‹ S. Thomas d'AquinChapitre 111 sur 256 · In 111, De Anima, lect. vu; Ia pars, q. LXXV, art · texte numérisé non relu

In 111, De Anima, lect. vu; Ia pars, q. LXXV, art

l'intelligence. 145

Il n'y a pas d'intuition de l'immatériel; nous n'atteignons celui-ci qu'à travers ses actes, comme postulat explicatif1 ; il demeure, en lui-même, un inconnaissable. Ce qui est acquis par la démonstration introduite, c'est qu'il y a en nous, à titre de significat du mot idée, une présence intérieure des objets, en raison de laquelle ceux-ci nous apparaissent comme natures, donc dépouillés des conditions selon lesquelles s'individualisent les natures, donc hors le temps, le nombre et la matière. Comme fondement de cette présence, qui résulte en nous d'un devenir, nous devons supposer un sujet évolutif de même ordre, qui soit en pouvoir d'idée, en attendant que l'impression de l'objet le mène à l'acte. Nous décrivons ainsi le phénomène par le moyen d'un schéma emprunté à l'ordre sensible : à quoi serait-il emprunté? C'est proportionnellement à la sensation et à ses conditions reconnues, que nous décrivons l'intellection, de même que c'est proportionnellement à l'action et à la passion, que nous décrivons la sensation elle-même2. Seulement, il y a eette différence que l'action et la passion incluses dans la sensation sont pour nous objet d'intuition : nous nous sentons sentir; tandis que l'action et la passion intellectuelles ne sont jugées ainsi que par analogie proportionnelle.

Il n'y a pas d'intuition intellectuelle. Penser notre pensée, ce n'est pas nous tourner vers notre objet propre ; c'est remonter dans le sens de ses conditions; conditions nécessaires, donc définissables comme fonctions, mais non pas définissables en elles-mêmes. Il y a là quelque chose de semblable à ce qu'on a dit de la connaissance de Dieu3. C'est une algèbre. Puisque, même intellectuellement, le sensible est notre objet propre, il ne peut y avoir d'arithmétique, pour nous, que de la sensation.

Page 1