‹ S. Thomas d'AquinChapitre 138 sur 256 · I« pars, q. LXXV, art 5; q. LVI1I, art · texte numérisé non relu

I« pars, q. LXXV, art 5; q. LVI1I, art

3. I C. Gentes, cap. lix. Ou pourrait ajouter à cette comparaison si éclairante, en disant : Comme dans la nature il y a, sous le mixte et sous l'élément, la matière pure dont l'élément et le mixte sont des réalisations successives, ainsi, sous les essences et les jugements, il y a en nous la notion d'être, que les essences et les jugements déterminent. D'où la théorie du primum cognitum thomiste.

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intellect posséderait dès le début ce que chaque chose contient d'intelligibilité créatrice. D'où nul besoin d'affirmations, de négations, de raisonnements : leur contenu serait acquis dans l'idéalité primitive. Ainsi, selon saint Thomas, sont les intelligences séparées appelées anges; ainsi est à plus forte raison Dieu.

L'Intelligence première, tout en acte, est elle-même son objet; d'où il suit que nulle succession ne s'y rencontre. Les intelligences séparées n'atteignent pas à cette sublimité. Elles ne sont pas, en acte, leur propre perfection intelligible; elles passent à l'acte, sauf en ce qui concerne leur connaissance d'elles-mêmes, qui est immédiate, selon la formule de Fichte *. Quant à l'idée d'autrui, elles ne la sont pas ainsi que Dieu; mais elles l'ont, et ce, de par leur formation initiale. Connaître, c'est être autrui en même temps que soi : les intelligences séparées sont autrui, de cette façon, naturellement, par une préformation qui réalise à la lettre le mot d'Augustin : Toutes choses sont créées deux fois, une fois en elles-mêmes, une fois dans les intelligences. Reste qu'ayant des idées multiples, ces intelligences ne les vivent point ensemble, et qu'elles passent donc nécessairement de l'une à l'autre. Une même matière ne peut pas revêtir à la fois plusieurs formes2.

Quant à nous, vides au début d'intelligibilité acquise, nous devons l'acquérir; nous l'acquérons par abstraction, l'extrayant du brouillard des sens, en vertu d'expériences répétées. A cause de cela, nous procédons par généralités essentielles, attributions multiples et combinées. D'où les trois opérations susdites : Appréhension, jugement, démonstration 3.

Quelle attitude est faite ainsi à notre esprit en face du réel, c'est ce qu'il est facile de comprendre. Nous découpons ce qui, en soi, est un; nous disons : L'homme est un

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