‹ S. Thomas d'AquinChapitre 11 sur 256 · pars, q. XLV, art. 4, arjj. 3, cum resp · texte numérisé non relu

pars, q. XLV, art. 4, arjj. 3, cum resp

16 SAINT THOMAS d'aQUIN.

pourquoi l'on dit que la forme donne l'être1. La forme est appelée aussi acte, perfection, espèce (species), pour la raison que je viens de dire. Elle est appelée idée parce qu'en effet elle est une idée de nature reçue dans une matière, et, à ce titre, elle est quelque chose de divin, étant participée de l'Idée vivante qui est Dieu même. Nous concevons Dieu comme l'Acte pur; la matière est puissance pure; entre les deux sont les composés de puissance et d'acte, de matière et de forme. Que la matière vienne de l'acte, ce ne peut donc être que par une participation de Dieu, et ainsi « la ressemblance même de ce premier Acte incluse dans une matière, c'est sa forme2. »

On voit ce qu'il y a de platonisme et d'idéalisme dans une telle conception. Ce qu'on n'y voit point, c'est l'empirisme réaliste où s'engagent tant de systèmes. Aristote, d'ailleurs, ne désavouerait pas ici son disciple. Lui aussi appelle la forme quelque chose de divin3. Il ajoute : excellent et appétible, et il rattache ainsi la forme au suprême appétible « auquel sont suspendus par le désir le ciel et toute la nature4 ». La matière, en cherchant la forme, cherche donc Dieu. Elle est cette recherche même, puisque le tout de son être est puissance, c'est-à-dire attente et appel. A cet appel muet, la forme, ou Dieu participé donne la réponse. Tout le mouvement des êtres est une ascension à partir delà privation, mal relatif, vers le souverain Bien, qui est aussi souverain Être5.

Nous savons déjà que la forme, en même temps et par cela qu'elle donne l'être, donne également l'agir6. On agit parce qu'on est, selon ce qu'on est. L'être, statique d'abord, inclut un dynamisme. Par là encore nous attribuons à la forme un titre divin, puisque l'agir appartient

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