‹ S. Thomas d'AquinChapitre 127 sur 256 · Cf. supra, en. u, mit · texte numérisé non relu

Cf. supra, en. u, mit

haut, subsistante et individuelle1. Seulement, ainsi incarnée, l'idéalité des choses ne jouit plus des caractères d'universalité, de nécessité et de transcendance qui en pourraient faire l'objet de l'intelligence. Elle est tombée à l'étendue, au nombre, au mouvement, à la contingence. Pour qu'elle revive dans l'esprit avec ses caractères propres, il faut que, par un moyen ou par un autre, le réel, entrant en nous, fasse retour vers sa source, se désincarné, refasse en sens inverse le chemin que Y individuation lui imposa. L'individuation, réalisée parla génération d'un être, est comme une attraction d'idée dans une matière (agens facit formam esse in materia) : il faudra, pour connaître, opérer une extraction contraire, ou abstraction 2.

Or, cette remontée vers Yacte, à partir de la matière, qui est puissance, ne se peut opérer que selon les lois générales qui régissent la puissance et l'acte. La première de ces lois est l'antériorité de l'acte, et, par suite, la nécessité, pour l'arrivée à l'acte d'une puissance, d'un agent préalablement en acte. À coup sûr cet agent pourrait être conçu comme distinct substantiellement de l'âme, bien qu'agissant en elle; ce pourrait être une Intelligence séparée; ce pourrait être Dieu, et, finalement, il faut bien que ce soit Dieu, puisqu'il est, Lui, l'Acte premier dont dépendent tous les autres. Pour ce dernier motif, saint Thomas appellera l'intellect agent une lumière émanée de Dieu [lumen derivdtum a Deo). Il dira que Dieu est la cause excellente de notre science 3. Biais il s'agit ici des principes immédiats du connaître, et vraiment, on a le droit de considérer comme arbitraire et pratiquement négligeable l'opinion qui chercherait ces principes en dehors de l'âme elle-même.

En l'âme donc, nous devons supposer, outre la capacité passive de s'adapter aux choses, de recevoir en soi l'impression des choses, un pouvoir de transformation en

Page 1