I» pars, q. LXXVI1I, art
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les premiers à la perdre. Comme donc tout pouvoir sensitif s'exerce par le moyen d'un organe, force est de penser qu'autre est le pouvoir organique d'impression, autre le pouvoir de conservation des images. La partie de l'encéphale située en arrière des lobes frontaux, et que les « médecins » disent plus consistante, pourra servir d'organe à ce dernier pouvoir, en ce qu'elle retiendra mieux les déterminations matérielles auxquelles sont liées les apparitions d'images. D'ailleurs, ce « trésor » sensible n'est pas un réceptacle inerte; des courants vitaux le traversent, qui y provoquent, tout au moins chez l'homme1, des associations variables.
Certains, tel Avicenne, crurent devoir attribuer ce phénomène à une puissance spéciale. Mais Averroès a été mieux inspiré en attribuant à la même faculté la conservation des images et les combinaisons spontanées ou voulues qu'elles provoquent2.
B. b. — L'Estimative.
Au sujet de Y estimative, « il faut considérer que si l'activité animale se bornait à rechercher le délectable et à fuir le pénible comme tels, il ne serait pas nécessaire de poser dans l'animal autre chose que l'appréhension des formes que perçoit le sens, et dans lesquelles il se délecte ou s'affliee. Mais il est nécessaire à la vie de l'animal qu'il recherche ou fuie certaines choses non seulement parce qu'elles sont bonnes ou mauvaises à sentir, mais aussi à cause de convenances, d'utilités ou de détriments supérieurs à la sensation immédiate. Ainsi, quand la brebis voit venir le loup et s'enfuit, ce n'est pas à cause de sa couleur ou de sa forme ; quand l'oiseau cueille des pailles, ce n'est pas à cause du plaisir qu'elles lui causent, mais
i. Saint Thomas ne pense pas que les animaux participent à ce pouvoir. Cf. I* pars, loc. ult. cit., q. LXXXIV, art. 6, ad. 2m, in fine. 2. Ibid.
parce qu'elles sont utiles pour le nid. Il faut donc que l'animal ait de quoi percevoir de telles intentions, que le sens extérieur ne perçoit pas, et de cette perception-là, il faut qu'il y ait quelque autre principe, puisque la perception des formes sensibles se fait par le moyen d'une altération du sens, et que, dans le cas présent, il y a manifestement autre chose... A ce genre d'appréhension est ordonnée la faculté estimative i ».
^estimative implique une sorte de jugement et de choix; mais le choix n'est point ici le résultat d'une délibération, ni le jugement le fruit d'une idée propre à l'animal. C'est la nature, qui imprime cette détermination en donnant l'être. Les jugements de X estimative sont instinctifs, c'est-à-dire qu'ils sont comme des propriétés naturelles, des impulsions spontanées. Aussi sont-ils uniquement relatifs à ce qui intéresse la vie animale, la nature étant soucieuse d'action, non de science : < La brebis ne se représente pas tel agneau en tant que c'est tel agneau, mais en tant qu'il doit être allaité par elle2. » La désignation des objets en tant qu'ils sont eux-mêmes est une marque de l'intelligence qui abstrait, aussi la trouve-t-on à l'origine du langage. L'animal ne s'y élève point; dominé par le besoin, que ce soit le besoin individuel ou celui de la race, toutes ses estimations tendent à l'acte et sont relatives aux individus en tant que matière d'acte. Tout objet, môme individuel, qui se présente à lui sous une autre forme, lui demeure étranger nullomodo apprehendit?j.
On voit que, sur ce terrain particulier, saint Thomas adhère au pragmatisme. Il remarque toutefois que V estimative, en tant qu'elle dépasse l'appréhension sensible comme telle, et qu'elle implique un certain jugement, est bien une participation de la raison4. « De même que
1. I» pars, q. LXXVIII, art. 4 ; Cf. De Potent. animae, c. iv.