De Mcmoria et reminiscentia, lect. i
l'imagination fondée sur le sens commun, en ce qui concerne l'avenir. C'est pourquoi, on le verra, il n'y a pas, en rigueur d'expression, de mémoire intellectuelle1.
De ce que le souvenir inclut le temps, il suit qu'il n'y a point souvenir toutes les fois que l'attention de l'âme se porte sur une image autrefois acquise. Il faut de plus qu'elle la considère précisément comme image du passé, sous la relation temporelle qu'elle implique. Sans cela, il y aurait acte d'imagination, non de mémoire. Aussi Avicenne a-t-il eu raison de dire que la mémoire a pour objet propre Yintention (in-tentio) incluse dans l'image qui fait retour, à savoir ce par quoi elle est image du passé2.
La fausse mémoire, l'impression de déjà vu trouve place sous cette remarque. Il y a trois manières d'être à l'égard d'une image autrefois acquise. Ou nous n'avons pas conscience de l'avoir acquise, et alors nous doutons si nous faisons acte d'imagination ou de mémoire. Ou au contraire nous savons qu'il s'agit d'un objet passé, et nous considérons de nouveau^ celui-ci clans son image : alors, nous nous souvenons vraiment, puisqu'à travers l'image présente nous ressentons le passé, ce qui est proprement se souvenir. Enfin, parfois, on croit se souvenir et l'on ne se souvient pas, à savoir quand on prend des images nouvelles pour des représentations de choses anciennes. On est alors le jouet de l'imagination, qui laisse mêler à son objet propre une relation au passé qui lui est étrangère.
Reste donc que le souvenir est une association, dans un même acte, de l'impression d'un objet passé et de celle du temps3.
On remarquera que saint Thomas envisage la mémoire, comme l'imagination, sous un double aspect : en tant que « trésor » et en tant que pouvoir d'acte. Comme trésor, la mémoire sensible n'a rapport qu'à ces déterminations naturelles,