‹ S. Thomas d'AquinChapitre 100 sur 256 · Ibïd · texte numérisé non relu

Ibïd

4. III Sent., dist. XXVI, q. I, art. 2; q. XXV, De Veritate, art. 2, fin.

132 SAINT THOMAS d'aQUIN.

l'homme connaît par l'intelligence ce qu'il ne connaît point par le sens, bien que sa connaissance vienne du sens, ainsi en est-il de Y estimative, bien que d'une façon inférieure1. » Sa supériorité sur le sens consiste en ce qu'elle abstrait de la circonstance temporelle et spatiale [abstrahit ab hic et nunc) et elle tend, sous ce rapport, à l'universel, puisque les circonstances temporelles et spatiales, filles de la quantité, sont, pour leur part, principe de l'individualion des formes. La déficience consiste en ce que X estimative n'abstrait point de la matière, qui est le principe foncier de l'individuation, étant celui qui donne l'incommunicabilité, s'opposant ainsi à l'universel, où la raison est maîtresse2. Toujours est-il qu'il y a là un mélange. Dans le cas de Yestimative, le principe Sapremum infimi infimum supremi trouve son application, et c'est pourquoi, dit saint Thomas, cette faculté, enrichie dans l'homme par le voisinage de la raison, y prend le nom de raison particulière ou cogitative*. Ces deux noms soulignent la différence entre le cas de l'homme et celui de l'animal. Chez l'homme, le jugement sensitif forme des illations particulières, soit qu'il passe d'un particulier à un particulier, comme on le voit faire si souvent à l'enfant; soit qu'il conclue, d'une pluralité de cas particuliers, à un cas nouveau de même espèce, sans que d'ailleurs intervienne un principe. Dans cette dernière supposition, en effet, la raison abstraite [ratio universalis) intervient; dans les précédents, seul le jugement sensible est en cause. Mais il y a influence de l'une sur l'autre. La faculté sensible seule ne ferait pas d'inférences. C'est par entraînement de la raison [per refluentiam, per motionem, ex conjunctione ad rationem) que le sens, chez l'homme, peut s'élever à Y expérience proprement dite, qui n'est ni le pur instinct de l'animal, ni la science, ou l'art, fruit de la raison universelle.

Page 1