Q. XXII, De Yerit. art. K
chever, moi qui ai fait de sa forme la mienne. Pour qu'il y ait désir et non pas, au contraire, fuite (la fuite, d'ailleurs, est bien aussi une espèce de désir), il faudra qu'il y ait entre le connaissant et le connu une similitude de nature plus ou moins prochaine, avec cette particularité que ce qui est en l'un peut devenir la richesse de l'autre, qui ne le possède jusque-là qu'en puissance. On ne désirerait pas, si l'on n'avait déjà en pouvoir ce qu'on désire; on ne désirerait pas non plus si on l'avait en acte : on s'y reposerait. Le désir est donc fondé à la fois sur la richesse et sur l'indigence : indigence actuelle et richesse potentielle. C'est la plus haute généralité de la sentence fameuse : « Tu ne me chercherais pas si tu ne m'avais déjà trouvé1. »
Pourtant, il faut noter que le fait même de connaître étant à sa manière un bien, étant un enrichissement d'être, une participation à la forme d'autrui, le résultat d'une synthèse assimilatrice, il présente, sous ce rapport, les caractères du désirable. La connaissance, comme telle, est condition du désir; mais entant qu'elle est un bien, elle est objet de désir, et oui acte intellectuel ou sensible ne se produirait, si la forme introduite ainsi ne répondait à un appel de l'âme. On a dû distinguer soigneusement entre la forme naturelle de chaque chose et la forme de second degré appelée intentionnelle 2. Il y a entre les deux une différence tellement capitale qu'une assimilation intentionnelle fait la connaissance, et qu'une assimilation naturelle l'empêche : d'où la nécessité de dégager la puissance connaissante des déterminations de son objet; d'où l'incapacité de connaître, chez les sujets qui ne sont aptes à recevoir que ce genre de détermination 3. Mais, quelque relative et particulière que soit la synthèse réalisée par la connaissance, c'en est une; elle s'enveloppe, avec toutes les autres, dans la raison générale du bien, identique à l'être, et, à ce