Cf. supra, t. I, 1. II, ch. m, C. a
SAINT THOMAS DAQLIN. — T. n. 10
A. — l'immatérialité et l'immortalité de l'ame.
Toujours est-il que s'il y a, en nous, une fonction transcendante à toutes les conditions de la matière, il doit y avoir, derrière elle, une existence qui lui corresponde. Operari sequitur esse. D'où cette conclusion, si importante relativement à la destinée de l'homme : « Ce qui est en nous le principe de l'opération intellectuelle, et que nous appelons l'âme humaine, est un certain principe [quoddam principium) incorporel et subsistant. » On dit : Certain principe, afin de noter, par le vague de l'expression, la nature inconnaissable en soi de ce principe. On dit : Incorporel, pour écarter toute détermination tirée de l'expérience sensible, dont l'intellectuel doit être dégagé, afin de la dominer par l'universel. On dit : subsistant, par opposition à ce genre de pouvoirs qui dépendent d'une matière et ne s'exercent qu'en fonction d'elle1.
L'âme animale n'est pas ainsi. Platon, par une opposition trop radicale à la thèse des naturalistes, eut le tort de le croire. Ceux-ci confondaient le sens et l'intelligence au point de les attribuer à un commun principe corporel. Platon, tout en les distinguant, les attribua pourtant à un principe commun, mais cette fois spirituel, assurant que sentir, aussi bien que comprendre, conviennent à l'âme seule, non au composé. Il suivait de là que toutes les âmes des animaux étaient subsistantes2. Mais cette position est fautive. Les opérations sensitives sont l'acte du conjoint : corps animé, âme incarnée, et puisque le mode d'être répond au mode d'agir; puisque le connaître, en particulier, est un devenir, dont le support doit se juger par l'acte, il n'y a nulle raison pour accorder une subsistance à part à ce qui n'a point d'opération à part. L'âme animale subsiste dans et par le composé, tant que le composé subsiste.