‹ S. Thomas d'AquinChapitre 148 sur 256 · Q. X, De Verit., art · texte numérisé non relu

Q. X, De Verit., art

exclusive de la nature. Cela appartient aux anges, en ce qu'ils ont des idées naturellement innées; mais cela n'est pas le fait de la nature humaine1. »

Ainsi, les principes sont divins de la divinité des concepts, qui sont divins eux-mêmes de la divinité de l'esprit émané du Premier Esprit. Seulement, le concept ne naît pas de l'esprit seul. L'esprit est son père, si l'on peut ainsi dire; mais il a une mère : la matière imaginative et sensible. Comme donc tout l'édifice du savoir repose sur les principes, on voit que toute vérité a pour fondement immédiat la validité des simples concepts, et pour fondement dernier : du côté de l'esprit, la nature divine de celui-ci ; du côté des sens, leur aptitude à refléter le monde, d'où ils émanent.

C'est en raison de cette doctrine que saint Thomas a pu paraître quelquefois faire à la question de l'origine de nos certitudes la réponse de Descartes : « Que quelque chose soit su avec certitude, cela nous vient de la lumière intérieure de la raison par laquelle Dieu nous parle » (Ia pars, q. II, art. 1, arg. 5), mais ce n'est là qu'une apparence. Si saint Thomas s'exprime comme Descartes, ce n'est pas dans le même esprit. La phrase citée et toutes autres semblables — elles sont fréquentes — n'expriment que l'origine de fait de nos certitudes ; elles n'entendent pas affirmer qu'il soit nécessaire de passer par cette idée de la divinité de notre intelligence pour avoir confiance en elle. Saint Thomas affirme toujours que cette confiance nous est naturelle, et il en conclut qu'elle se suffit. Que si elle ne se suffisait pas, nous serions sans ressource, même en invoquant Dieu; car cette invocation elle-même en procède, comme les prolégomènes à la preuve de Dieu l'ont fait voir. Nous n'avons aucun moyen de dépasser la nature, pour lui chercher des fondements. « Ce qui est naturel à la raison nous apparaît si nécessairement vrai, que nous ne pouvons pas même penser que cela soit faux » (I C. Gentes, cap. vu). Si, en effet, par

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