Q. XI, De Verit., art. l,ad
164 SAINT THOMAS d'aQUIN.
le rejet nous porterait aussitôt aux antipodes de l'ontologie thomiste : je veux dire la conception de Yintellect agent.
E. a. — L'Intellect Agent.
Dans certains passages de ses œuvres, saint Thomas ne semble pas affirmer péremptoirement l'existence d'un pareil pouvoir à l'intérieur même de l'âme. Certains docteurs catholiques, dit-il, ont affirmé avec assez de probabilité (satis probabiliter) que c'est Dieu même qui joue en nous le rôle d'intellect agent, et ils confirment leur opinion par ces paroles de saint Jean relatives au Verbe : Erat lux vera quae illuminât omnem hominem venientem in hune mundum. Toutefois, dit-il plus loin, il n'est guère naturel de croire que dans l'âme elle-même, il ne se trouve pas un principe immédiat et suffisant de ses opérations naturelles. Or, ce serait le cas, si l'intellect agent, au lieu d'être un pouvoir de chaque âme, était une réalité une, que ce soit Dieu ou une Intelligence *. Pour cette raison, saint Thomas se fixe nettement, par la suite, dans l'opinion contraire. Mais en tout cas, ce qu'il place au-dessus de toute discussion, c'est que, subjective ici ou là, le rôle inclus dans ce mot intellect agent est un rôle nécessaire.
Or, en voici la place dans le système.
Toute théorie de la connaissance, disait-on, doit concevoir une parenté préalable — afin qu'il puisse y avoir nutrition de l'un par l'autre — entre ce qui doit être connaissant et ce qui doit être connu. Il faut, pour que le réel puisse, sans déformation, devenir en nous idée, que le réel soit déjà, d'une certaine manière, idée. Il l'est, dans la théorie thomiste, de la façon que nous avons dite2. Le réel est une descente d'idée dans la pure réceptivité de la matière. Venant de l'idée, réalisant l'idée, il est l'idée elle-même, devenue, par divers mécanismes expliqués plus
1. In lisent., dist. XVII, q. II, art. 1; II C. Gentes, c. lixvi.