‹ S. Thomas d'AquinChapitre 143 sur 256 · In Sent., loc. cit., ad ôm · texte numérisé non relu

In Sent., loc. cit., ad ôm

Cette doctrine de la vérité s'appuie, chez saint Thomas, sur des conceptions métaphysiques familières. Le réel comprend l'essence et l'être. Or la vérité est fondée non sur l'essence comme telle, mais sur l'être; car l'essence comme telle est limite, non positivité. La positivité est fournie, même à l'état de pur possible, par l'étoffe d'être que les essences découpent et se partagent. C'est pourquoi nous appelons les choses des êtres. Le vrai se fonde donc sur l'être; car il exprime ce qui est, ainsi que le font bien voir nos formules : telle chose est (jugement d'existence); telle chose est blanche (jugement de nature). Dire une chose vraie, c'est poser de l'être, que ce soit de l'être substance ou de l'être quantité, qualité, relation, etc. Pour cette raison, on a dit que Dieu est souveraine vérité, parce qu'il est être plein, sans nulle limitation d'essence. Pour cette raison également, on dit que l'objet de l'intelligence c'est l'être, et que l'être est le primum cognitum, à titre d'étoffe initiale des déterminations ultérieures. A un autre point de vue, il est vrai, on dit que l'objet de l'intelligence, c'est l'essence ; mais on le dit alors par exclusion de la matière, en vue de noter le mode selon lequel l'objet être nous est livré, à savoir l'abstraction.

Il suit de là que l'opération de l'intelligence par laquelle elle saisit l'être et le constitue en soi, en relation avec les choses, contient la vérité. Or tel est le jugement, et telle n'est pas la simple appréhension intellectuelle. L'appréhension ne constitue rien, elle reflète; elle n'exprime aucun être; elle pose l'essence sans qualification entitative; elle ne dit rien de rien. Le jugement, au contraire, contient l'être; il dit : Cela est, ou : Cela est tel. Il prête ainsi à rencontrer ou à ne rencontrer point l'être réel, que celui-ci soit dans la nature ou dans l'âme. S'il le rencontre, c'est le vrai ; s'il ne le rencontre point, c'est le faux. La simple appréhension, ne contenant point d'être, ne prête à aucune rencontre l .

1. Cf. I Sent, dist. XIX, q. V, art. 1, corp.; ad 1- et ad 7«.

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On verra que dans ce fait du jugement exprimant l'être, se trouve le fondement de la liberté qui influe sur l'être. Si nous n'avions, en fait d'opération intellectuelle, que l'appréhension de l'essence, nous serions doués seulement d'une sorte de sensibilité supérieure, et nous ne serions pas libres, non plus que l'animal; car, ainsi que ce dernier, nous ne ferions qu'éprouver, et ne pourrions donc pas être maitres.

Par le jugement, nous créons de l'être au dedans de nous {anima, in quantum de rébus judicat, non patitur a rébus,sed magis quodammodo agit)1, et s'il est vrai que le dedans et le dehors font de perpétuelles synthèses; que d'ailleurs, il y a un dehors de la pensée qui est dedans, à savoir îe « milieu intérieur », en celui-ci et par celui-ci nous aurons donc prise sur l'être2.

Cette conception de la vérité est peu connue, même de ceux qui font profession de thomisme. Elle est pourtant de grande conséquence; car elle implique, au regard de la connaissance intellectuelle, une dose de subjectivité qui peut couper les voies au subjectivisme. La vérité n'est pas, directement, un rapport de nous aux choses : c'est un rapport de nous à nous, en correspondance d'équation avec les choses3. Le sujet de la vérité, c'est le jugement, et le jugement est tout entier en nous, au lieu que l'appréhension simple a l'un de ses termes en nous, l'autre au dehors. La relation vérité est donc une relation purement intérieure. La preuve, dit notre auteur, c'est que nous pouvons mettre en relation de vérité deux termes identiques en soi, comme si nous disons : L'homme est l'homme4.

L'être que nous posons quand nous disons : cela est, ce

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