‹ S. Thomas d'AquinChapitre 114 sur 256 · Cf. supra, t. I, 1. III, ch. i, A · texte numérisé non relu

Cf. supra, t. I, 1. III, ch. i, A

et même, on peut le dire, indéfectible spécialement à l'égard de Dieu, en qui son indéfectibilité trouve sa source. Enfin, la finalité qui est la raison d'être de l'âme n'est pas moins indéfectible que l'efficience qui la pose. Cette finalité est Dieu, en tant que participé et manifesté dans ses œuvres. Or, si l'existence de l'âme n'ajoute rien aux fins nécessaires de Dieu *, elle ajoute aux libres fins qu'il se donne, au lieu que son néant ne rime à rien. Le néant n'est pas une fin, n'impliquant sous aucun rapport ni le bien, qui est identique à l'être, ni le mal, qui s'appuie sur l'être 2.

La nature de la connaissance suggère à saint Thomas une autre preuve de la pérennité de l'âme dont on admirera l'élégance. La connaissance intellectuelle est un devenir supérieur, dont le sujet évolue dans le sens des formes pures, dégagées de la matière individuante, et par là éternelles. Anima fit quodammodo omnia. Or, un pareil sujet, qui est matière par rapport à l'intelligibilité immanente au monde, ne peut être soumis au temps plus que le sujet du devenir matériel, dont l'acte est relatif aux formes individuées, jetées à la matière et au nombre. Or, la matière pure est douée de pérennité 3. Donc, à plus forte raison, l'âme.

Enfin, un motif qui paraît de sentiment, mais qui, approfondi, devient argument métaphysique, c'est celui-ci. Tout être a une tendance à être, caractérisée par ses propriétés et ses relations avec son milieu naturel. Cette tendance, chez le connaissant, prend la forme du désir. Le désir, bien analysé, nous dit donc où va l'être, où la nature le pousse. C'est le sens métaphysique du principe « Desiderium naturae non potest esse inane ». Or, où tend l'âme intellectuelle, au point de vue de l'être? A la différence de la brute, qui, ne connaissant que l'individuel, ne peut

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