II» II", q. VIII, art
142 SAINT THOMAS d'aQUIN.
intérieur qui est livré au mouvement, à la particularité temporelle et spatiale, à la contingence. Connaître, a-t-on dit, c'est être. Si je deviens de l'immatériel, il faut que pour autant je sois de l'immatériel en puissance. « De ce que l'âme perçoit les natures universelles des choses, elle se rend compte que la forme selon laquelle elle connaît est immatérielle; autrement, elle serait individuée etne mènerait pointa la connaissance de l'universel. Puis, de ce que la forme intelligible est immatérielle, on comprend que l'intellect dont elle est la forme est un je ne sais quoi (res quaedam) indépendant de la matière1. » Nous arriverons ainsi à cette singularité d'un pouvoir appartenant à une âme qui est l'acte d'un corps, sans que ce pouvoir soit acte du corps. Nous devrons concevoir une émergence d'acte, en raison de laquelle l'âme, appuyée sur des conditions matérielles, les dépasse, comme la pointe rose des pyramides dépasse les brumes matutinales. Sise aux confins de deux mondes, l'âme empruntera des deux, et, au point de vue connaissance comme en tout, prendra de la matière et de l'esprit les caractéristiques de l'homme.
On a souvent critiqué comme superficiel, faute de le comprendre, le raisonnement sur lequel saint Thomas — après Aristote d'ailleurs — appuie sa thèse de l'immatérialité de l'âme pensante. Intus appareils prohibet extranewn : telle en est la majeure. La mineure est de fait : Nous avons pour objet toutes les natures sensibles. Conclusion : Nulle des natures en cause ne doit donc subsister en nous, en tant que connaissants. Donc la puissance par laquelle nous atteignons les natures sensibles est elle-même étrangère aux natures sensibles; elle est immatérielle.
Ainsi abrégé, il est certain que le raisonnement n'est pas clair; mais il faut le pénétrer. Intus appareils prohibet extraneum, ce n'est pas un principe empirique, c'est une application de la métaphysique du devenir.