‹ S. Thomas d'AquinChapitre 157 sur 256 · Ibid., ad 3m · texte numérisé non relu

Ibid., ad 3m

3. Cf. noire ouvrage Les Sources de la Croyance en Dieu, ch. ix-xiii. L'idée de Dieu et les aspirations humaines.

200 SAINT THOMAS d'aQCIN.

une puissance passive, dont la nature est d'être mue par le bien appréhendé. C'est pourquoi Aristote a dit que le bien appréhendé est moteur immobile, alors que l'appétit est moteur mû1. Or les patients et les mobiles se distinguent, comme tels, selon les agents et les moteurs; car il faut que le moteur soit en proportion avec le mobile et l'actif avec le passif, et, d'ailleurs, la puissance passive prend son caractère précisément de son rapport avec un agent. Si donc l'objet appréhendé par l'intelligence est, comme tel, d'un autre ordre que l'objet appréhendé par le sens, il s'ensuit que l'appétit intellectuel est un pouvoir autre que l'appétit sensitif2. »

Cette notion s'éclaircit d'ailleurs, si l'on reprend la comparaison de l'appétit aveugle avec l'appétit connaissant sous sa double forme.

« Dans tout objet appétible, on peut considérer deux choses : la chose même qui est appétée et la raison d'appétibilité, comme la délectation, l'utilité, etc. Or l'appétit naturel tend vers l'objet appétible sans qu'il y ait en lui rien qui réponde à l'appétibilité de cet objet; car l'appétit naturel n'est rien autre chose qu'une certaine inclination passive, un ordre à ce qui est convenable : telle la chute de la pierre. Et comme chaque chose naturelle est déterminée en son être, ainsi est déterminée son inclination à tel objet, et elle n'a pas besoin que la connaissance, représentant en elle l'appétibilité, lui serve à distinguer l'appétible du non appétible. C'est à l'Instituteur de la nature que revient ce rôle, lui qui a donné à chaque nature sa tendance propre et convenable. Au contraire, l'appétit supérieur, la volonté tend directement vers la raison d'appétibilité en son absolu, comme lorsque la volonté veut le bien tout d'abord et principalement, ou encore l'utilité ou quelque chose de semblable, tandis qu'elle veut telle chose en particulier d'une volonté dérivée et secondaire, en tant que participant la

1. De Anima, c. x, saint Thomas, lect., xv; XII Met., lect. vn.

Page 1