Ibid., art. 3. Cf. Théétète, c. xxuet xxx
Celui-ci dissous, c'est-à-dire désorganisé, l'àme animale fait retour aux potentialités de la matière : quo non natajacent1.
Au contraire, l'âme humaine, l'organisme détruit, gardera la fonction dont on a dû dire qu'elle l'exerce par elle-même ; elle gardera donc aussi l'être autonome que prouve l'autonomie de cette fonction. La destruction du corps ne peut pas atteindre une âme jouissant de l'autonomie de son être ; car cela seul est entraîné dans la chute d'autrui, qui en dépend. Il faudrait donc, si l'àme était détruite, qu'elle le fût par quelque chose qui l'atteindrait en soi. Or, ce quelque chose est introuvable.
Ce ne peut pas être une contrariété intérieure ou extérieure : l'âme est une forme simple, et, douée par sa transcendance de la capacité de recevoir en soi les contraires, elle fait bien voir qu'elle ne saurait en être affectée. Ou ils lui demeurent étrangers, ou ils entrent en elle intelligiblement, et, ainsi, deviennent sa perfection, loin qu'ils puissent la détruire.
Ce ne peut pas être non plus la soustraction de quelque condition de son être; car il n'y a de conditions que de quatre ordres : matérielles, formelles, efficientes, finales. Or l'âme intellectuelle, comme telle, n'a pas de conditions matérielles, ainsi qu'on vient de le voir. Ses conditions formelles sont en elle, et ne peuvent l'abandonner. Son unique condition efficiente est l'activité créatrice 2, puisque, n'étant pas l'acte d'un corps, elle ne peut résulter des transmutations des corps, et doit sortir nécessairement du fond transcendant de l'être (06pa6ev, dirait Aristote). Or, l'activité de Dieu ne défaille pas. On a dit d'ailleurs que l'activité de Dieu, en tant qu'elle voudrait se distinguer de lui, n'est que l'être même de la créature, conçue comme en relation avec sa source 3. Ce qui est indéfectible de soi est donc indéfectible tout court,