‹ S. Thomas d'AquinChapitre 152 sur 256 · In II, De Anima, lect. v, med · texte numérisé non relu

In II, De Anima, lect. v, med

et que, quand elle la possède, elle s'y repose. Et il en est de même de toute perfection qui est un bien de nature. » Si donc, en tant que connaissant, j'ai pour forme naturelle la forme d'autrui, celle-ci doit tendre, en moi, à son achèvement, à son bien de nature, à son être. Elle le trouvera par l'évolution vitale que provoque le désir, évolution qui travaille à enrichir toujours plus la synthèse qui n'a été qu'ébauchée par la connaissance. Il va de soi que cette tendance à l'achèvement, qui est naturelle et automatique pour l'objet, devient en moi d'un ordre à part; car je n'abdique point, à laisser agir l'univers en moi-même. La synthèse sujet-objet ne supprime aucun de ses termes, et le mystère de la connaissance doit se retrouver dans le mystère du vouloir. Toujours est-il qu'à l'analyse, le désir intelligent ou sensitif se ramène au désir de nature, c'est-à-dire au poids de l'être qui s'efforce vers la plénitude de sa forme. La distinction du sujet et de l'objet vient seulement compliquer le cas; elle n'en change point les données premières.

De quelle façon d'ailleurs le complique-t-elle, c'est ce qu'il faut dire, en pénétrant davantage la nature de l'appétit à ses divers stades.

Àppéter, c'est comme exiger quelque chose (pet ère aliquid); c'est y tendre, parce qu'on y est ordonné (quasi tendere in aliquid, ad ipsutn ordinatitm 1). De cette ordination et de cette tendance, c'est une relation de convenance qui est la source, en ce que les êtres qui ont déjà une fraternité dans Y être sont, de plus, rapprochés par des fraternités spéciales qui les rendent mutuellement perfectibles. Ces liens de finalité les ordonnent l'un à l'autre, au nom de l'harmonie qui est la loi supérieure du monde. Telle est, on l'a vu, l'interprétation générale de l'action, et ce doit donc être aussi celle du désir en sa conception universelle; car le désir est le ressort de l'action. Ce qui agirait sans désirer serait l'objet d'une violence, et la nature, composée

Page 1