‹ S'il existe des sources de l'histoire primitive du Mexique dans les monuments égyptiens et de l'histoire primitive de l'Ancien monde dans les monuments américains?Chapitre 19 sur 27 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Pan et ses diverses personnifications. Amon-Ra. Pan et Maïa en Grèce et au Mexique. Pantecatl et Maïaoel à Panuco. Les quatre cents mamelles de la déesse. Khcm et Ilzamna. Les quatre Ganopes en Egypte et au Me.xi(iue. Le Sarigue et Soutech.

Un symbole non moins ordinaire dans les monuments égyptiens, c'est le signe 1, que les cgyptologues traduisent par neter,

dieu, et qui accompagne, dans les hiéroglyphes, toutes lesdivinités égyptiennes : dans son acception la plus commune, en dehors du cercle divin, ce signe s'exprime par ter, qui a le sens d'une hache ou d'un marteau, ou bien par le mot tout, omnis (1), et de là l'identification de ce signe par quelques écrivains avec le Pawdes Grecs, symbole delà génération universelle(2). Ce qui semblerait confirmer cette opinion, c'est l'interprétation que M. de Rougé donne aux diverses variantes du groupe "l"!"] ou , qui,

en opposition du sens qui leur est donné par M. Birch, d'après GhampoUion, désigne un ensemble de dieux, groupe que le savant égyptologuc français lit PAU, signifiant au pluriel un cycle de dieux (2). Cette explication vient parfaitement à l'appui de la précédente : car il est reconnu de tout le monde que Pan, Mendès, Priape, Amon^ Amon-Cnouphis, Knbph et Ilorus^ sont

(1) Peyron, Diclionnaire de la langue copie, au mot Pan. — GoulianoT, ArcMoloqie égyptienne, tom.

III, page 284 et suiv.

l'I) E. de Rougé, Elude sur une sièle égyptienne, appartenant à la nibliolhèque impériale. Paris, 18 58, p. 24-25.

également des personnifications symboliques du soleil, le grand Démiurge des Égyptiens ; et que toutes ces divinités ne sont rigoureusement qu'un seul et même personnage mythologique.

« Le Démiurge, dit Champollion (1, la lumière éternelle, l'être » premier qui mit en lumière la force des causes cachées, se )) nomma Amon-Ra ou Amon-Ré (Amon Soleil); et ce créateur » premier, l'esprit démiurgique, procédant à la génération des » êtres, s'appela Amon et plus particulièrement Mendès... » Etienne de Byzance {de Urbibus, au mot Ilavoç -nrôXt;) parle en » ces termes de la statue du dieu qu'on adorait à Panopoif/5 : « Là » existe, dit-il, un grand simulacre du dieu habens veretrum » erectum. Il tient de la main droite un fouet pour stimuler la » lune; on dit que cette image est celle de Pan. » C'est là une » description exacte et très-détaillée de YAmon-Générateur, » figuré sur notre planche. »

En Grèce, à côté du culte de Pan et d'Hermès, se montre celui de Mata, donnée comme la mère d'Hermès qu'elle aurait eu de Zeus, qui n'est autre que Pan lui-même (2), et Maïa est regardée comme une sorte de Cybèle et une personnification de la terre. Ouvrons de nouveau le livre des traditions américaines et nous y retrouvons, ainsi qu'en Grèce et en Egypte, Pan et Maïa, sous les mêmes noms, avec les mêmes attributs, avec la même variété de personnifications et de symboles. Pan-tecatl^ dans le rituel mexicain, l'homme par excellence, Pan est le même que Cipactonal ({m q?>1 considéré comme le premier-né de la lumière après la catastrophe du déluge (3) : il est le dieu des

(1) Panthéon égyptien, texte h.

pi. 1 et 5.

(2) A. Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, depuis leur origine jusqu'à leur plus parfaite constitution. Paris, 1857, tome I, pages 106-106.

(3) Cod. Mex. Tell. Rem. fol. { 5.

V. aPanlecall, marido de Mayaguel, » que por otro nombre se dixo Ci-

» pactonal, que salio del diluvio. — » Este Pantecatl es seiïor destos » trece dias y de unas rayces » quelles echavan en elvino, porque » sin estas rayces no se podian em- » borrachar, aunquemasbeviessen.

» Y este Pantecatl dio el arte de » hacer el vino, porque como este » hizo, odio ordeu como se hiciesse » el vino, y los hombres que han

amours lubriques et de l'ivrognerie ; car c'est lui qui ensuite, sous le nom de Cuextecatl (1), parcourt les campagnes, dans les folies de l'ivresse, en exposant partout sa nudité, et sa compagne est Maïa ou Maïaoel, qui a inventé l'art de faire le vin, octli, qu'elle a tiré du maguey ou aloès (2;. Ce dieu était adoré dans tout le Mexique et dans l'Amérique centrale, et il avait à Panuco ou Panco, exactement Pfl?2o/9o/?s (3), des temples superbes où les Espagnols trouvèrent, à leur entrée au Mexique, des simulacres de Pan aussi prodigieux qu'ils étaient obscènes (4). On en découvre encore chaque jour dans ces contrées, et nous avons vu fréquemment nous-mêmes des statues de ce genre, liabentes vere-

» bevido estan valientes, bien assi >> los que aqui naciessen, serian » esforçadoà. »

(1) Sahagun, Ilisl. gen. de las cosasde Nucva Espana.édit. Bustamante, Mexico, 1830, tom. III, lib. X, cap. XXIX, § 12. « Era muger » la que començo y supo primero, >) ahugerar losmagueyes para sacar )) la miel de que se hace el vino, y )> llamal)ase Maiaoel, y el que hallo » primero las raices que echan en )) la miel se llamaba Pantecall.. ..

» y luibo un Cuexleco, que era cau- )) dillo y seûor de los Guaxiecas, » que bebio cinco tasas de cl, » con las cuales perdio su juicio, » y estando sin él, écho por alii sus » maxlles, descubriendo sus ver- » glienzas.... »

(2j Maya ou Maïa, nom antique d'une parLic du Yucalan, paraît signifier aussi la terre, et le complément de son nom liuel , oel ou cl.

est ce qui sort ou surgit, comme le jet ou la pousse du maguey ou aloès dont il va être question. Quant au vin dont on parle ici, c'est l'oclli nahuutl , aujourd'hui pulqué au Mexique, c'est-à-dire la sôve de l'aloès qui se réunit dans le centre de la plante, lorsqu'on en a tranché le cœur ou le jcl.

(3) Panuco a, dans Sahagun une tout autre étymologie ; il fait venir

ce nom Aapanoaia, débarquer, et dit que le lieu s'appelait anciennement Panllan ou Paiiulla, qui présentent néanmoins la môme étymologie, pan ou panlli étant le drapeau, l'étenxlard, etc. Tlan et co , désignant également une localité , etc.

C'est ainsi que de mexill on a fait Mexico, de clialli, Chalco, etc.

(■i) « In altre proviacie, dit le )' Conquérant anonyme, e parti- » cularemcnte in quella di Panuco » adorano il membre , que portano » gli huomini fra le ganibe, e lo » tengono nella meschita, e poste » similmentesopralapiazza insieme » con le imagini di rilievo di tutti n modi di piaceri che possono essere » fra l'uomo e la donna, e gli hanno » di ritratto con le gambe alzate in » diversi modi. In questa provincia » di Panuco sono grau sodomili gli » huomini, e gran poltroni, c im- » briachi , in tanto che stanchi di » non poter bere |)iu vino per bocca » si colcano, e alzando le gambe se » lo fanno melter con una cannella » per le parti di sotto, lin tanto che » il corpo ne puo tenere. » {Relacione d'alcune cose délia Nuova Spagna e délia gran cilla di Tcmislilan Messico .faUaper un genlilhuomo del sigiior Fernando Corlese. Coll. de lîamusio , tom. III, page 257.

trum erectum entre les mains et d'une dimension énorme {V).

Le nom de Pan a d'ailleurs son étymologie parfaitement claire, phonétiquement parlant, dans les langues maya, mexicaine ou quichée. Dans la langue du Yucatan, c'est le drapeau, l'étendard, la chose principale, la raison d'être supérieure, ce qui joint au nom de Maïa ou Maya^ qui était le nom principal de cette péninsule, faisait Mayapan, l'étendard de Maya, qui était celui de son ancienne capitale (2). De là vient qu'on trouve le mot pan, représenté dans les hiéroglyphes mexicains, exactement comme les dieux de l'Egypte par une hachette ou un petit drapeau (3). Pa, dans le vieux quiche, signifie au-dessus ; pan a le sens de protecteur, maya celui de la douceur qu'on aspire d'une plante (4). En langue nahuatl^^a^ ou /janî signifie également ce qui est'au-dessus, ce qui pousse en dehors, qui se découvre tout d'abord ; de là encore une foule de mots, tels qnepantli, l'étendard, la muraille, la ligne droite, la citadelle, qui découlent de celui-là, et Pantecatl, le dieu delà lubricité, de la fécondation et de l'ivresse, dont la signification première paraît être l'homme par excellence, le producteur au-dessus de tous les autres (5).

Si la Maïa des Grecs était considérée comme l'épouse du soleil, en tant que Zeus était assimilé à cet astre, il en était de même de la Maïa mexicaine, adorée encore sous le nom de Centeotl ou Cinteotl , la déesse du maïs et des fruits de la terre (6), de

(1) Voir aussi à ce. sujet Stephens, Incidents of travel in Yucaian^ vol. I. Note en latin, dans l'appendice, page 434.

[1] Voir plus baSjLanda, pages 36 et 37.

(3) Aubin, Mémoire sur la peinture didactique, etc, page 43.

(4) Basseta, Vocabulario en lengua quiche, etc. MS de ma coll.

(5) Molina, Vocab. en lengua onexicana. — Ajoutons ici pour ce qui concerne l'explication du mot pan, en tant que hache, qu'une tradition antique de la province

d'Oaxaca disait que les dieux du monde, établis au sommet du mont d'Apoala , y avaient bâti un palais somptueux, et que sur la cime la plus élevée de cet édifice existait une hache de cuivre, dont le tranchant tourné par en haut soutenait le ciel. (Ex quodam MS Vicarii Cuylapensis. Ord. Prsed. ap. Garcia, Origen de los Indios^ lib. V, cap. iv, page 37.)

(6) Cenleotl ou Cinleotl, de eentli, ou cinlli, la gerbe de maïs. Voir Torquemada, Mon. Ind. lib. VI, cap. axv.

Meahuatl, signifiant le jet ou la pousse de l'aloès, qu'on est obligé de trancher dès sa naissance, au sein môme de la plante, pour pouvoir y recueillir la sève, Voctli ou pulqué ; c'est à cause de sa fécondité ou plutôt de la fécondation dont elle était la source, qu'on se l'imaginait couverte de quatre cents mamelles, comme l'Arthémis d'Éphèse (1) qui n'élait peut-être qu'une copie de Centeotl^ portée dans celte ville par les Gares qui, ainsi que les Lydiens, passaient pour être les propagateurs de son culte. Ainsi que les prêtres de la déesse d'Éphèse, ceux de la déesse mexicaine devaient garder une chasteté perpétuelle, de même que les vierges qu'on lui consacrait (2). Dans la mythologie américaine Centeotl, indistinctement mâle ou femelle, porte un caractère d'hermaphroditisme qui lui venait peut-être de la plante où le sexe de la femme pouvait se représenter par la forme évasée de l'aloès, après le retranchement de son jet, lequel, à son tour, exprimait si visiblement le caractère du mâle. Mère et nourricière du genre humain, on donnait encore à cette divinité le titre de Tonacayolnia , celle de notre chair, et, dans cette qualité, elle était l'épouse de Tonacafeiictli, le chef de notre chair, autre personnification du soleil (3), considéré , de son côté, comme le père du genre humain.

Pan, dans les monuments égyptiens, est appelé Khem, le dieu des Chemmis, oii il apparaît sous les emblèmes d'un dieu phallique, enveloppé de langes ; c'est pour cela que son nom estKhem Cfl^^, KZxAf-, KHCU, le Renfermé (4). Ainsi en est-il des C/œ-

(1) Cod.Mex. Vatic. ap. Rios, et Fabregat, Esposizione délie figure del Cod. Dorgia, n. 19. — « Mam- » mis multis otiiberiljus exsLrucla, » dit Minutiiis. » (Octav. 22.) ap.

A. Maury, Ilisl. des relig. de la Grèce antique, tome HI, page 15G.

Ce symbole des mamelles pourrait fort bien avoir pris sou origine de l'épi même du maïs, recouvert de ses graines, en forme de mamelles, et dont le nombre quatre cents cen-

Izonlli, en mexicain, donne l'idée de l'année la plus fertile, lorsque d'nn grain la terre en rend 400.

(2) A. Maury, Histoire des religions de la Grèce antique, tome III, page 157. — Torquemada, loc. cil.

iib. IX, cap. XXVI.

(3j Torquemada, /oc. cj7. Iib. VIII, cap. V.

(4j Bunseii, Egypl's place in universal hislonj, vol. I, page 373.

mes. Chemins, Zemes ou Cemis, dieux ou génies protecteurs et provéditeurs à Haïti, où sous la forme d'un os, d'un Mton, ils sont enveloppés dans des langes de coton (1), exactement comme le Tlaquimilolli, le paquet sacré des Mexicains, ou le dieu Priape des Mandans, qui célébraient encore, il y a si peu d'années, la fête de ce dieu avec des cérémonies d'une obscénité dont rien n'approchait (2). En nous reportant à l'idée première de cette divinité, nous la retrouvons tout naturellement dans la gerbe de maïs, bien nommée Centeotl, dieu ou déesse unique (3), enveloppée d'abord des feuiUes qui recouvrent l'épi, exactement comme des langes qui en étaient l'image. Pan, considéré quelquefois comme Hermès ou le père d'Hermès (4\ reparaît encore au Yucatan sous les symboles de ce dieu, comme l'inventeur de l'écriture et des arts, comme le maître de la sagesse humaine, dans le personnage de Zamnà ow-Itzamna^ qui est regardé comme le premier qui civilisa la péninsule, et le fils du dieu tout-puissant ^Mnaè-Aw seul saint (5\ Mais le vrai nom de Zamnà, celui qu'il se donnait lui-même dans l'opinion des peuples (6 , était Itzen-Muyal, lizen-Caûn, la substance des nuages, la rosée du ciel, noms dont la première syllabe est encore celle du dieu des Chemmis (7). Ainsi que ce dernier, il s'appelait aussi Ahcoc-ah- Mut (8), et de lui venait le nom d'Ytzmat-O-l ou Tzemat-Ul à

(1) Voir à la suite de Landa, etc.

y Ecrit du frère Romain Pane, dans ce volume, pages 431-432.

(2) Gatlin , Lettres and notes on Ihe marmers, cusioms and conditions of the Norlli American In dians, vol. I, page 215. — Nous tenons de M. Gatlin lui-même des détails particuliers, extrêmement curieux sur cette matière.

(3) Centeotl, composé de ce ou cen, un, et teoll, dieu, ou de centli, la gerbe de maïs et de teoll.

(4) A. Maury. Hist. desrelig. de la Grèce antique, tom. I, pag. 108 et suiv.

(5) Voir CogoUudo, Hisl. de Yuca-

tan, lib. IV, cap. VI. — Ilunab-ku, un ou unique dieu, a exactement le même sens que centeotl.

(6) A la suite de Landa, Relacion de las cosas de Yucatan, page 357 dans ce volume.

(7) Itzen pour tzen ou tzem , ou tzam,A'Qii Itzamna ou Zamna, comme on appelle indifféremment cette divinité.

(8) Bunsen, loc. cit. page 374.

— Voir Landa dans ce volume, page 221. Dans le manuscrit original, ce nom est écrit tout d'une pièce. Nous avons fait ahcoc , ahmul ; le premier signifie celui de la tortue; nous n'avons pu trouver le sens du se-

la plus antique des pyramides d'Izamal, élevée, assurait-on, sur le tombeau de Zamnà.

Sous ces divers symboles que nous venons d'examiner, comme sous le nom de Zeus, Pan, ainsi que nous l'avons vu, s'identifie parfaitement avec VAmon des Égyptiens. Si Pan est la force cachée, la puissance génératrice, nous savons également, au rapport de Plutarque, appuyé sur l'autorité de Manethon{l}, que le moiamen, chez les Égyptiens, signifiait « ce qui est caché, » et « l'action de cacher» de la racine tLUî, voiler, cacher. ChampoUion, qui cherchait comment àWmon, le dieu caché, on avait pu faire 7lmo/i-7?fl, le soleil, en trouve l'explication dansunmanuscrit où ce nom est écrit « Amoun^ ^^JUO'iU, qui paraît dérivé, » dit-il (2), de la même racine que l'ancien nom du soleil 12N , » et qui, tous deux, ont la plus grande analogie avec ouoiv, » 0'îfCl\U^ et TOYQNX, illuminare^ ostendere ^ apparere. » Amon-Ra est donc le soleil caché, dans son acception la plus vulgaire. Mais qu'est-ce que le soleil caché, sinon le soleil qui se plonge dans la mer, le soleil passé à l'Occident? de là les titres divers, de Seigneur de l'Amenti, de Seigneur du monde d'en bas, attribués à Osiris, de Seigneur des deux hémisphères, que lui donnent tous les monuments égyptiens, et que les égyptologues lui refusent systématiquement, en y substituant celui de Seigneur de la haute et de la basse Egypte. C'est dans le même sens que Tetzcatlipoca^ appelé aussi, comme le Pan mexicain, Tonacateuctli, devient la personnification du soleil Tonatiuh ou Touojv/, ToMfîncA, l'illuminateur, au Mexique, puis, en descendant au fond des eaux, le Seigneur des ombres et de la mort, Mictlanteuctli^ le

cond, à cause de rinsiiffisance de notre vocabulaire : dans le Izendal, langue assez raiiiirochi'e du maya, mut., est un oiseau. Conjointement avec Zamna on adorait au Yucatan une d<-esse qui passait pour la mère des dieux ; on l'appelait Xchcl ou Ixchel. Le mot chcl s'aj'pliquait à

un oiseau sacré, c'était aussi le nom d'une famille sacerdotale ; so ou iXy prononcer ish, désignait le féminin ixix ou ishish, le sexe de la femme.

(1) De Iside et Osiridr,])age 396.

(2) Champollion, l'Efjyple sous 1rs Pharaons, lora. l,page 217 et suiv.

prince de l'Enfer (1}, lequel est encore ailleurs le père de Tloloc, dieu des eaux, des orages et des tempêtes, l'ouragan, dont il a été question plus haut.

La coïncidence n'est pas moins remarquable, si nous observons que, dans toutes les fêtes qui se célébraient à l'occasion de cette divinité, quatre prêtres portant, au Mexique, le nom de Tlaloque et Chac^ au Yucatan, ainsi que le dieu dont ils étaient les ministres spéciaux, plaçaient aux quatre angles de la cour du temple, quatre grandes amphores, toujours remplies d'eau, dont ils avaient la garde. Dans une de ces fêtes consacrées à Zamnà, ces prêtres ayant fait un grand feu au milieu de la cour, y jetaient les cœurs de tous les animaux qu'ils pouvaient rassembler, et quand ils étaient consumés, éteignaient le feu avec l'eau contenue dans les quatre amphores(2). C'est ainsi qu'en Egypte, les vases dits cano/:>es, où l'on enfermait les entrailles des défunts, se trouvaient <( toujours réunis quatre par quatre, ainsi que le » sont les génies de l'Amenti ou enfer égyptien : Amtet^ )) Hapi, Satmauf et Namès, dont ils portent ordinairement les » têtes respectives qui les caractérisaient, c'est-à-dire humaine, » de cynocéphale^ de chacal et d'épervier (3). »

Ces canopes sont, sous le même nom, les dieux pénates du Pérou (4}. Can, ou con-op, ou con-ub, la puissance qui souffle,

(1) Cod. Mex. Tell. Rem, fol. 3. v.

(2) Motolinia, Hist. de los Indios de la Nueva-Espana, partie inédite, Manuscrit de don José Maria Andrade de Mexico. — Voir Landa,plus bas, page 255. C/ioc, l'orage, la pluie, le Dieu des eaux ainsi que Tlaloc au Mexique, et par conséquent des productions de la terre. Cette fête de l'éteignement du feu s'appelait Tuppkak, qui en est la signification et qui symboliquement, peut-être, rappelait l'éteignement par le déluge des feux allumés par les volcans, ail temps du cataclysme

(3) Passalaqua, Catalogue raisonné des antiquités découvertes en

Egypte, etc. page 168 (ad. xxvi).

Des vases d'un genre analogue servaient au Mexique, au Yucatan, ainsi qu'en Egypte, à renfermer là les cendres, ici les entrailles des défunts. Il existe au musée de Mexico deux ou trois vases de ce genre d'une grande beauté : nous possédons les copies de deux des plus curieux, dessinés par M. Ed.

Pingret.

(4) Calancha, Coronica moralisada, etc. lib. II, cap. x. Ces pénates sont appelés indifféremment canapa ou conopa, nom où l'on reconnaît celui de co7i ou chon, dont il a été parlé précédemment.

ou le vase supérieur ; on les retrouve comme les quatre soutiens du monde, dans les quatre /?f/ca6,qu'ils représentent dans les fêtes au Yucatan (1); dans les quatre grands dieux du Mexique et de l'Amérique centrale, et le Livre Sacré nous les montre presque avec les mômes symboles qu'en Egypte. C'est, en premier lieu, Hun-Ahpu- Vuch, un Tireur de sarbacane au Sarigue, dont le nom se retrouve dans celui de Sat ou Soutech (2), figuré, sans qu'on puisse s'y méprendre, dans le Sarigue, sur un grand nombre de monuments égyptiens, mais qu'aucun égyptologue n'a su expliquer jusqu'aujourd'hui, et qu'on n'expliquera pas facilement, si on ne le cherche en Amérique, le seul continent oii se trouve cet animal (3). Puis vient Hun-Ahpu-Utiu, un Tireur de sarbacane au chacal (4), puis Zaki-Nima-Tziiz, la grande Épine blanche ou le grand Porc-Épic-Blanc (5] ; enfin, Tepeu-

(1) Voir Landa, page 207 et suiv.

(2) Bunsen, EgypCs place in universal liistory, vol. I, page 514.

Au n" 234 de la liste des signes hiéroglyphiques idéographiques, se trouve l'animal précité, sous le nom (lejerboa oujerboise,ce qui n'est pas exact, suivi de ces mots sensé unknown. On le retrouve dans un grand nombre de documents, quelquefois très-exact, d'autres fois plus ou moins défiguré; ceci s'explique par l'interruption des communications de l'Egypte avec l'Amérique, seul pays oîi existe le Sarigue , qu'on finit par oublier avec le temps et qu'on regarda peut-être comme un animal symljoliijue. Tel l'énonce M. de Rougé, en le donnant comme l'animal symbolique de Set, à la suite d'une explicatien touchant le groupe de la page IG de son ouwa^ge Elude sur une slèle cgypl i e7Vie , page 17. Dans la Gramm. Egypl.

de Champollion, on le retrouve avec la mémo tête de Sarigue, page 1 1 4, ayant la légende : « Avec la tète d'un animal fantastique et sous le nom de Bôr ou Doré, » page 1 19, ayant la légende : « une espèce de griifon. »

Page 120, cette tête de sarigue est devenue, par l'oubli du temps sans doute, une tête d'âne et ensuite d'antilope.

(3) Dans le Livre Sacré, le Sarigue apparaît d'abord comme un des quatre grands dieux, page 2.

11 revient ensuite, page 167, dans une fiction fortdiflicile à interpréter.

Toute la scène, cependant, paraît faire allusion à un tremblement de terre, quatre fois répété, exprimé par l'idée que le Sarigue ouvre ses jambes, et où le volcan Ilunahpu joue encore son rôle : ce qui se serait répété quatre jours de suite.

(4) Uliu est l'animal appelé coyotl en nahuatl; c'est le chacal américain. Ilun-ahpii-utiu, un Tireur de sarbacane au chacal, est le même que Vanupu ou anubis des monuments d'Egypte, également représenté par un chacal.

(5) Tsis ou zitz signifie l'épine, l'aiguille ou l'animal, que Ximenez traduit i)ar pizole, le pilzoll mexicain, que Moliua traduit à son tour par puerco et qui paraît être une sorte de porc-épic.

Gueumalz^ l'Élevé, le Dominateur, le Maître de la Montagne, le Serpent aux plumes de quetzal, que le lecteur connaît déjà. Observons encore, à propos de ce nombre quatre, ceux des quatre animaux, dont les noms caractérisaient les initiés aux mystères de Mithras ou d'Osiris, du Lion ou Chacal, de la Hyène, de l'Aigle et du Corbeau, qui se représentent constamment, sous les mômes noms et avec les mêmes symboles, dans les mystères antiques de la chevalerie au Mexique (1).

(l) Rouleau de papyrus de El.

Fonlana, expliqué par M. de IJammer, page 11. — Codex Chimal-

MS de ma Coll. — Cadastre et rôle des liahilants de Huexotzinco el autres lieux, etc. MS de la bibl.

popoca , dans l'tiist. des Soleils, ! impér.

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