandée et défendue, dans la suite, par des amazones contre un chef contraire aux Gares, et qui, suivant Zarate, aurait été la tige des Incasdu Pérou :ce(iui rappellel'existence de la gynécocratie carienne.

(3) Voir tous les auteurs qui ont traité de l'histoire de la découverte

et de la conquête , principalement de l'Amérique méridionale.

(4) Eckslein, Sur les sources de la cosmogonie de Sanchonialkon, page 150. — C'est ainsi que dans les vestiges des traditions de Haïti, on voit Guahagiona enlever les femmes et les transporter à Malinino (Martinique), île de la mer des Antilles, puis jouir d'une autre dans l'Océan, etc. Voir plus bas l'Ecrit du frère Homain Pane, pages 434-435.

sique et de l'Arabie, jusqu'aux extrémités des régions éthiopiennes. Le nom de Makam fleurit partout et cela avec un sens précis, dans les légendes du Guzzurate.

» Partout où nous rencontrons les dieux Macares, nous les découvrons avec le double caractère, 1° de dieux des îles Fortunées, d'hommes d'une race divine, et 2" de dieux infernaux, d'hommes d'une race barbare, offrant des holocaustes humains. L'abolition de ces holocaustes a lieu, lorsque le dieu Kâma se dévoue, lui, le grand dieu des côtes de l'Inde occidentale. C'est un vrai Cham par le nom et par l'idée ; c'est l'Erôs de l'Océan Indien. Spécialement adoré dans la péninsule du Guzzurate, il est le premier navigateur de l'Océan. Pour triompher du monstre, du tyran de l'abîme, il s'enfonce dans sa gueule, comme le Melcarth de Tyr, comme le dieu des îles et des côtes de la terre ferme des Gares. Dieu des extrémités du globe oii l'Amour trouve son chemin ; dieu des Libyens et des Ibères, il a passé aux Grecs avec des modifications nombreuses. Il renaît sur les côtes du Guzzurate, où il célèbre son premier triomphe comme vainqueur du Macare, du monstre ou de la baleine qu'il porte en sa bannière; d'où lui vient le nom de Makara-kétou, de Makaradhvadscha. Il s'entoure partout d'unharem de femmes qui l'enlacent et le dominent ; il est le bien-aimé de la Gynécocratie, dans tous les lieux où sa lumière abonde et se promène. »

Si des régions et des mers de l'Asie, nous repassons de nouveau en Amérique, nous y retrouvons les mêmes symboles que dans l'ancien monde, souvent avec les mêmes noms, toujours sous des noms analogues. Celui des dieux Macares, inexplicable ailleurs, d'une manière rationnelle, s'explique là. Macar, dans l'ancien Quiche (1), est le poisson, le monstre marin antique, celui

(1) Macar, composé de ma, mot dont ils usent dans le sens de vieux, ancien, et aussi comme une parole d'amour, — et de car, poisson et femme mondaine, prostituée (Xime-

nez,. Tesoro de las lenguas quiche, cakcinquel y zuluhil, etc. part. I).

Qui sait même si le moi maquereau^ ou maherel , fils de macar, ne viendrait pas de là?Les étymologies

qui s'élève au-dessus des autres, le Ciijactii des Mexicains, le premier signe, représenté par un cétacé formidable, appelé aussi Ymox (d) en quiche et Ymix dans la langue yucatèque. Macar, dans le quiche encore, signifie symboliquement l'amour et l'embrassement d'une prostituée (2). Or, peut-on rien qui corresponde plus franchement à l'idée de la divinité des Gares de l'Asie, navigateurs sur toutes les mers, fondateurs des institutions gynécocratiques et des temples, dont des prostituées étaient les prêtresses? Remarquons également que ce sont les lieux oii les Gares paraissaient avoir établi le plus solidement leur dominalion, dans les provinces situées entre le Darien et le golfe de Maracaibo, que le nom de Macar a survécu aux révolutions de la nature et du temps, dans celui de Macar-Ona, que gardèrent jusqu'à leur entier assujettissement aux Espagnols, les rois des tribus de Bonda, de Malambo et de Tayrona (3). Ce sont ces provinces, où le nom de presque chaque localité importante commence en car, cara ou cari, dont les montagnes H'Abibe, à'Ahraime, d'Abraiva, si riches en métaux et en bois précieux, dont les côtes étaient naguère si célèbres par leurs pêcheries de perles, que se conserva, avec le titre de Macar-Ona, le souvenir des

onl (Quelquefois une origine si étrange.

(1) Ymox se traduit encore par espadon, sorte de monstre marin, dans le Vocabulaire de la langue quiche e.

(2) Voir la note précédente (2).— Du mot car, quiche, se dérivent une foule de mots servant à indiquer l'obscénité^ la prostitution, etc.

plus ou moins, comme le mot poissarde en français. A propos du mot Makarah, Eckstein dit qu'il n'a pas de racine dans l'idiome des Aryas :

« 11 aura appartenu à la vieille race des Ethiopiens de l'Orient et de l'Occident, ajoute-t-il, en passant d'eux et de leur culte aux Sémites et aux Aryas. Movers en a largement traité dans le premier volume

de son important ouvrage ; mais il a la manie de vouloir tout ramener à un type strictement phénicien. »

(Sur les sources de la cosmogonie de Sanchonialhon, pages 1 50- 1 5 1 .J Qu'eût dit Eckstein, s'il avait connu les sources américaines de ce nom'?

(3) Gastellanos, FJegias de varonesiluslres de Indias , en la Bihl.

de Autores esp, Madrid, 1847.

Part. II, canto 3", page 533 . Oe nom est répété à plusieurs reprises, tanlot comme titre, tantôt comme nom propre, et il est donné aussi interverti en Maracona et Marona, peutêtre par licence poétique, aux montagnes où ces chefs commandaient.

Le nom du lac ou golfe Maracaibo n'est lui-même que le nom de Macaraibo interverti.

Limnées fameuses des Tayronas, où se forgeaient les armures d'or dont se couvraient tous les rois de l'Amérique (1).

Macar, disons-nous, était aussi le môme que Melcarf h, VRercule phénicien (2) que les médailles antiques, trouvées à Cadix, représentent aussi par deux poissons (3), symboles également des deux jumeaux Hunahpu, de Guatemala, moitié hommes, moitié poissons qu'on voit, sous cette image, dans le MS, dit Mexicain, n° 2, de la bibliothèque impériale. D'une extrémité à l'autre du globe, on le retrouve donc avec les mômes caractères, dans la Méditerranée, aussi bien qu'en Amérique et que dans l'Inde. Ici le Macar se montre sous le nom de Shambarah, dit M. d'Eckstein (4), le Macar ou Macaryah, monstre marin qui avait englouti Kâma (Eros), dont il est aussi le symbole, comme Oannès à Babylone. Macar est le premier navigateur ou plutôt l'image du ciste qui transporte les premiers colons avec la civilisation, d'un monde à l'autre. C'est ainsi qu'au début des histoires religieuses et astronomiques des Mexicains, Cipactli^ appelé aussi Cipactonal, le premier-né, au retour de la lumière, celui qui le premier fut sauvé du déluge (5), est figuré tantôt comme le monstre marin, vomissant un homme de sa gueule entr'ou verte, tantôt avec le nom de Quetzalcohnatl^ sous la forme d'un dragon, d'un serpent épouvantable, engloutissant une forme humaine, ou bien, blessé à mort et se débattant dans l'agonie, baigné de flots de sang (6).

(1) Piedrahita, Ilisl. g en. de las conquistas del nuevo Beyno de &ra- ?iada, lib. III, cap. 1 . — Julian, La Perla de la America, prov. de Santa-Marla, reconocida, etc. Dis.

VIII, § 4. — Laet. {De novo orbe) dit : « Ab oppido Santae Marthae ad Ra- » madam auri reperiuntur metalla :

» in Tayrona quoque plurima Lem- )) ma, quantumvis pretii. »

(2) Melcarih , en supprimant le Ih final, a encore un sens analogue dans le quiche : mel, paroled'amour, signifie ma chérie, etc. et car, pois-

son, ou femme mondaine , etc. (Ximenez, Tesoro de las lenguas, etc.) Dans le canon d'Eusèbe, édité par Scaliger, ce nom est traduit par ôec^aç, qui signifie, dit-il, Dieu des amants. (Scaliger ad Euseb. 1,498.)

(3) Anton. August. Dialog. viii.

Monet. 9, fol. 323.

(4) Eckstein. Sur les sources de la cosmog., etc. pag. 153.

(b) Cod. Mex. Tell. Rem.

(b; /i/rf. — Fabregat, Exposîzione del Cod. Borgia, MS. de ma Coll.

Chose remarquable, d'ailleurs, c'est du moment de son apparition que date la mesure du temps ; c'est pourquoi on l'appelle encore Ce Acatl, Une Canne, nom du jour oti se montra pour la première fois Tlahuizcalpan-teuctli ou l'Etoile du matin, après les convulsions de la terre abîmée par le déluge (1). C'est ce serpent qui ondule en replis monstrueux autour de l'édifice qu'on admire à Uxmal, sous le nom de Palais des Vestales, et entre les mâchoires duquel se montre une tête couronnée du diadème royal (2\ Ce serpent est orné déplumes : c'est pourquoi on l'appelle Quetzalcohitatl, Gucumatz ou Kukulcan. Au moment oii le monde s'apprête à sortir du chaos de la grande catastrophe, on le voit apparaître, « comme le Créateur et le Formateur, lorsqu'il » n'y avait encore que l'eau paisible, que la mer calme et seule » dans ses bornes;.... enveloppé de vert et d'azur, il est sur l'eau » comme une lumière mouvante (3). »

{\.)Cod. Mex. Tell. Rem. fol. 17.

verso. — « L'homme, le Tchàkchuschah, issu du lleuve de l'Oxus, et d'origine fluviale, y invente une science , une industrie. Le jour ou la canne sert d'hiéroglyphe, et pour la mesure du temps. L'heure de vingt-quatre minutes reçoit le nom d'une nàdi , nàdikà ; elle est indiquée sur la tige du jour aquatique, elle y est gravée ou incrustée comme une mesure du temps. Le nâdimandalam est l'expression de l'équateur céleste ; le nàdi-nakchatram est l'étoile de la naissance de l'homme, etc. Le nadi-taranga est l'astronome, l'astrologue qui calcule les ondes dans le mouvement des temps. » (Eckstein, Sur les sour-

ces de la Cosmogonie de Sanchonialhon, page 249.)

(2)Stephens, Incidenls oftravel inYucalan.vol. I, page 302. — Voir aussi les photographies de M. Charnay et son ouvrage Cilés et ruines américaines.

(3) Popol-Vuh, Livre Sacré, etc, page 7. Les mots qopa ha zakleloh^ être sur l'eau comme une lumière mouvante ; dans le Popol-Vuh nous traduisons comme une lumière grandissante, ce qu'exprime le mot zakletoh qui signiiie le reflet d'une lumière brillante, mais tremblotante sur l'eau, légèrement ridée; c'est bien là l'idée d'une étoile réfléchie sur la mer par un beau temps.

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