E. — ÉLABORATION DE L'UNIVERSEL
L'esprit, qui n'a de fenêtres ouvertes, par les sens, que sur le singulier, doit attendre, pour fonctionner, que le singulier lui arrive. Sans cela, ignorant de tout et de lui-même, il ne serait qu'une puissance vide et une capacité sans emploi. Il faut que les sens l'informent, et, pour cela, s'informent, c'est-à-dire recueillent leur matière et la pétrissent à leur manière; amassent le pollen et fabriquent le miel. Le travail d'élaboration indiqué par ces derniers mots est indispensable, en raison des conditions imposées à tout fieri naturel. Comme tout, dans l'ordre physique, est en puissance à tout, en raison de la matière commune, ainsi, en raison de l'intelligibilité divine participée en commun, l'âme peut devenir tout, et toutpeut devenir âme. Mais dans un cas comme dans l'autre, il y faut des intermédiaires, et ceux-ci sont d'autant plus nombreux, d'autant plus difficiles à réunir que la distance est plus grande entre l'état des éléments employés et le résultat qu'il s'agit d'atteindre. « Or, comme la distance est extrême entre l'être intelligible et l'être matériel extérieur, ce n'est pas tout d'un coup, que la forme intellectuelle est reçue en nous; mais elle y arrive par beaucoup d'intermédiaires1. »
Le singulier, reçu à l'état brut, ne saurait éveiller en nous le sens de l'universel, parce que, comme tel, il ne manifeste point l'universel. Il faut qu'il soit soumis aux analyses et aux synthèses, aux dissociations et aux associations, grâce auxquelles les sens internes et l'imagination, aidés de la mémoire, peuvent présenter à l'intelligence les caractères essentiels des genres et des espèces, dans tous les ordres. Dirons-nous donc que le sens atteint l'universel? Oui, à sa manière, et il le faut; sans lui qui pourrait nous le faire atteindre, l'intelligence n'ayant sur le dehors que cette issue? « Il est manifeste que, proprement et en toute